LE FIL

Jean-Marie Fabre

"Nous ne serons pas à flux tendu, mais à flux zéro de trésorerie"

Jeudi 19 mars 2020 par Alexandre Abellan

« L’enjeu est de passer le plus sereinement possible cette crise » pose Jean-Marie Fabre.
« L’enjeu est de passer le plus sereinement possible cette crise » pose Jean-Marie Fabre. - crédit photo : VIF
Depuis l'Aude, le président des Vignerons Indépendants de France (VIF) est sur le pied de guerre pour que les domaines viticoles ne succombent pas au contrecoup économique du covid-19. Qu’il s’agisse d’aides à l’emploi dans les vignes, alors que la campagne viticole débute, et de soutien aux trésoreries, alors que les commercialisations s’annoncent difficile en plein confinement.

Comment le développement français de l’épidémie de coronavirus touche-t-il les caveaux particuliers ?

Jean-Marie Fabre : Il faut comprendre que le modèle des vignerons indépendants repose sur une très grande proximité avec les marchés. Nous sommes capables de nous adapter très vite à la demande, mais la faille de ce modèle est de ne pas avoir d’amortisseur, nous prenons très vite les coups. Nous cumulons aujourd’hui un contexte économique difficile depuis des mois (taxes américaines depuis octobre 2019, coronavirus en Asie depuis janvier 2020…) et une mise à l’arrêt des marchés intérieurs et européens avec le confinement (restauration fermée, vente aux caveaux limitée par le confinement, salons aux particuliers annulés…). Dans les prochaines semaines nous ne serons pas à flux tendu, mais à flux zéro de trésorerie.

 

Pour éviter la casse économique, le gouvernement a dévoilé une batterie de mesures de soutien aux entreprises : seront-elles suffisantes pour passer la crise sanitaire ?

Je salue le nombre de mesures (bancaires et fiscales), la réactivité et la puissance avec lesquelles le gouvernement a répondu sans gradation pour qu’aucun secteur économique ne soit laissé sur le carreau. Il faut que le plan gouvernemental intègre quelques spécificités pour être le plus efficient. Il en va de la pérennité et de la survie de nos entreprises. Nous sensibilisons actuellement l’Elysée, Matignon et Bercy à ces particularités.

 

Quelles sont vos demandes spécifiques pour la filière vin ?

Il faut des mesures d’aide à la main d’œuvre qui est indispensable pour préserver la qualité et la qualité [du millésime 2002]. Le travail au vignoble ne peut être soumis au chômage partiel ou technique. Nous finissons actuellement les opérations d’attachage des baguettes et de déploiement de la confusion sexuelle, l’ébourgeonnage et les premiers traitements [phytos] vont commencer dans les jours qui arrivent. On ne peut faire l’impasse sur nos salariés viticoles malgré le coronavirus. Mais il va falloir payer ces salariés au moment où il n’y a plus d’entrée de trésorerie. Il faut a minima une exonération totale des charges patronales sur les salariés indispensables [à la poursuite de l’activité].

 

Vous dîtes « a minima », avez-vous d’autres demandes d’exonération patronale ?

Les vignerons indépendants sont très employeurs de main d’œuvre : nous représentons les trois quarts de l’emploi viticole (avec une moyenne de 5 salariés à temps plein et 10 emplois occasionnels par domaine). Si nous mettions en chômage partiel ou technique nos employés, cela représenterait une charge conséquente pour l’Etat. Peut-être qu’un coup de pouce de 15 à 30 % des salaires serait un bon accompagnement supplémentaire. Car on ne peut pas se dispenser de cette activité.

 

Vous demandez donc une aide supplémentaire au maintien de l’activité pour garantir la productivité du vignoble.

Tout à fait. Et nous demandons également une suspension des charges sociales pour les chefs d’entreprise. Ils ne vont pas pouvoir se sortir un salaire sur les prochains mois et vont se retrouver en difficulté personnelle pour leurs charges MSA d’exploitants pour les appels du premier trimestre.

 

Vos demandes portent également sur le soutien des trésoreries…

Nous saluons les mesures de report de six mois des encours et l’accompagnement de la BPI, nous allons les utiliser. Mais les vignerons indépendants ont une dynamique d’investissement qui a la particularité d’un ratio emprunt/chiffre d’affaires important. Que l’on s’entende bien, je ne me plains pas : ces encours se financent par la valeur ajoutée et cela fait partie de notre typologie d’entreprise. Mais quand on arrivera au remboursement dans six mois, il y aura eu un trou d’air de commercialisation de plusieurs mois qui ne permettra pas le remboursement. Il faut une année blanche pour les prêts en 2020 et les reporter à la fin du plan d’amortissements. Des banques sont prêtes à le faire au cas par cas. Le bémol, c’est qu’il faut prendre en compte les intérêts d’emprunt. L’Etat pourrait donner ce coup de pouce, comme cela avait été fait en 2014 après de massifs épisodes de grêle. Cette mesure a fait ces preuves. L’enjeu est de passer le plus sereinement possible cette crise.

 

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