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En Languedoc, les ventes de vins en vrac démarrent lentement, sauf pour les blancs
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Début de campagne
En Languedoc, les ventes de vins en vrac démarrent lentement, sauf pour les blancs

Contrairement à l’an dernier, la campagne démarre très lentement sur le marché du vrac dans le Languedoc-Roussillon, sauf pour les blancs. Assuré de son approvisionnement, le négoce attend. La production redoute une baisse des prix.
Par Anne Schoendoerffer Le 14 novembre 2022
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 En Languedoc, les ventes de vins en vrac démarrent lentement, sauf pour les blancs
Cédric Bruel, le directeur des Celliers d'Orfée à Ornaisons dans l'Aude redoute une baisse des prix mais se rassure en se disant que ce n'est pas dans l'intérêt du négoce de le faire. - crédit photo : Hervé Leclair/aspheries.com
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ertains parlent ouvertement de distillation, comme Gérard Bancillon, le président de la Confédération des vins IGP de France. D'autres reconnaissent l’existence de surstock. « Il ne faut pas se le cacher : il reste des rouges de 2021. Mais ce ne sont pas les meilleurs », lance Thomas Verdeil, le directeur achat vin et production des Domaines Auriol.

En ce début de campagne, le marché des ventes en vrac démarre très lentement. « Tout le monde attend les prix, signale, fin octobre, un vigneron qui produit très majoritairement du blanc. Une fois que Castel et les Grands Chais auront donné leurs prix, ça avancera. Mais pour l’instant, c'est le jeu du chat et de la souris. »

Un certain attentisme

Malgré cet attentisme, Vincent Romatet, le directeur des Vignerons des Soubergues, à Saint-Pons-de-Mauchiens, dans l'Hérault, est serein. Sa coopérative a fait une bonne récolte 2022. Sur ses 105 000 hl, 90 000 hl sont déjà préréservés. Dès le printemps, il travaille avec sa quarantaine de clients sur les profils et les volumes de vin qu'ils souhaitent. Fin octobre, ils étaient en train de déguster les échantillons. « On se mettra d'accord sur les prix après, indique Vincent Romatet. Le marché n'est pas calé. Les acheteurs ne veulent pas se prononcer de peur de perdre beaucoup d'argent si les prix s’effondrent. »

Au-delà du marché et des sorties qui sont moins avancées que l'année dernière, c'est « la situation mondiale qui m’inquiète, avoue Vincent Romatet. Mais, elle n'est pas propre au vin. Tout augmente entre les matières sèches et le coût de la vie en général. On sent que c'est compliqué. Les acheteurs peuvent dire qu'ils vont acheter moins cher. C'est le jeu de la discussion. »

Le recul des bordeaux tire tout le monde vers le bas

À Baixas, dans les Pyrénées-Orientales, André Serret, le directeur des vignobles Dom Brial – 220 adhérents sur 1 700 ha en Roussillon –, attend lui aussi des offres de prix de ses grands acheteurs. « Le marché n'est pas actif du tout, déplore-t-il. Les côtes-du-rhône ont tendance à baisser. Le recul des bordeaux tire tout le monde vers le bas. »

André Serret est soucieux pour d’autres raisons : « En Roussillon, depuis 2019, nous avons de petites récoltes. Cette année, nous arriverons à 58 000 hl au lieu de 70 000 hl, en année normale. Malgré la perte de volume, nous avons une année de commercialisation en cave sur certains produits, comme les Côtes du Roussillon rouge. »

Avec ses clients historiques, il travaille en prévendu. « Ils se sont positionnés sur 95 % de nos volumes de blancs et de rosés. C'est une bonne chose », pose-t-il. Un marché de 15 000 à 20 000 hl pour la coopérative, selon ses besoins pour ses ventes directes. Il souligne : « Nous sommes inquiets depuis les taxes Trump, le Covid et depuis que les Chinois ont arrêté d'acheter du vin, surtout pour les Côtes du Roussillon rouges génériques ». Bien que la conjoncture économique ne le rassure pas, il reste confiant pour sa cave qui s’appuie sur un réseau bien implanté en France et à l'export et qui développe la vente au caveau pour moins dépendre du négoce.

Comme tant d'autres directrices et directeurs de caves coopératives, Céline de Cambiaire, qui dirige celle d'Azille, semble épuisée en ce début novembre après des vendanges menées tambour battant. Elle ne s'en plaint pas, mais l'inquiétude se fait ressentir. Cette cave vient de récolter 27 000 hl, majoritairement en Pays d'Oc, avec un tiers de rouge, de blanc et de rosé. « On vient de finir de vendanger donc on commence juste à vendre. Cette année va être compliquée entre les problèmes de bouteilles et de pouvoir d'achat. »

Quel prix de négoce ?

Céline de Cambiaire a prévendu 30 % de sa récolte à ses partenaires, ce qui la rassure. Mais elle trouve que ce début de campagne est tendu. Tout le monde s'observe et attend les prix du négoce qu'elle ne connaît pas encore. Elle redoute une baisse alors que les coûts de production ont augmenté.

Comme Cédric Bruel, le directeur des Celliers d'Orfée, à Ornaisons, dans l'Aude. Sa coopérative vient de récolter 79 000 hl, dont elle va vendre 95 % en vrac. Ses 170 adhérents produisent des vins à 30 % en AOP Corbières et à 70 % en IGP Pays d'Oc, Aude et Terre du Midi. Il est optimiste pour l’écoulement de sa production car il travaille en préréservation. Pour les prix, c’est une autre histoire. Le début de campagne se déroule très bien pour les blancs. Les dégustations commencent pour les rosés. Elles n'ont pas débuté sur les rouges. Les prix ne sont pas encore fixés dans les trois couleurs et il redoute leur baisse.

"Les charges ont explosé"

« Les charges ont explosé à la vigne et à la cave. Si le négoce ne suit pas, ça ne marchera pas. On ne peut pas vendre à perte, prévient Cédric Bruel. Avec un rendement moyen entre 40 et 42 hl/ha en Corbières, mon objectif est d’obtenir au moins de 120 €/hl pour nos corbières rouges en qualité MDD [marque de distributeur]. Autrement nos adhérents ne s'en sortiront pas avec l'augmentation des charges. Ce n'est pas aujourd'hui que le marché peut se casser la gueule. Le négoce ne va pas se tirer une balle dans le pied en faisant baisser les prix, au risque de voir disparaître le vignoble d’appellation, bien implanté, avec des cépages autochtones qui demandent peu d'eau ».

 

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