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Plan cancer
Le vignoble privé d'aides européennes sous la pression antialcool ?

L'inquiétude monte parmi les représentants viticoles face à un rapport européen de lutte contre le cancer qui juge toute consommation de boissons alcoolisées nocive et pourrait cranter une nouvelle orientation politique en Europe.
Par Alexandre Abellan Le 26 novembre 2021
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Le vignoble privé d'aides européennes sous la pression antialcool ?
'Dire que l’alcool de manière générale, et le vin en particulier, est nocif c’est remettre en cause l’art de vivre à l’européenne' estime l'eurodéputée Anne Sander. - crédit photo : Parlement Européen
C

e 6 décembre, le comité spécial du Parlement européen sur la lutte contre le cancer (Comité Beca) doit voter un rapport qui ne manque pas d’inquiéter la filière vin. Au centre des attentions, une phrase de son onzième article qui indique, dans la dernière version consultée par Vitisphere, qu’« en matière de prévention du cancer, il n'existe pas de niveau sans risque de consommation d'alcool, et [le rapport] souligne la nécessité d'en tenir compte lors de l'élaboration et de la mise en œuvre d'une politique de prévention du cancer ».

Ce qui témoigne d'une approche de la consommation de boisson alcoolisée comme étant à risque sanitaire dès le premier verre. Ce qui excède dans le vignoble, avec une véritable gueulante poussée par la Confédération Nationale des producteurs de vins d’appellation (CNAOC). « On a l’impression que l’on n’arrête pas la surenchère. Je le prends comme une agression à l’encontre de la filière vin. On a toujours promu la consommation modérée et on continuera à le faire » tacle Jérôme Bauer, le président de la CNAOC. Devant l’affirmation que toute consommation d’alcool est mauvaise, qu’importe la dose, le vigneron alsacien demande aux autorités et parlementaire européens de prendre leurs responsabilités, « d’autant plus que la filière a un genou à terre après la crise covid (où l'Europe a peu aidé) et la petite récolte 2021 (avec le gel et le mildiou) ».

Loi Évin version 1990

Étudier un tel texte « est un paradoxe. Après l’adoption de la Politique Agricole Commune (PAC) et son soutien à la filière*, le Parlement européen n’en est pas moins mûr pour voter une loi Évin version 1990 » analyse Éric Tesson, le directeur de la CNAOC, pointant dans le rapport BECA le lien systématiquement réalisé entre les termes nocif/abusif et la consommation d'alcool. Sans oublier les propositions de remise en cause de l’étiquetage numérique des ingrédients et calories, ainsi que la volonté d’augmenter la fiscalité des boissons alcoolisées… Sans oublier les risques que ce texte ferait peser à l'avenir sur la politique européenne à l'encontre de la filière vin. Si le texte étudié n’a pas de vocation législative, il doit positionner politquement le Parlement européen face au plan anticancer de la Commission européenne. Ce qui pourrait, selon la CNAOC, remettre en cause de futures subventions européennes au bénéfice du vignoble.

Une crainte partagée en Espagne et en Italie. Regrettant des « propositions dogmatiques de zéro consommation sous toute forme de tous les alcools incluant le vin », l’Assemblée des Régions Européennes Viticoles (AREV) confirme à Vitisphere que « cette analyse simplificatrice, qui assimile le vin à un poison, aurait pour dégâts collatéraux de faire interdire aux autres commissions la subvention, d’une façon ou d’une autre, de la viticulture ».

Feuille de route

« On n’en est pas encore là » rassure l’eurodéputée Anne Sander (Les Républicains), soulignant que le financement de la PAC vient d’être voté (voir encadré). Mais l’élue appelle bien à la prudence et à la vigilance : « il est clair que si on laisse passer certaines choses, cela donnera le ton. Le terme de "nocif" pose problème. Dire que l’alcool de manière générale, et le vin en particulier, est nocif, c’est remettre en cause l’art de vivre à l’européenne et mettre en difficulté un secteur qui a déjà beaucoup souffert. On n’oppose pas la santé et l’économie, mais on sait très bien que la consommation modérée d’alcool est un art de vivre et pas une source de cancer généralisé. » Si texte doit être voté en commission ce 6 décembre, Anne Sander rappelle qu’il devra ensuite être adopté en séance plénière ce début 2022, afin de donner une feuille de route politique à la Commission européenne. Cette dernière aura alors l’initiative législative, avec des propositions ensuite étudiées par le Parlement et le Conseil, débouchant sur un trilogue.

« Concernant l'usage nocif d'alcool, l'Europe a les niveaux de consommation d'alcool les plus élevés au monde et les cancers attribuables à l'alcool sont un problème de santé majeur » précise à Vitisphere une source européenne à Bruxelles, notant que 40 % des cancers peuvent être attribués à des causes évitables : « nous pouvons encourager les citoyens à modifier leur comportement par des mesures telles que la fiscalité et l'incitation à promouvoir des choix plus sains ».

Liste des ingrédients et déclaration nutritionnelle

« Dans le cadre de ce travail sur le plan cancer, la Commission s'attachera à fournir des informations claires permettant aux consommateurs de choisir plus facilement une alimentation saine et durable et nous pensons que l'étiquetage des boissons alcoolisées devrait être plus clair, comme c'est le cas pour tout autre nourriture » ajoute cette source, précisant que « la Commission proposera fin 2022 l'introduction d'indications obligatoires, telles que la liste des ingrédients et la déclaration nutritionnelle sur toutes les boissons alcoolisées, comme c'est déjà le cas pour d'autres denrées alimentaires préemballées ».

 

 

* : La PAC 2023-2027 a été votée ce 23 novembre par le Parlement Européen, validant le maintien des autorisations de nouvelles plantations jusqu’en 2045, permettant la désalcoolisation des vins AOP et IGP, créant un droit à l’erreur administrative, ouvrant les AOP aux cépages non-Vitis vinifera, imposant un étiquetage nutritionnel et un QR Code pour les ingrédients sur les bouteilles de vin

 

 

Réforme de la PAC

« Dans la réforme de la PAC, l'Union Européenne a maintenu le mécanisme actuel de soutien à la compétitivité et à la durabilité du secteur vitivinicole grâce à des interventions vitivinicoles spécifiques, qui seront intégrées dans les plans stratégiques nationaux de chaque État membre » précise à Vitisphere une source européenne à Bruxelles, ajoutant que « les modifications adoptées au sein de l'organisation commune des marchés ouvriront de nouvelles opportunités en développant des produits viticoles à faible ou faible teneur en alcool et en utilisant de nouvelles variétés hybrides de vigne plus résistantes aux maladies et aux effets du changement climatique. Ils permettront également une meilleure information des consommateurs en rendant obligatoire l'étiquetage nutritionnel et des ingrédients pour tous les vins et produits vinicoles aromatisés. »

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Tous les commentaires (2)
La rédaction Le 26 novembre 2021 à 16:49:21
Bonjour MG, merci pour votre alerte : les coquilles ont été corrigées, bonne journée
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MG Le 26 novembre 2021 à 16:23:48
@ la rédaction : plein de petites coquilles dans cet article.
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