LE FIL

Déconsommation nationale

Les Français mettent de l’eau dans leur consommation de vins

Jeudi 30 juillet 2020 par Alexandre Abellan

'La crise que nous vivons a eu un effet accélérateur sur les tendances déjà présentes ou sous-jacentes, et que nous le voulions ou non, la déconsommation de vin, mais aussi d’alcool en général, est une tendance de fond depuis plusieurs décennies' prévient Jean-Marie Barillère.
'La crise que nous vivons a eu un effet accélérateur sur les tendances déjà présentes ou sous-jacentes, et que nous le voulions ou non, la déconsommation de vin, mais aussi d’alcool en général, est une tendance de fond depuis plusieurs décennies' prévient Jean-Marie Barillère. - crédit photo : CNIV
Si la filière vitivinicole sait bien que ses consommateurs domestiques boivent "moins, mais mieux", les données sur les boissons de substitution sont moins connues, et plus inattendues

 

Dans les linéaires, ce ne sont pas les bières et autres alcools apéritifs qui concurrencent l’achat de vin, mais les boissons sans alcool. « Dans neuf cas sur dix, lorsqu’un vin tranquille rouge ou rosé n’est pas consommé, il est remplacé par des boissons non alcoolisées, en particulier par de l’eau » rapporte dans sa dernière lettre d’informations le Comité National des Interprofessions des Vins d’indication géographique (CNIV).

D’après les données hebdomadaires de Kantar Worldpanel auprès de 530 individus, la déconsommation française de vin rouge s’explique par la perte d’« une partie des occasions de consommation », notamment pendant les repas*, où « la grande majorité [de cette déconsommation] est reportée vers d’autres boissons ». Dans 90 % des cas où les consommateurs délaissent un vin rouge ou rosé pendant un repas, ils optent principalement pour de l’eau plate (minérale ou du robinet, parfois aromatisée), mais aussi des jus de fruits et des bières sans alcool. Cette proportion est de 80 % pour les vins blancs et de 66 % pour les vins effervescents.

"Moins consommer d’alcool"

« Ces reports confirment que les habitudes des Français évoluent et ont notamment tendance à moins consommer d’alcool » note le CNIV, soulignant qu’« à l’apéritif, l’éventail des boissons de report demeure large », avec les anisés, bières, cidres, gins, rhum, vermouth, vodka, thés glacés, etc. Dressant le constat de consommateurs réduisant drastiquement leurs achats et consommations de vin (voir encadré), l’étude commanditée par le CNIV met également en avant des pistes de rebond stratégique pour la filière.

« Que nous le voulions ou non, la déconsommation de vin, mais aussi d’alcool en général, est une tendance de fond depuis plusieurs décennies » pose Jean-Marie Barillère, le président du CNIV, soulignant que « dans ce courant de baisse, il existe quelques îlots de croissance [tels que les] produits locaux (tout en restant vigilant sur le prix), les magasins de proximité (se détournant des hypermarchés) [et] la quête de naturalité (de consommation saine). »

Repositionnement

Recoupant le profil des consommateurs et leurs moments de consommation avec les modes actuelles, le CNIV souligne que « les vins rouges sont très associés avec les protéines animales. Or cette consommation diminue. Une piste à explorer pourrait consister à associer le vin rouge avec les légumineuses qui ont le vent en poupe. Autre possibilité : développer sa consommation à l’apéritif, qui se développe en France et contient souvent des charcuteries. »

D’autres pistes peuvent être explorées « pour les vins effervescents, [dont] l’enjeu majeur est de renforcer le réflexe à l’apéritif, tout en gagnant de nouveaux consommateurs. Le vin blanc, dont la consommation est plus occasionnelle, mais dont les occasions de consommation sont plus variées, peut travailler à la fois la présence à l’apéritif, aux repas et comme ingrédients en cuisine. Pourquoi ne pas proposer des accords mets-vins avec une alimentation plus flexitarienne ? »

 

* : Les piliers de la consommation des vins rouges s’effritent, avec la tendance démographique de réduction des achats par les plus de 50 ans et la perte de vitesse de la consommation pendant les repas. « Pour les rouges, l’essentiel de l’érosion provient de la déconsommation quotidienne des plus de 50 ans. Mais les rosés et les rouges ont aussi tendance à perdre de la place, dans une moindre mesure, pendant les repas avec invités » résume le CNIV.

 

Chiffres clés

« Des achats moins fréquents et surtout, en moindre quantité : tel est le visage de la consommation de vin en France que donnent les panels » résume le CNIV. D’après Kantar, moins d’acheteurs et d’achats se télescopent. Ainsi, 83 % des ménages français ont acheté au moins une fois du vin en 2019, avec un nombre moyen de 42 bouteilles achetées. En 2016, on trouvait 86 % des foyers achetant du vin, avec une moyenne de 48 cols.


 

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