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Plantations contrôlées

Cognac prend le "risque calculé" d’agrandir son vignoble

Mercredi 04 septembre 2019 par Alexandre Abellan

Christophe Véral et Stéphane Roy siègent au conseil d’administration de l’UGVC, qui représente 65 % des viticulteurs de Cognac.
Christophe Véral et Stéphane Roy siègent au conseil d’administration de l’UGVC, qui représente 65 % des viticulteurs de Cognac. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Soulevant le capot du Business Plan interprofessionnel, les représentants du vignoble charentais comptent rassurer sur les nouvelles plantations envisagées. Notamment avec les contreparties du négoce pour partager les risques de la production.

En matière de croissance du vignoble charentais, « il y a un pilote dans l’avion. Le risque est calculé. Je crois que l’on ne se trompe pas » martèle Christophe Véral, le président de l’Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac (UGVC), ce 3 septembre lors d’une réunion publique à Mirambeau (Charente-Maritime). Entre la crainte d’un revirement des marchés et le désir de profiter des débouchés actuels, l’auditoire vigneron témoigne avant tout du besoin de mieux connaître l’outil interprofessionnel qu’est le fameux Business Plan. Qui tenait jusqu’à présent de la boîte noire, dont quelques chiffres sortaient au compte-gouttes pour justifier une stratégie d’accroissement.

Pour répondre aux interrogations, les élus de l’UGVC mise sur la transparence pour convaincre de sa stratégie. Tous les trois ans, à chaque nouvelle présidence du Bureau National Interprofessionnel de Cognac (BNIC), le Business Plan intègre les éléments prospectifs agronomiques et commerciaux fournis par la production et le négoce pour faire coïncider offre et demande à moyen et long termes. Sur trois millésimes, l’outil calcule des rendements annuels et des ajustements de la surface de plantation, avec des révisions en cours de route si des paramètres « alerteurs » sont atteints. Records export obligent, ce fonctionnement se traduit actuellement par la décision de hauts rendements (14,64 hectolitres d’alcool pur par hectare en 2019) et la plantation de 10 000 hectares de vignes d’ici 2021 (soit une croissance de +8 % par rapport aux 76 243 hectares recensés en 2018).

331 millions de cols/an

Entre les aléas climatiques, les maladies du bois et le tournant environnemental du vignoble, de tels rendements n’ont pour but que de permettre de compenser le manque de surfaces actuelles précise l’UGVC. Ses porte-paroles visant un rendement de 12,5 hl hl AP/ha à terme. Cette perspective s’appuyant sur une croissance annuelle envisagée de 3,1 % du vignoble charentais jusqu’à 2033. Ce qui porterait le vignoble de Cognac à 121 535 ha pour commercialiser 331 millions de bouteilles.

"Pas un engagement"

« Ce n’est pas un engagement à planter. En fonction de la situation, on pourra être amené à ne pas planter. Si les alerteurs sonnent, on adaptera en refaisant tourner le Business Plan. Mais sans sur-réagir » souligne Stéphane Roy, le secrétaire général adjoint de l’UGVC et référent Business Plan au sein du BNIC. Travaillant depuis dix ans à peaufiner son outil prospectif, l’interprofession estime proposer un système gagnant-gagnant.

Contreparties du négoce

« Dans le vignoble français, il y a toujours eu deux stratégies qui s’opposent : soit raréfier la production pour faire monter les prix, soit ne pas chercher à la limiter pour fluidifier les achats et permettre à un maximum de grands groupes investissent pour vendre plus et plus cher » explique Stéphane Roy. L’UGVC misant sur la deuxième approche, son élu souligne qu’en contrepartie de cette stratégie, les négociants doivent faire profiter à la viticulture de leurs profits, sans baisser les cours. Sans oublier de soutenir la production en cas de difficultés commerciales.

En la matière, l’UGVC a dévoilé une mesure de soutien du négoce témoignant autant des relations de confiance nouées entre les deux familles charentaises que du souvenir des âpres discussions avec les autres bassins viticoles sur le contingent de nouvelles plantations 2019 (des vignobles s’inquiétant d’un risque de déversement des excédents en cas de crise du Cognac). Si les opérateurs charentais affichent un fort taux de contractualisation (plus de 85 % d’après les estimations), l’enjeu lors d’un revers commercial est de ne pas trop réduire le rendement annuel fixé par l’interprofession. Le négoce ayant tendance à le baisser, ce qui gonfle les excédents de la viticulture, qui, faute de trésorerie, le déverse sur le marché des vins blancs.

Dispositif « rebond »

Pour limiter ce risque, le négoce s’engage à gonfler de 1 à 1,5 hl AP/ha le rendement calculé par le Business Plan, afin de permettre au vignoble d’alléger une partie de son excédent et de pouvoir financer ses coûts de production, mais aussi de distillation pour la mise en réserve climatique. Cette mesure doit aussi permettre de créer un stock qui sera mobilisé dès que les marchés seront à nouveau demandeurs de Cognac. Baptisé « rebond », le dispositif évoqué n’est prévu que pour une crise ponctuelle, comme en 2008 avec les subprimes ou 2012 avec la loi anticorruption chinoise. Ce qui ne rassure pas les viticulteurs ayant le souvenir de la lourde crise de 1992-1997 sur le marché japonais.

"On a retenu les leçons du passé"

La situation actuelle n’est pas comparable à celle d’il y a trente ans pour les porte-paroles de l’UGVC, qui estiment que les marchés sont plus diversifiés (Chine, Etats-Unis…), tandis que les perspectives sont prometteuses pour de nombreux pays émergents (notamment en Afrique), grâce à l’implication de grands groupes (investissement dans l’outil de production et de stockage, mais aussi de promotion sur les marchés). Sans oublier l’argument du Business Plan. « Si on ne se développe pas, on est sûr d’avoir une crise. Ce n’est pas parce que l’on n’a pas réussi il y a trente ans à s’agrandir que l’on doit se l’interdire maintenant. On a retenu les leçons du passé » souligne Stéphane Roy en s’appuyant sur l’outil interprofessionnel. S’il y a des pilotes dans l’avion, le maintien de son cap va faire face à de nombreux autres défis pratiques craignent les vignerons. Qui évoquent pour la réussite de l’agrandissement le manque de main d’œuvre formée, la difficulté d’accès au foncier et les enjeux d’approvisionnement en plants.

 

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