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Permaculture
On a visité le vignoble de Jack Ma, et... c'est du jamais-vu

Propriétaire dans le vignoble bordelais, le fondateur du premier site de vente en ligne dans le monde n'investit pas à moitié : son projet viticole est sans commune mesure avec les normes habituelles.
Par Alexandre Abellan Le 01 décembre 2020
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On a visité le vignoble de Jack Ma, et... c'est du jamais-vu
Si voir des chevaux dans les parcelles devient de moins en moins inhabituel dans le vignoble, le château de Sours accueille des animaux bien plus inattendus : ânes, cochons laineux, poules, vaches des Highlands… (voir diaporama) - crédit photo : Château de Sours / Hubert de Castelbajac
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« S’il vous plaît, dans votre article n’accolez pas les termes de "milliardaire chinois" à Jack Ma, c’est un philanthrope » glisse Tom Vercammen, le directeur général du château Sours, à l’issue d’une visite des 200 hectares de la propriété rachetée en 2015 par le créateur du site de vente en ligne Alibaba (leader du e-commerce en Chine). Au-delà des éléments de langage d’une communication d’entreprise, cette mise au point sémantique n’est pas si infondée. Mobilisant une enveloppe annoncée à 30 millions d’euros, les multiples travaux effectués semblent en effet réalisés à fonds perdus. Les premières cuvées devant être commercialisées en… 2023, soit huit ans après l’achat du domaine.

Mais l’apparent philanthrope peut aussi être une personnalité dont l’ego ne veut signer qu’un vin inattaquable ou être un chef d’entreprise ayant une vision de très long terme pour un investissement sur la viticulture de demain (ou d’hier, selon certains). Parcourir les vignes, bois et jachères du château de Sours donne le tournis, tant le projet vitivinicole déployé se place hors de tous les canons habituels des investissements dans l’agroécologie. En faire le tour tient plus d’un rutilant parc d’attractions que de l’habituellement modeste ferme en permaculture.

Liste à la Prévert
« Sur 200 ha, tout est labouré, soigné et propre » résume Tom Vercammen, pour qui « beaucoup reste à faire, mais ceux qui nous visitent ne se rendent pas compte de ce qui a déjà été fait ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 80 hectares de vignes sont en restructuration depuis 2018, avec un nouveau palissage en 2019, des drainages en 2020 et le lancement de travaux pour se doter de nouveaux chais en 2022… Dont les travaux s’élèveraient à 20 millions €.

Véritable jardin à la française, la propriété déploierait des milliers de rosiers, hortensias et arbres plantés (y compris en vergers), ainsi que des jachères mitant le vignoble (avec les bois). On trouve également au château de Sours une véritable basse-cour : 80 poules, 55 cochons Mangalica, 18 ruches, 15 vaches des Highlands… ainsi que des chèvres, faisans, ânes, chevaux... « Avant 2015, nous étions dans une monoculture, maintenant nous sommes en polyculture » résume Clarisse Naulet, la directrice technique, qui est présente sur l’exploitation depuis 2012.

Grappes plus denses

Pour la technicienne, la mise en place de jachères mellifères entre les parcelles de vignes a un impact tangible sur la biodiversité et les insectes auxiliaires. « Il n’y pas que les abeilles, nous déposons des boîtes de bourdons, qui sont plus costaud et volent plus fréquemment pendant la floraison » indique Clarisse Naulet. « Cela donne des grappes plus denses, quasiment sans millerandage ni coulure » avance Alina Pavel, la cheffe de culture, qui souligne qu’en entourant les vignes de fleurs, « il n’y a pas besoin d’insecticides. Nous n’avons pas vu de tordeuses cette année. »

Pour amorcer le tournant agroécologique du vignoble, « le travail des sols est le plus important » pose Tom Vercammen, qui estime à 2,5 millions € l’investissement dans des tracteurs et différents matériels pour s’adapter aux multiples écartements sur la propriété (neufs, les matériels et son atelier ressemblent plus au stand d’un salon technique qu’à la remise d’une propriété viticole habituelle). N’utilisant plus d’herbicides depuis 2017, la propriété adopte un enherbement d’un rang sur deux. La propriété est certifiée Haute Valeur Environnementale (HVE), mais ne souhaite pas se convertir au label bio. « La permaculture va plus loin que la bio, notre objectif à terme est de ne plus utiliser de produits/intrants » souligne Tom Vercammen.

0 cuivre en 2022

Avec ce cap, l’objectif du domaine pour 2022 est de ne plus recourir aux traitements à base de cuivre. Malgré un millésime 2020 à la pression historique en Gironde, Tom Vercammen indique que la propriété n’a réalisé que neuf traitements pour 1,5 kg/ha de cuivre. « Nous allons nous passer [de la bouillie bordelaise] grâce à des produits alternatifs de biocontrôle, comme des huiles essentielles, mais aussi des nanotechnologies pour régénérer le sol et la plante » indique le directeur général.

Nanotechnologies

Ces mystérieuses « nanotechnologies » permettraient de « booster la photosynthèse, ce qui a un effet toute l’année pour le végétal, mais aussi la vie du sol. Il faut cinq ans pour que ça marche, avec beaucoup de travail prophylactique pour éviter que les maladies ne s’installent » esquisse Alina Pavel, qui n’en dira pas plus sur ces « nanotechnologies » secrètes.

Concernant la prophylaxie, Clarisse Naulet indique que de nombreux détails font la différence au printemps, comme « la réalisation des levages au bon moment pour rendre plus efficaces les traitements ». Le domaine réalise beaucoup d’épamprages et d’effeuillage, et retire la moindre grappe dès l’apparition de mildiou. « Mais nous sommes à un rendement de 7 à 8 tonnes par hectare en rouge et en blancs malgré des tries » souligne la directrice technique (la production annuelle est de 2 000 hectolitres de vin).

Pourquoi ici ?

Face à ce déluge de moyens et d’ambitions, une question basique se pose : pourquoi déployer toute cette infrastructure ici, sur le terroir de Saint-Quentin-de-Baron, commune de l’Entre-deux-Mers ? Jack Ma « a vu les surfaces et beaucoup de possibilités, c’est un visionnaire qui donne beaucoup d’importance à la nature » répond Tom Vercammen.

Un visionnaire qui dépense donc sans compter… et sans même commercialiser. Avec un nouveau chai attendu en 2022, les premières ventes de vins rouges et blancs sont annoncées pour 2023, les millésimes étant pour l’instant stockés (seuls les rosés et vins effervescents sont actuellement commercialisés).

Hors AOC

Les futurs vins ne porteront d’ailleurs pas le nom de « château de Sours », la propriété étant sortie de l’appellation Bordeaux supérieur pour s’inscrire à 100 % dans les vins sans indication géographique (vins de France). Le domaine va notamment recourir à des méthodes culturales hors cahier des charges, ainsi qu’à des cépages tout sauf autochtones (variétés du Portugal et d’Espagne, voire cépages résistants aux maladies cryptogamiques à terme). N’étant pas finalisée, la marque de la propriété pourrait s’inspirer des sources du domaine. 100 % des bouteille sont destinées à l’export, notamment, mais pas exclusivement, sur les marchés asiatiques.

Le futur, c’est la permaculture

Se disant prêt à aider et inspirer les vignerons souhaitant visiter le domaine, Tom Vercammen souligne piloter « le seul domaine à faire de la permaculture sur cette surface. Le futur, c’est la permaculture. » Une conviction de philanthrope, mais aussi de businessman.

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Tous les commentaires (9)
Cheyenne Le 17 avril 2021 à 21:12:15
Super sur le papier par contre allez bosser la bas et vous verrez un autre monde un autre univers
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Youpa Le 03 décembre 2020 à 12:45:10
S'il est si amoureux de la nature pourquoi enfermer ses terres derrière de hautes clôtures avec panneaux "interdit au public défense d'entrée" tous les 30m, empêchant quiconque de s approcher du domaine et en même temps les passages de faune sauvage si nombreux avant sa bunkerisation. Il crée un pseudo-paradis mais fermé au monde. Un zoo quoi. Hors sujet avec la permaculture donc.
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craoux Le 03 décembre 2020 à 12:10:46
Je viens effectivement (bien vu le commentaire de "Dominique") de lire un article sur Jack Ma. Il semble évident que sa manière de concevoir le bizness soit peu compatible avec la doctrine du gouvernement chinois. Il y a bien une interrogation pour l'avenir sur son bizness. Donc, l'écrin conduit en permaculture ... bof-bof ... suite au prochain reportage.
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MG Le 02 décembre 2020 à 15:35:29
Mea-culpa, j' aurais du dire "besoin des insectes pollinisateurs". Mais vous aviez bien compris le fond de mon intervention.
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MX Le 02 décembre 2020 à 15:06:11
Ce qui me dérange, c'est ce gros bobard sur les bourdons et les abeilles alors qu'ils n'interviennent pas dans la pollinisation de la vigne. Du coup, comment avoir confiance a tout ce qui est raconté dans cet article?
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Dominique Le 02 décembre 2020 à 08:49:37
Peut-être est-ce simplement un refuge bienvenu, au moment où le Parti Communiste est en train de remettre la main sur le business des géants de la tech chinoise ( Alibaba, Tencent et JD.com) . Xi vient de stopper l'introduction en bourse de Ant, filiale financière de Alibaba, en bloquant 37 milliards de dollars de levée de fond. Il est toujours préférable de prendre en terrasse un apéro à l'Entre deux Mers que de casser des cailloux dans un camp chez les Ouïghours.
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NB Le 02 décembre 2020 à 08:36:51
à MG : merci du conseil, mais il suffit d'un peu de rigueur et de précision. En effet, les mots ont un sens et il est bon de ne pas tout mélanger ou confondre. Auto-fertilité et pollinisation ne sont pas incompatibles. La pollinisation c'est le dépôt de pollen, libéré par les étamines, sur le pistil de la fleur, effectué grâce au vent, aux insectes. Pour la vigne, il s’agit souvent d’une autopollinisation : le pollen d’une fleur féconde le pistil de la même fleur. CQFD.
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MG Le 02 décembre 2020 à 07:44:14
Sauf que la vigne est auto-fertile à la différence des kiwis par exemple. @NB : va falloir vous acheter un traité de viticulture voire faire une recherche sur internet dans le pire des cas.
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HM Le 01 décembre 2020 à 21:18:11
je pensais que la vigne était une plante auto féconde et n avait donc pas besoin de la faune pour sa pollinisation...?
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