Accueil / Commerce/Gestion / Les vignerons surfent sur la vague des cocktails

Nouveaux modes de consommation
Les vignerons surfent sur la vague des cocktails

Mixologie et cocktails ont la côte auprès des consommateurs. Des opérateurs du vin n'hésitent pas à surfer sur cette tendance pour proposer des recettes de mix et au passage mettre en avant leur produit. Rencontre avec certains d'entre eux.
Par Chantal Sarrazin Le 18 novembre 2021
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
 Les vignerons surfent sur la vague des cocktails

Florian Bonin , coopérateur à la Cave coopérative de Lugny a imaginé quatre cocktails à base de Crémant de Bourgogne

L

es cocktails à base de vin ont la cote. De plus en plus d’opérateurs misent sur eux pour rajeunir leurs consommateurs et multiplier les occasions de consommation de leurs produits. À commencer par les élaborateurs d’effervescents. Beaucoup suivent les traces des proseccos italiens, dont les ventes, portées par la vogue du spritz, ont atteint 12 millions de cols dans les grandes surfaces françaises en 2020, dépassant les crémants, selon le paneliste IRI.

Un cocktail à base d'une blanquette de Limoux extra-brute

À Limoux dans l’Aude, Françoise Antech, qui produit des blanquettes et des crémants de Limoux, est de ce nombre. En avril, elle a lancé Pardi, un cocktail à base d’une blanquette de Limoux extra-brute et d’une liqueur issue de la macération de plusieurs plantes (orange amère et douce, citron et gingembre, camomille), réalisée à sa demande par Aurélien Carrelas, un liquoriste audois à la tête de Kina Karo. Pour bien montrer qu’ils sont destinés à être consommés ensemble, « nous avons conçu un packaging commun pour nos deux produits », précise Françoise Antech.

Le vin et la liqueur sont vendus aux particuliers dans un coffret spécifique contenant deux bouteilles de blanquette et une de liqueur. D’une valeur de 49 €, il permet de réaliser quinze cocktails. Les restaurateurs ont aussi leur coffret, de douze bouteilles de bulles et de six de liqueur. Pour les inciter à proposer Pardi à leurs clients, les deux comparses ont conçu des verres à l’effigie de leur marque. Ils en offrent six pour l’achat d’un coffret.

La carte du local

En huit semaines, Françoise Antech a écoulé 10 000 bouteilles de bulles et 5 000 de liqueur, son objectif pour l’année 2021, en grande partie grâce à un article du Parisien, qui a mis le feu aux poudres. « Nous jouons la carte du local, du Made in France, du sans colorant et sans arômes artificiel. Et ça marche ! » se réjouit la vigneronne. Les commandes franchissent désormais les frontières de l’Occitanie : des restaurants de la côte basque ont référencé le cocktail, qui commence même à s’implanter à l’export.

Consommation au printemps et en été

Veuve Ambal, à Montagny-lès Beaune en Côte-d’Or, croit aussi au phénomène. « Les cocktails se consomment surtout au printemps et en été, indique Florian Migeon, responsable marketing. De quoi permettre à nos crémants de Bourgogne d’être achetés en dehors des périodes de fin d’année. » Contrairement à Maison Antech, Veuve Ambal n’a pas planché sur un mix produit. Sa stratégie consiste à encourager les consommateurs à préparer leur spritz avec son crémant de Bourgogne Grande Cuvée vendu en grande distribution. « Nous avons déployé une campagne de communication en Île-de-France en mai, avec un visuel intitulé « Le spritz français ». Il met en scène notre cuvée avec un verre de spritz et la recette de ce cocktail. » Outre ce visuel affiché dans les centres commerciaux, Veuve Ambal a diffusé des spots à la radio et posé des cônes sur les cols de sa cuvée en grande surface, indiquant la recette du cocktail : « une dose de liqueur orange dans un verre rempli de glaçons, versez généreusement le crémant de Bourgogne Veuve Ambal, finissez avec un trait d’eau gazeuse et une rondelle d’orange ». « Pour 1 € de plus qu’un prosecco, les consommateurs s’offrent ainsi un cocktail haut de gamme », argumente Florian Migeon. L’entreprise poursuit ce travail de sensibilisation sur son compte Instagram avec de nombreuses photos.

Séduire les jeunes

À la cave coopérative de Lugny en Côte-d’Or également, c’est Florian Bonin, jeune vigneron adhérent, qui est à l’origine d’une cuvée spéciale cocktail pour séduire les jeunes. Baptisé Ice Flow, cet effervescent a vu le jour il y a deux ans. « Il s’agit d’un crémant de Bourgogne avec 25 g/l de sucres résiduels, il est donc plus dosé que le reste de notre gamme, annonce Agathe Persegol, chef de produit. Il se présente dans une bouteille spéciale, car habillée d’un sleeve blanc. » Son prix ? 9 € au caveau.

Florian Bonin a imaginé quatre cocktails autour de cette cuvée. Citons le Moryflow, à base de citron vert, de feuilles de menthe et de glaçons ainsi que le Bony’s avec du nectar d’abricot, de la crème de pêche et du sirop de grenadine. La cave distribue ces recettes sous forme de fiches au format carte postale dans sa boutique. Elle met aussi Ice Flow en avant sur son compte Instagram. « Ce produit plaît beaucoup et, à notre grande surprise nous en vendons toute l’année, été comme hiver, soit 10 000 cols par an », souligne Agathe Persegol.

Alliance Loire travaille avec des mixologues

Chez Alliance Loire, la démarche est un peu plus sophistiquée. « Nous travaillons avec des mixologues depuis trois ans pour créer des cocktails à base de De Chanceny, notre crémant de Loire vendu en CHR, affirme Vincent Barraud, responsable marketing et communication. Aujourd’hui, nous disposons d’une dizaine de recettes que nous proposons à nos clients particuliers et professionnels. Nous avons même réalisé des vidéos de démonstration sur la chaîne YouTube, que des cavistes diffusent sur des écrans d’animation dans leurs magasins. » Selon lui, le prix de vente d’une bulle destinée à un cocktail doit se situer entre 8 et 10 euros le col. Au-delà, les consommateurs n’adhèrent pas.

Les vins de France investissent le créneau

Pas question pour les vins de France de rester en dehors de la tendance porteuse des cocktails. « Notre offre est parfaitement légitime pour investir ce territoire », commente Valérie Pajotin, directrice de l’Association nationale interprofessionnelle des vins de France (Anivin). L’interprofession a mis au point six cocktails à base de vin blanc, rouge et rosé avec le mixologue Ugo and Spirits. Ses recettes s’inspirent des grands classiques que sont le Moscow Mule ou le Gin Fizz. Exemple, le Chardo Mule : 9 cl de chardonnay vin de France, 6 cl de concentré de gingembre, 0,5 cl de jus de citron vert et des glaçons. De juillet à août, ce cocktail a été mis en avant dans les magasins Monoprix de la région parisienne via des animations/dégustations. Pour l’achat d’un chardonnay vin de France, les clients avaient droit à une bouteille de Schweppes Ginger beer. En septembre, cette même recette a fait l’objet d’animations sur les terrasses des bars parisiens. La communication de l’Anivin sur les cocktails va monter en puissance l’an prochain.

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé