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Une réserve pour ne pas produire plus qu’il n’est possible de vendre de vins rosés l’IGP Méditerranée
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Millésime 2022
Une réserve pour ne pas produire plus qu’il n’est possible de vendre de vins rosés l’IGP Méditerranée

L’interprofession de l’Indication Géographique Protégée adopte une régulation des agréments calée sur la capacité de mise en marché de chaque entreprise et du collectif méditerranéen. Pour être valide ce millésime 2022, le système doit être validé par le ministère de l’Agriculture.
Par Alexandre Abellan Le 02 août 2022
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Une réserve pour ne pas produire plus qu’il n’est possible de vendre de vins rosés l’IGP Méditerranée
« Le vote à l’unanimité des deux familles permet au bassin de production Méditerranée de se donner les moyens de gérer le rosé IGP Méditerranée » pose Jean-Claude Pellegrin. - crédit photo : Intervins Sud-Est (photo du conseil d'administration)
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our doublement historique ce vendredi 29 juillet pour Jean-Claude Pellegrin, le président de l'Interprofession des Vins à Indication Géographique Protégée du Sud Est (Intervins Sud-Est sur 6 départements*). Historique par le vote à l’unanimité du conseil d’administration et de son assemblée générale la mise en place d’une réserve interprofessionnelle pour réguler la commercialisation des vins rosés IGP de Méditerranée.

Historique par le système de régulation des agréments calculé pour chaque entreprise selon ses performances passées de commercialisation (ce représente à l'échelle macroéconomique du vignoble approximativement 80 % du potentiel de production en 2022), l’équilibre collectif entre offre et demande estimé par l’interprofession (5 % cette année pour l'ensemble du bassin) et la capacité individuelle à trouver de nouveaux débouchés (une mise réserve de 15 % des volumes théoriques pour toute l'IGP). L’objectif principal étant d’alléger les stocks d’invendus qui pèsent sur le marché depuis la crise covid et s’accentuent actuellement avec l’inflation et la récession.

Fusée à 3 étages

L’outil voté par Intervins Sud-Est peut se résumer à une fusée de trois étages, chacun permettant de gagner en capacité de commercialiser un volume de vin rosé IGP Méditerranée. Le premier niveau est son socle de lancement propre à chaque producteur (vigneron indépendant, cave coopératif, négoce producteur…) : il s’agit de la moyenne du volume commercialisé sur les trois dernières années.  Ce calcul « donne la capacité de volume à produire qu’elle peut commercialiser. Ce volume est acquis : sans contrainte » précise Jean-Claude Pellegrin. Le deuxième niveau est le réacteur collectif : le Volume Individuel de Production Commercialisable Certifié (VIP2C), une quantité de vin fixé par accord interprofessionnel, production et négoce, selon les stocks, la récolte et les sorties de chais. Il s’agit d’un « pourcentage de développement pour permettre de garder des volumes correspondant à nos parts de marché. Il n’y a pas de contrainte, il n’est pas question de bloquer le marché » pointe Jean-Claude Pellegrin, qui martèle l’idée de « développement collectif »

Au troisième étage se trouve la tête chercheuse de la réserve interprofessionnelle, qui est constituée de l’ensemble des volumes produits en IGP Méditerranée. Une forme de surplus propre à chaque producteur qui ne peut être débloqué pour agrément qu’avec un contrat de vente ou de conditionnement. « Ce n’est pas un outil à pénaliser » indique Jean-Claude Pellegrin, pour qui ce volume disponible permettra d’assurer le lien entre deux millésimes. « Ça ne freine pas et ne pénalise pas » ajoute le président de l’interprofession. Les opérateurs ont jusqu’au 31 décembre de l’année suivant la récolte pour débloquer l’agrément de leurs réserves : « si le volume de réserve n’est pas utilisé, la réserve s’ouvre pour être déclassée en Vin Sans Indication Géographique (Vin de France) ou être détruite (par prestations viniques) » précise Marine Gayrard, la directrice d’Intervins Sud-Est. « Nous ne sommes pas dans la résignation des pertes de parts de marché : si l’on est capable de créer de la demande supplémentaire, il faut être capable d’y répondre » pointe Jean-Claude Pellegrin, qui demande de citer « à travers la planète des gens qui produisent pour ne pas vendre ».

Rendement 2022

Avec une production annuelle avoisinant 800 à 850 000 hectolitres de vin rosé IGP Méditerranée, le volume qui pourrait être directement commercialisable cette année avec le nouveau système s'éléverait à 620 000 hl (avec un VIP2C de 5 %, soit 20 000 hl). Pouvant représenter 15 % des volumes produits par l'ensemble de l'IGP, la constitution d’une réserve conséquente reste incertaine, comme l’est ce millésime 2022. « Cette année, on n’est certain de rien du tout. Il fait tellement chaud que l’on ne fera pas les 850 000 hl. Peut-être que l’on tombera à 600 000 hl » indique Thierry Icard, président de la fédération Inter-Med (l’Organisme de Défense et de gestion de l’IGP Méditerranée). Ayant porté une proposition de baisse des rendements 2022 face aux difficultés commerciales actuelles, Thierry Icard n’a pas été suivi par son conseil d’administration : le plafond de production 2022 restera de 120 hl/ha. « On n’est jamais arrivé à un rendement moyen de 120 hl/ha sur les 20 dernières années, au maximum nous sommes arrivés à 93 hl/ha » précise Thierry Icard. Ajoutant que les demandes d’autorisations de plantations nouvelles en IGP Méditerranée vont être réduites (de 160 hectares l’an passé à 50 ha cette année).

« Avec la situation de marché, on ne peut pas avoir un peu de peine à vendre et demander un contingent de plantation important » indique Jean-Claude Pellegrin, précisant que les surfaces demandées intègrent des pertes récentes de vignobles IGP (40 ha avec le contournement routier d’Arles et 30 ha avec des arrachages liés à la flavescence dorée). Confirmant que la récolte 2022 est incertaine avec 20 % du vignoble irrigué, le président de l’interprofession demande la mise en place pour cette vendange de l’outil de régulation : « nous avons un besoin urgent d’accompagnement du ministère pour avancer rapidement sur une mesure ne coûtant pas un centime. Il est impératif que nous ayons cet outil de régulation pour cette campagne. »

On ne peut pas produire de vin sans pouvoir le commercialiser

Et de rappeler les objectifs de cette mesure : « premièrement mettre en adéquation les volumes produits par rapport à ceux commercialisés. Ça paraît très bête, mais on ne s’est jamais posé la question » pointe Jean-Claude Pellegrin, qui s’inspire du modèle de réserve mis en place depuis une vingtaine d’années en Champagne. L’idée est de mettre fin à « la logique où l’on produit du vin et on se dit que l’on trouvera toujours à le vendre. Maintenant, on n’en a plus la capacité, compte tenu de l’augmentation des coûts de production. On ne peut pas produire de vin sans pouvoir le commercialiser » résume-t-il. Cette gestion de l’offre par la demande doit permettre de sanctuariser les revenus de la filière et la valeur ajoutée de l’IGP (en évitant les cycles de manque de volumes/flambée des prix et excès de volume/effondrement des cours), de sécuriser l’approvisionnement du marché (en cas d’aléas climatiques/agronomiques), d’aller vers une contractualisation (permettant d’encadrer la qualité)…

« On a une prise de conscience collective que le marché n’appartient à personne : producteur, caves coop, vigneron indépendant et négociant. C’est un bien collectif » souligne Jean-Claude Pellegrin. « Le maître mot est le travail collectif » renchérit Marine Gayrard.

 

* : Les départements des Alpes-de-Haute-Provence, des Alpes-Maritimes, d’Ardèche, des Bouches-du-Rhône, de Corse-du-Sud, de la Drôme, des Hautes-Alpes, de Haute-Corse, du Var et du Vaucluse.

 

 

 

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