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La réforme de la certification HVE laisse le vignoble dans la plus parfaite incertitude  
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Et maintenant ?
La réforme de la certification HVE laisse le vignoble dans la plus parfaite incertitude  

Les décrets sont publiés pour définir le cadre du nouveau cahier des charges Haute Valeur Environnementale, mais les mesures concrètes de contrôle restent encore inconnues, ce qui inquiète le vignoble, incapable de se projeter en l'état.
Par Alexandre Abellan Le 24 novembre 2022
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La réforme de la certification HVE laisse le vignoble dans la plus parfaite incertitude   
La réforme de la voie A de la certification HVE fera-t-elle tomber la démarche dans le panneau ? - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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oins festif qu’un calendrier de l’avent, le compte à rebours pour la mise en place ce premier janvier 2023 de la nouvelle certification Haute Valeur Environnementale (HVE) va également conduire à des surprises dans le vignoble. À défaut de cadeaux, les craintes sont fortes sur un décrochage du nombre de nouvelles certifications au vu des nouvelles contraintes après des années de croissance continue (18 300 domaines viticoles certifiés au dernier pointage). Soulignant que la certification de troisième niveau « s’appuie sur un référentiel technique qui n’a été revu qu’à la marge depuis 2012 [NDLR : sa date de création], et pour la dernière fois en 2016 », un communiqué du ministère de l’Agriculture indique qu’« en résumé, le référentiel rénové de la HVE, ne comporte plus de "voie B", qui faisait l’objet des plus nombreuses critiques [NDLR : pour son approche comptable et non agroécologique], et ses exigences ont été revues à la hausse sur les indicateurs de protection de la biodiversité, de limitation de l’usage de produits phytosanitaires, et de gestion raisonnée de la fertilisation ».

Si l’approche est claire dans la théroei, ses effets pratiques restent bien nébuleux. Ayant adopté le socle de la HVE, la certification Viticulture Durable en Champagne (VDC) opte actuellement pour l’attentisme : « pour l’instant VDC reste sur l’ancien référentiel, les anciens barèmes. Nous n’avons de toute façon pas tous les éléments pour préparer les vignerons » témoigne Sébastien Debuisson, responsable du service vigne au Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (CIVC), expliquant avoir « pris acte du changement. Mais si l’on a le gros des éléments, il manque les détails. Nous n’avons pas de grille de notation et de manuel de préparation. »

Blocages sur la fertilisation

D’après les premiers échos, l’ingénieur agronome relève un possible problème sur le nouvel indicateur de biodiversité : « il y aurait quelques soucis, mais on a du mal à estimer l’impact de la réduction de points sur les plantations de haies ». Sébastien Debuisson relève surtout un fort risque de rupture pour l’indicateur de fertilisation : « avec la prise en compte pour la minéralisation de l’azote total et pas de l’azote efficace. Quelqu’un qui apporte des écorces, du paillage, du mulch, des engrais organiques… Il dépassera facilement l’indicateur. C’est un point d’incompréhension. » D’après ses estimations, 30 % des certifiés HVE de Champagne pourraient ainsi perdre leur certification à l’avenir (il y a un délai de transition). « Cette règle poserait problème, on est dans une position d’attente. Il y aura des points importants à vérifier dans les premiers mois d’audit 2023 » note Sébastien Debuisson.

Difficile à évaluer

Mêmes échos incertains avec le référentiel Certification Environnementale Cognac (CEC), qui amène à la double certification CEC et HVE. « La mise à jour du référentiel aura un impact, mais sans connaissance des grilles de notation et du manuel de préparation ce dernier est difficile à évaluer » pointe Bastien Brusafferro, directeur de l’Union Générale des Viticulteurs pour l'AOC Cognac (UGVC), qui précise que « cela ne remet pas en cause notre engagement pour le HVE et la CEC sur lesquels nous continuerons de nous appuyer ». Soutien de la certification charentaise, le Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC) martèle son « entière motivation à poursuivre et développer la dynamique de certification environnementale dans laquelle nous sommes engagés ». Mais si « la réforme annoncée de HVE aura un impact pour notre filière, puisque notre système s’articule avec cette certification HVE. Actuellement nous étudions si notre démarche devra s’appuyer sur le dispositif actuel ou bien sur un dispositif adapté » précise l’interprofession.

Si les vignerons conventionnels restent sur la défensive, et surtout dans l’expectative, il semble que la nouvelle orientation du label HVE ne soit pas pour déplaire à certains de leurs confrères certifiés bio. Saluant l’interdiction de produits phytosanitaires classés Cancérigènes Mutagènes et Reprotoxiques (CMR), Nicolas Richarme, le président de Sudvinbio, note dans un communiqué* que « toute initiative visant à réduire l'utilisation de pesticides, a fortiori les plus dangereux, est la bienvenue. Mais ce qui est important aussi, c'est que le consommateur puisse comprendre la réalité des différents labels. Aujourd'hui, il n'y a qu'un label qui garantit une agriculture sans produits de synthèse, c'est le bio. » Sur ce sujet, l'association nationale pour le développement de la HVE promeut justement un label agroécologique conventionnel médian, qui ne doit pas s'imposer les exigences de l'agriculture biologique.

 

* : Qui indique que « le label HVE n'interdit pas le recours aux pesticides contrairement au label Agriculture Biologique ». Ce qui rappelle la communication ambiguë sur des produits "bio sans pesticides", et alimente les amalgames entre agriculteurs et riverains dans les parcelles où les pulvérisateurs sont toujours vus comme épandeurs de produits nocifs, quand ils traitent aussi avec des produits bio (également utilisés en agriculture conventionnelle, s’il est besoin de le préciser).

 

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Tous les commentaires (6)
Vigneron Le 29 novembre 2022 à 09:17:56
Je pense que le HVE a souffert de certains syndicats qui ont engouffré les agriculteurs dedans pour obtenir une norme agroécologique et plaire à Bruxelles! Ces gens là ont une mauvaise compréhension de l'environnement. Certains industriels ont pu profiter aussi d'un certain succès marketing à mettre un label écologique sur l'étiquette. Il est normal que la réglementation soit plus stricte. Sachant qu'il n'y a pas de réelle plus value économique, on peut très bien sortir du HVE. Pour les Bio, il faut savoir que la plupart des produits Bios sont produits hors de France avec une règlementation beaucoup moins stricte, ils faudraient qu'ils planchent là-dessus avant de critiquer les autres labels.
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Jfd Le 25 novembre 2022 à 18:34:29
La HVE comme elle était avant était très bien dans sont ensemble. Maintenant faut arracher la moitié des vignes pour avoir assez de biodiversité et mettre 20 unités d azote totale maxi pour un maximum de points et plein d herbe. Les vignes vont en crever et nous avec! Faut se révolter et mettre le feu! Nous ne sommes pas d accord. La consultation publique à été faite à la va vite en 3 semaines pendant les vacances d été, ça été fait exprès.
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fabien00 Le 24 novembre 2022 à 20:59:29
Il aurait été raisonnable de garder la possibilité de choisir entre le HVE de niveau 3 correspondant au référentiel actuel et un HVE de niveau 4 encore plus vertueux, en l'état ça va coincer dans de nombreuses structures...
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La rédaction Le 24 novembre 2022 à 13:57:12
Bonjour Nipal Merci pour votre alerte : l?information n?était pas connue à la rédaction de cette information, un nouveau point vient d?être réalisé sur cet article : https://www.vitisphere.com/actualite-98095-ce-que-le-nouveau-referentiel-hve-change-en-viticulture.html Bonne journée
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Nipal Le 24 novembre 2022 à 13:17:11
Une petite erreur dans l'article : grille d'audit et plan de contrôle sont bien disponibles sur le site du ministère de l'agriculture (https://agriculture.gouv.fr/certification-environnementale-mode-demploi-pour-les-exploitations)
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PAL Le 24 novembre 2022 à 11:33:07
Revoir les critères, pourquoi pas Tout le monde veut progresser et si cela est raisonnable, personne ne s'y opposera. MAIS arrêtez de dire que la filière bio, est exempte d'usage de pesticides Vous savez bien que c'est faux et qu'ils soient d'origine naturelle ou de synthèse, les traitements utilisés dans les deux filières sont des pesticides ! Et heureusement qu'ils existent pour faire des productions de qualité dans les 2 systèmes de culture
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