LE FIL

Après Liber Pater

Loïc Pasquet titille de nouveau les vins de Bordeaux

Mardi 27 octobre 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 28/10/2020 12:06:39

Denarius signifiant 'denier' en latin, cette cuvée reproduit une pièce où satyre porte une outre de vin.
Denarius signifiant 'denier' en latin, cette cuvée reproduit une pièce où satyre porte une outre de vin. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Toujours en quête du goût préphylloxérique, le vigneron iconoclaste lance une deuxième cuvée dont l’augmentation des volumes s’accompagne d’une baisse des prix, mais pas des ambitions.

Avec sa nouvelle cuvée Denarius, 500 € HT, « je voulais faire quelque chose d’accessible » lance, pince-sans-rire, Loïc Pasquet, le vigneron bordelais créateur de Liber Pater, « le vin le plus cher du monde », à 30 000 € la bouteille. Ne visant pas les prix du domaine de La Romanée Conti, ces tarifs dépassent ceux des premiers crus classés en 1855. « Liber Pater c’est extrêmement cher et rare. Denarius permettra de remettre des vignes franches de pied sur la table des restaurants français. Ça reste un prix d’exception pour déguster le vin d’avant le phylloxéra » explique Loïc Pasquet. Promettant un retour aux sources du vignoble bordelais*. Et plus particulièrement du milieu du XIXème siècle. Pour ne pas dire de 1855.

Sans en avoir les volumes, ni la force commerciale, « je vais chercher les crus classés sur leur terrain. Avec le même prix, mais avec ce qu’ils devraient faire » indique Loïc Pasquet, coutumier des piques contre les grands crus classés du Médoc. Reprenant des méthodes culturales ancestrales (conduite en joualles et en échalas, travail du sol au mulet, traitements bio, très hautes densités de plantation avec 20 000 pieds/hectares…) et des cépages anciens (autochtones, mais plus inscrits dans les cahiers des charges), le domaine Liber Pater affirme proposer le goût historique des vins de Bordeaux. Une approche qui se veut militante, hors appellation et en vin de France.

Deuxième climat

Mettant actuellement en marché ses 1 200 premiers cols du millésime 2018 de Denarius (pour une production de 6 000 cols), Loïc Pasquet revendique une idéologie vigneronne plus bourguignonne que bordelaise. S’il récuse le terme de second vin, le vigneron défend celui de deuxième climat pour Denarius, issu de parcelles voisines de Liber Pater. « Bordeaux a des climats, avec des expressions de lieu différentes. Le problème de Bordeaux est de créer des goûts, de décliner une fiche technique. Ça ne fonctionne plus, les gens ne veulent pas de produits stéréotypés » juge le vigneron des Graves, qui souligne le potentiel viticole de la Gironde : grâce à ses vignerons, « Bordeaux est aujourd’hui imbattable au niveau du rapport qualité/prix, mais a perdu la bataille du cœur ».

Considérant que Bordeaux fait « du vin comme de la soupe », avec les cépages et les barriques comme ingrédients, Loïc Pasquet promeut une philosophie bourguignonne des climats, mais avec un fort accent sur les cépages qui l'on ne retrouve cependant pas en côtes de nuits. Soulignant l’unité de terroir en Bourgogne, le professeur retraité Jacky Rigaux explique que le pinot noir suffit aux climats bourguignons. Si la cuvée Denarius incorpore d’anciens cépages (tarnais, castets et saint-Macaire), elle reste à dominante de cabernet-sauvignon (sous le nom local de petite vidure).

"Un nouveau procès, c'est de la publicité "

Alors que son étiquette affiche la mention « domaine » (voir encadré pour l'évolution depuis la publication originale), réservée aux vins avec indication géographique (AOP et IGP), Loïc Pasquet conserve son flegme pince-sans-rire : « ça fera un nouveau procès, c'est de la publicité gratuite ». De fausses facturations dans un dossier de subventions auprès de FranceAgriMer ont précédemment conduit Loïc Pasquet et Liber Pater devant les tribunaux (cliquer ici pour en savoir plus).

 

* : Avec quelques concessions techniques, comme le recours à des bouchons synthétiques (de marque Ardeaseal).

 

 

 

Changement d'étiquette : mise à jour du 28 octobre 2020

Suite à une mise au point de la Répression des Fraudes, Loïc Pasquet indique mettre à jour son étiquette et retirer le terme "domaine" initialement présent pour que sa nouvelle cuvée soit en conformité avec la réglementation.

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
VOS RÉACTIONS
Vinces Le 02 novembre 2020 à 18:53:16
Tout le monde critique l'homme et ses manières, en premier lieu cet article... c'est dommage.. Pourquoi ne lisons nous pas la critique du Denarius ?... Etait-il trop exceptionnel que l'on n'ose le dire, l'écrire ?...
Stéphane B Le 31 octobre 2020 à 10:02:36
Toutes vos réactions transpirent la jalousie et l'envie. L'avez vous au moins rencontré? Avez vous goûté ses vins? A ce sujet, il fait deguster ses vins a chaque visite, meme si la bouteille est vendue 5 ou 6000€ là où la plupart des châteaux vous font royalement deguster les millésimes invendus ou difficilement vendables! 'Voulez vous que l'on aborde les multiples procès et casseroles de viticulteurs et négociants bordelais de cette année par exemple. L'arrogance des viticulteurs bordelais est bien antérieure a l'arrivé de Pasquet et est de notoriété publique. Ps: Je suis bordelais et fier de l'être, je trouve que vos reactions sont affligeantes et déplacés. a bon entendeur.
Guy Salmona Le 30 octobre 2020 à 15:11:52
Bah, franc de pieds mais pas du collier !
tchoo Le 30 octobre 2020 à 13:21:15
Ça reste toujourscétonnant que vous iffriez une visibilité à ce personnage sans jamais aller plus loin
craoux Le 28 octobre 2020 à 12:30:35
Ce môssieur Loïc Pasquet gagne-t-il vraiment à être connu ? .. En plus des embrouilles que vous aviez et avez évoquées avec FranceAgriMer, sa réaction que vous citez - " ça fera un nouveau procès, c'est de la publicité gratuite " - est navrante. Comprend-il que ce n'est pas vraiment flatteur ? .. c'est à se demander.
Yerma58 Le 28 octobre 2020 à 06:13:18
Ça fait cher du flacon ! 500€ pas moins ! ... Ça ressemble à du « foutage de gueule » ! Quelle prétention ... et quel snobisme ! ... mais il y’a a toujours des « précieux ridicules » qui s’y laissent prendre ! Il y a par contre quelques rares domaines dans le bordelais, qui sont en agriculture bio depuis le XVIII ème siècle, et qui sont, par définition préphylloxériques !...
craoux Le 27 octobre 2020 à 17:26:02
Remarque pertinente d'Eric B … mentionner " Domaine …" n'est pas autorisé en catégorie VSIG. Il serait tout de même étonnant que la DGCCRF laisse faire ….
Eric B Le 27 octobre 2020 à 14:50:03
S'il est en vin de France, il n'est pas possible d'écrire Domaine sur l'étiquette (cf photo)
craoux Le 27 octobre 2020 à 10:57:58
Qu'en sait-il Loïc Pasquet de ce qu'était le profil des vins pré-phylloxériques ? … ce qu'il maîtrise c'est la lumière qu'il aime attirer sur lui. Une chose est certaine : ce mec est très fort pour communiquer car, une fois encore, Vitisphère - notamment - lui ouvre ses portes ! Personnellement, je ne comprends pas bien en quoi sa démarche pourrait faire progresser la connaissance et l'amour du vin. Ce qui est sûr, c'est qu'elle siphonne les bourses …. de ceux-celles qui veulent gober "son" message !
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé