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Perception consommateur
L'étiquetage obligatoire des ingrédients du vin à anticiper, et raccourcir

La filière vin est appelée à lister ses additifs sur une étiquette numérique qui nécessite de prendre en compte les méconnaissances des consommateurs pour réussir cet exercice de transparence.
Par Alexandre Abellan Le 01 décembre 2021
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L'étiquetage obligatoire des ingrédients du vin à anticiper, et raccourcir
Ignacio Sánchez Recarte (assis) et Stéphane La Guerche (au pupitre) lors de la conférence Sitevi du 30 novembre. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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éfis de pédagogie et opportunités de transparence sur les ingrédients (voir encadré pour la définition). Issue de la dernière Politique Agricole Commune (PAC 2023-2027), l’étiquetage obligatoire des informations de nutrition (sur l’étiquette) et d’ingrédients (sur l’étiquette ou en ligne, via un QR Code sur l’étiquette) pour les vins vendus en Europe dès la fin 2023 tient de la boîte de Pandore pour la perception, déjà complexe, de l’univers des vins par les consommateurs. Commandant à l’agence Wine Intelligence (groupe IWSR) une enquête en ligne sur la réaction des consommateurs vis-à-vis de ces nouvelles informations, l’association internationale des producteurs et distributeurs de produits œnologiques (Œnoppia) a récolté les ressentis dans 10 pays de 11 533 consommateurs de vin (au moins un verre de vin par mois).

« La perception majeure qui ressort de cette enquête sur l’étiquetage des ingrédients est l’incertitude, bien plus que le rejet pur et simple » résume Stéphane La Guerche, le directeur général d’Œnoppia, ce 30 novembre lors d’une conférence du salon Sitevi. Les réponses laissent en effet transparaître un manque de vision tranchée des consommateurs sur la question de la présence additifs dans le vin. Du moins sauf quand il s’agit de vins bio (66 % pensent que la certification biologique interdit tout additif). Pour Stéphane La Guerche, la filière vin doit communiquer sur les méthodes de vinifications pour accompagner cet étiquetage. Notamment pour rassurer sur la qualité des vins (49 % des sondés estiment que les vins de qualité n’ont pas besoin d’additifs) et sur l’impact sanitaire (42 % des répondants ne savent pas si consommer un vin avec un additif est dangereux pour leur santé).

Courte liste

En termes d’acceptabilité par les consommateurs, « une courte liste d’ingrédients (par exemple "raisin 99 %, conservateur (sulfites) et anti-oxydant (acide L-ascorbique)") serait préférée à une longue liste ("raisin 99 %, conservateur (sulfites) et anti-oxydant (tanins, acide L-ascorbique), régulateur d’acidité (sulfate de calcium), stabilisant (acide métatartrique, mannoprotéines de levures"). Alors que la première a un impact neutre, voire positif, sur l’image du vin par rapport à la simple mention "contient des sulfites", la seconde serait plutôt associée à la compensation d’un manque de qualité du vin » explique Stéphane La Guerche, notant des nuances selon les pays. Ceux anglo-saxons étant favorables à la transparence, quand cela refroidit fortement les achats japonais. Globalement, « les consommateurs seraient plus enclins à accepter plutôt qu’à rejeter la majorité des ingrédients. Seuls ceux à "sonorité chimique" seraient les moins bien perçus (comme DiMéthylDiCarbonate ou carboxyméthylcellulose) » ajoute le directeur d’Œnoppia, pour qui « expliquer le rôle d’un ingrédient permettrait une augmentation significative de son acceptation »

Même si la période transitoire dure jusqu’à la fin 2023, Ignacio Sánchez Recarte, le secrétaire général du Comité Européen des Entreprises Vins (CEEV) enjoint les opérateurs des vins à ne pas tarder pour commencer à lister leurs ingrédients*. Ceci afin d’éviter les mauvaises surprises quant à la longueur des listes à afficher (par exemple pour des négociants réalisant des assemblages de plusieurs producteurs). À noter qu’il existe un risque de réouverture, et de durcissement, des règles d’étiquetage de la PAC concernant les boissons alcoolisées, à la suite du rapport comité spécial du Parlement européen sur la lutte contre le cancer (Comité Beca) et à la révision du règlement d’information aux consommateurs qui a aussi lieu en parallèle.

 

* : Les entreprises pouvant utiliser la plateforme développée par les filières des vins et spiritueux europens, ULabel.

 

 

Cadre réglementaire

« En l’absence de règles spécifiques, la réglementation horizontale s’applique (soit le règlement d’information au consommateur n°1169/2011) » pour formaliser la liste d’ingrédients explique Ignacio Sánchez Recarte. D’après ces textes, « un ingrédient est toute substance ou produit (y compris les arômes, additifs alimentaires et enzymes agroalimentaires) utilisé dans la fabrication ou la préparation d’une denrée alimentaire et sont encore présents dans le produit final dans son état final ou transformé ». Le sucre de la chaptalisation étant transformé en alcool, « sous vision purement juridique de la réglementation européenne, le sucre serait un ingrédient » indique le secrétaire général du CEEV. Dispensés d’étiquetage, les auxiliaires technologiques sont définis dans le règlement européen 934/2019.

 

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Tous les commentaires (1)
ADIRIGNY Le 11 janvier 2022 à 22:33:29
Pendant longtemps les vins ont été exemptés de l'étiquetage des ingrédients, au motif fallacieux que le vin, réputé "produit naturel" n'était fait qu'avec du raisin .... dans le cadre de ce qu'on appelait les "pratiques et traitements oenologiques" sur lesquelles personne ne s'interrogeait. Ceci pouvait se concevoir au début du siècle passé, où les pratiques étaient extrêmement limitées (6 produits oenologiques autorisés en 1907), mais leur nombre et notamment le nombre de produits oenologiques pouvant être ajoutés au vin n'a cessé de croître au fil des ans. Dans les négociations internationales (viticoles ou autres, notamment au Codex Alimentarius qui régissait tous les produits alimentaires ... sauf le vin), et avec la curiosité croissante des consommateurs, les pays non-producteurs de vin ont fini par se demander ce qu'étaient ces fameuses "pratiques et traitements oenologiqes", et en particulier quelle était la nature des "produits oenologiques". C'est ainsi que que fut soulevé la question des ingrédients. Il faut maintenant définir quels produits oenologiques doivent être considérés comme des additifs (sans parler du sucre ou du moût concentré ajoutés parfois pour augmenter le titre alcoométrique) et donc figurer sur l'étiquetage des vins, ou comme des auxiliaires technologiques, exemptés d'étiquetage. Vaste sujet, une bonne vingtaine de produits oenologiques sont susceptibles d'être concernés par cette obligation. Ceci devrait conduire les producteurs à limiter le plus possible leur utilisation, et les industriels à chercher des solutions alternatives (procédés physiques) pour remplacer ces additifs .... pour revenir à des vins plus naturels !???
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