Accueil / Gens du vin / Bruno Kessler flèche les "raisins sans destination" vers les vins de France
Bruno Kessler flèche les "raisins sans destination" vers les vins de France
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin

Nouveau président de l’Anivin
Bruno Kessler flèche les "raisins sans destination" vers les vins de France

Grand entretien avec le négociant, qui reprend la présidence l’Association Nationale Interprofessionnelle en charge de Vin De France (Anivin de France). Chief winemaker chez Cordier by InVivo (ex-InVivo Wine), Bruno Kessler succède depuis ce 24 juin au viticulteur landais Serge Tintané à la présidence de l’Anivin de France.
Par Alexandre Abellan Le 29 juin 2021
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
Bruno Kessler flèche les
« On remande deux modèles, ceux qui développent une unité complète dédiée aux vins de France hors bassin de production et ceux qui diversifient leur propriété avec des hectares en AOP/IGP et des hectares en vin de France » témoigne Bruno Kessler. - crédit photo : Cordier by InVivo
V
ous avez déjà présidé l’Anivin de France de 2013 à 2016 : quelles sont les nouvelles priorités de votre mandat ?

Bruno Kessler : C’est trop tôt pour le dire. La première priorité est de continuer le développement des vins de France : leur image et leur positionnement. Je me place dans la continuité des précédentes équipes. L’Anivin est une interprofession particulière. Il y a une vraie complicité entre tous les membres de son conseil d’administration, les échanges y sont assez fluides, parfois rugueux, mais ils sont toujours francs et constructifs dans la défense d’un bien commun. Ce n’est pas un président tout puissant qui porte l’interprofession. C’est pour ça que j’ai accepté d’en reprendre la présidence, il y a un vrai partage des valeurs à l’origine des vins de France. La production et le négoce travaillent bien ensemble, c’est le collectif.

  Quels sont les enseignements de la crise covid pour les vins de France : commercialement (demandes sur les vins rosés/BIB…), structurellement (développement de l’offre, concurrence internationale…) ?

Il est clair que 2020 aura été une année particulière, cela n’a échappé à personne. On n’a jamais connu autant d’embûches en même temps. La crise sanitaire et le réseau CHR fermé, les différends entre l’Europe et les États-Unis avec des taxes impactantes, une année morose avec moins d’envie de faire la fête… Malgré ça, les ventes de vins de France de cépages sont en progression sur 2020 : +3 % en volume à l’export. Selon les zones, les vins les moins chers ont profité de la situation, mais cette performance n’aurait pas été accomplie s’il n’y avait pas eu dix années de travail avant. Les ventes ont augmenté de 17 % aux États-Unis, 30 % en Australie, 27 % au Brésil…

En France et à l’export, les rosés se portent bien (+64 %), les blancs aussi avec +16 % pour les bouteilles de chardonnay et +33 % pour les BIB de chardonnay (avec les problèmes de pouvoir d’achat). Les vins de sauvignon blanc ont le vent en poupe (+6 % en bouteille et +44 % en BIB), avec les problèmes de sourcing dans le monde, en Nouvelle-Zélande et au Chili. On note une progression des cépages plus premiums, comme le pinot noir et le gamay. Globalement, les vins rouges sont en hausse de 47 % de leurs ventes.

 

Si les vins de France suivent les tendances du BIB et du rosé, elles vont à contre-courant de celle de repli des vins rouges… Il n’y aurait donc pas de fatalité ?

Les vins rouges qui souffrent le plus sont les AOP françaises. Quand on adapte l’offre à la demande, quelle surprise, ça marche. C’est pour ça que nous avions demandé en 2007 la création de ce segment avec la réforme de l’Organisation Commune de Marché vitivinicole (OCM vin). Mon leitmotiv est qu’en France nous avons trop tendance à gérer le vignoble de manière administrative et réglementaire. Il est évident que certaines catégories marchent et que d’autres moins, mais à la fin, on est un grand pays viticole qui a des raisins à gérer. Il faut s’intéresser à la gestion de ces raisins et pas à leur gestion administrative.

Au-delà des différences de sensibilité entre bassins de production, il y a des producteurs qui mettent beaucoup de soin à produire leurs raisins et il faut savoir ce que l’on en fait. Nous avons une vision de la transformation de ces raisins, nous pouvons flécher de meilleures destinations pour ceux qui n’en ont pas. Nos chiffres et progressions montrent notre crédibilité à produire des vins adaptés aux marchés. C’est une grande cause nationale : comment gérer raisonnablement des surfaces de raisin au-delà des [chapelles] pour être les plus réactifs et agiles face aux marchés. […] Globalement 2020 est une belle année pour nous, à contre-courant des autres régions. Grâce à notre liberté d’assemblage, le savoir-faire de nos maisons et leurs investissements dans les marques. Il faut que cela se transforme en outil vertueux au service du vignoble français.

 

Des vignobles, comme Bordeaux, on fait de la production de vin de France un nouveau débouché en 2020.

L’Organisme de Défense et de Gestion (ODG) de l’AOC Bordeaux conseille la production de vin de France sans en parler à l’Anivin. En le sachant avant, nous aurions pu essayer d’anticiper l’arrivée de ces volumes pour faire des recommandations commerciales et booster leurs ventes. On subit. Je vais certainement faire un tour de France pour voir comment mieux collaborer avec les interprofessions et ODG afin de trouver des solutions plus satisfaisantes pour équilibrer les marchés.

 

On en revient toujours à l’idée que les vins de France ne veulent pas être le déversoir par défaut des vins AOP et IGP…

Être un déversoir c’est être moins disant. Et l’arbitre du moins disant, ça reste l’Espagne.

 

Lors de votre précédent mandat, vous avez porté le lancement des vignobles innovants et éco-responsables : où en est le projet, son déploiement et ses prochaines étapes ?

Depuis 2018, nous avons décidé d’allouer un budget pour être capable de qualifier les vignobles adaptés aux vins de France. Et éviter ce déclassement sans vrai pilotage amont en donnant des conseils techniques. Avec l’accompagnement de l’Institut Française de la Vigne et du Vin (IFV), deux vignobles ont été installés (dans l’aude) : avec les Grands Chais de France à Ouveillan et avec les vignobles de Vendéole à Arzens (Cordier by InVivo). L’idée est d’utiliser ces deux chams pour développer des innovations (nouveaux capteurs, indicateurs agronomiques…). Nous avons publié douze fiches techniques et des vidéos pour répondre aux questions pratiques.

 

L’irrigation après le 15 août devient officiellement un sujet de réflexion pour les AOP et IGP : qu’en est-il des vins de France ?

Dans le cadre du grenelle agricole de l’eau et du changement climatique, nous avons été sollicités par le ministère de l’Agriculture. L’intensification du rayonnement solaire entraîne une perte de récolte, mais aussi une perte d’arômes sur les blancs. L’irrigation permet de piloter le profil des produits. Il va nous falloir accéder à l’eau du 15 août à octobre dans le vignoble. Nos deux vignobles expérimentaux permettent de quantifier les volumes d’eau nécessaire et de montrer qu’il ne s’agit pas d’inonder les parcelles. Le goutte à goutte et les capteurs demandent de petites quantités d’eau. Il ne s’agit pas d’augmenter le rendement, mais de le maintenir, avec le profil. C’était notre contribution à ce Grenelle : très pragmatique.

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé