LE FIL

Propositions à concrétiser

La filière vin attend son plan de sortie de crise du coronavirus

Mardi 05 mai 2020 par Alexandre Abellan

« Marchés et salons annulés, restaurants fermés, difficultés pour trouver de la main d’oeuvre saisonnière, problèmes de trésorerie, conflit commercial avec les Etats-Unis, incertitudes autour du Brexit, instabilités des différents marchés internationaux… Cette situation, difficilement soutenable pour les professionnels, inquiète sérieusement les élus de la vigne et du vin » prévient l’ANEV.
« Marchés et salons annulés, restaurants fermés, difficultés pour trouver de la main d’oeuvre saisonnière, problèmes de trésorerie, conflit commercial avec les Etats-Unis, incertitudes autour du Brexit, instabilités des différents marchés internationaux… Cette situation, difficilement soutenable pour les professionnels, inquiète sérieusement les élus de la vigne et du vin » prévient l’ANEV. - crédit photo : À la Mie, Henri de Toulouse-Lautrec (1891, Museum of Fine Arts Boston)
Des aides à la distillation et au stockage en passant par les exonérations de charges et le paiement des aides FranceAgriMer, les représentants du vignoble demandent depuis deux mois des mesures de soutien. L’absence de fonds européens doit désormais hâter l’annonce d’un plan structurel national.

Après deux mois de confinement et de chute historiques de ses ventes, le vignoble français ne cache plus son impatience. « Aujourd’hui, les chiffres venant de nos entreprises sont de plus en plus alarmants, mais les réponses concrètes ne sont pas sur la table » résume Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France. Proposant au gouvernement depuis le 19 mars une feuille de route de soutien de la filière vin, le vigneron languedocien voit enfin les astres nationaux s’aligner alors que la solidarité européenne fait défaut pour financer les mesures de gestion de crise (distillation, stockage privé et vendanges en vert).

« Jusqu’au 30 avril dernier [tant que la Commission Européenne n’avait pas arrêté son paquet d’aides agricoles], on pouvait comprendre qu’il n’y ait pas d’annonces nationales. Mais la faiblesse de la réponse du Commissaire Européen impose un plan sectoriel » tranche Jean-Marie Fabre. De ses nombreux entretiens avec l’exécutif (de Bercy à l’Elysée, en passant par Matignon et la rue de Varennes), le vigneron indépendant note « une prise de conscience économique et politique qui va faire bouger les choses dans les prochains jours. Le ministère de l’Agriculture doit annoncer un plan de secteur où l’on s’attend à retrouver la quasi-totalité de nos propositions. »

Budget national

En attendant la présentation de ces aides françaises, l’Association Nationale des Elus de la Vigne et du Vin (l’ANEV) dévoile son plan de soutien à la viticulture. Concernant la distillation et le stockage privé, ce plan demande à la France de libérer une enveloppe exceptionnelle « afin d’envoyer en distillerie au moins 3 millions d’hectolitres de vin français » et de « libérer les cuves de vinification et permettre aux vignerons d’effectuer la récolte 2020 sans laisser de raisin sur les ceps de vignes ».

"Soulager la trésorerie"

« Dans le but de soulager la trésorerie des exploitations viticoles et de diminuer par la même occasion leur besoin de se faire prêter de l’argent par les banques », les parlementaires demandent « l’exonération des charges sociales et patronales sur l’emploi des salariés et des exploitants viticoles, l’annulation des prélèvements directs sur les entreprises et exploitations viticoles en 2020, la défiscalisation sous conditions de la réintégration d’une partie de la Dotation pour Epargne de Précaution et l’annulation des coûts liés aux crédits bancaires en cours ».

N’oubliant pas au passage les demandes concernant le fonds de compensation aux surtaxes américaines, de versements rapides des aides FranceAgriMer et de report de la réglementation européenne sanitaire dans les pépinières viticoles, l'ANEV milite également pour des aides à l’emploi saisonnier. Qu’il s’agisse de « l’autorisation de l’entrée en France des travailleurs saisonniers originaires de l’Union Européenne » ou de la « la pérennisation du dispositif d’exonération de cotisations sociales sur l’emploi des travailleurs saisonniers en agriculture (TO-DE) ».

Surmonter le confinement et le déconfinement

En attendant les arbitrages qui financeront le plan sectoriel des vins français, la pression ne retombe pas sur l’exécutif. « La filière du vin français, c’est 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires, c’est 600 000 emplois, c’est 12 millions de touristes, c’est 12 milliards € à l’export, c’est 8 milliards € de TVA… Mis bout à bout, tout ça demande à être pris en compte, à moins de démanteler le secteur comme la métallurgie par le passé… » prévient Jean-Marie Fabre. Le vigneron de Fitou rappelle que l’aide à la filière ne devra pas se limiter à la compensation des dernières semaines, mais se projeter sur les difficultés qui s’annoncent.

« Le plan structurel va devoir prendre en compte les deux mois passés en confinement, mais aussi les semaines à venir. Pour notre secteur, le déconfinement ne commence par le 11 mai. Le réseau CHR est encore fermé, des salons restent annulés et le tourisme sera à l’arrêt. A part l’export et la grande distribution, peu de choses vont bouger » conclut Jean-Marie Fabre.

Retour sur l'acté délégué de la Commission Européenne

Ayant étudié l’acte délégué de la Commission Européenne, la Confédération Européenne des Vignerons Indépendants (CEVI) en livre un résumé cinglant : "le texte autorise les Etats Membres à mettre en oeuvre dans le cadre de leurs Programmes Nationaux d’Aides (PNA) une distillation de crise et une aide au stockage privé, tout en rendant possible le double financement de ces mesures via le PNA et des aides d’Etat. Tout le reste porte sur des simplifications (non suffisantes) de la mise en oeuvre de la vendange en vert, ainsi que l’augmentation de différents taux d’aides au sein des PNA. Rien n’est proposé quant à la facilitation des mesures de promotion, ni l’autorisation de les utiliser aussi dans l’UE."

Président de la CEVI, Thomas Montagne, "on ne peut se satisfaire de l’absence de tout financement extérieur aux PNA, déjà presque entièrement mobilisés. Le contraste entre l’analyse de la situation et la faiblesse de la réponse est incroyable !"

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé