LE FIL

Avant le délai de 5 ans

Une chance de lever définitivement les taxes américaines sur les vins français dès 2022

Mercredi 16 juin 2021 par Alexandre Abellan

« Quand des état imposent des taxes, ils ont toujours tendance à prendre des produits visibles, pour frapper l’œil. Le vin est une victime expiatoire partout et tout le temps » estime Philippe Castéja.
« Quand des état imposent des taxes, ils ont toujours tendance à prendre des produits visibles, pour frapper l’œil. Le vin est une victime expiatoire partout et tout le temps » estime Philippe Castéja.
La France prenant la présidence du conseil de l’Union Européenne le premier semestre de l’an prochain, la filière des vins et spiritueux espère que la résolution du conflit Airbus-Boeing en soit accélérée.

Cinq ans de suspension. Donnant aux exportateurs et importateurs le temps de voir venir, la suspension prolongée des droits de taxes américains sur les vins et spiritueux français est accueillie avec un profond soupir soulagement par la filière vin. Mesures de rétorsion dans le cadre du conflit transatlantique sur les subventions de l’aérien civil (soit les avionneurs Airbus et Boeing), les droits de douane supplémentaires de 25 % ont pesé de fin 2019 à début 2021 sur la compétitivité des gammes françaises.

Pour Philippe Castéja, le président du conseil des crus classés en 1855 de Médoc et Sauternes, ces 17 mois de taxes ont causé « une perte colossale, qui a coûté très cher à la filière et dont on mesure mal le coût. Les exportations ont été bloquées et des produits délistés. Il est très difficile de revenir, le travail va être immense pour les vignerons et négociants. » Le vice-président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux ajoute que si une suspension de taxes pour cinq ans est un très bon point, ça ne veut pas dire que la menace soit passée.

Même bilan pour Christine Laloue, la présidente de l’Union Viticole Sancerroise, qui rapporte que dans le vignoble, « nous ne nous sommes pas vraiment remis d’avoir eu à subir ces sanctions sans aucun soutien de la France ni de l’Europe.  La résilience de nos exploitations est mise à rude épreuve depuis plusieurs mois. Il faut se battre sur tous les fronts et on ne se sent pas toujours soutenus malgré l’importance de notre profession tant économique que culturelle. » Et à la satisfaction d'une trêve de cinq ans se dispute le constat qu’« il restera ce délai de 5 ans comme une épée de Damoclès ».

Présidence française

« L’histoire n’est pas finie » confirme Raphaël Delpech, le directeur du Bureau National Interprofessionnel de Cognac (BNIC), pour qui « on gagne du temps, ce qui permet de garder une bonne dynamique sur le marché américain, mais rien n’est résolu dans le fond. » En témoignent les dossiers de négociation transatlantique pour la surproduction d’acier et d’aluminium et la taxe sur les géants du numérique, qui sont suspendus jusqu’à la fin de l’année. Si les discussions portant sur Airbus et Boeing s’annoncent complexes après 17 ans de conflit (il s’agit du plus long conflit de l’Organisation Mondiale du Commerce), une fenêtre d’opportunité existe pour accélérer la conclusion du dossier, avec la France prenant la présidence du conseil des ministres de l’Union européenne durant le premier semestre 2022. « La France pourrait être en mesure de donner l’impulsion pour clore le sujet » avance Raphaël Delpech.

"Plus gros marché mondial"

L’enjeu est d’autant plus important que « le gros marché mondial du vin, ce sont les États-Unis » souligne Jean-Jacques Bréban, le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Provence (CIVP). Après l’expérience de la chute subite des importations américaines de vins rosés, le CIVP préconise désormais de prospecter d’autres marchés afin de ne plus être aussi dépendant d’une destination. Une résolution à déployer sur les cinq prochaines années.

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2021 - Tout droit réservé