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Renais, Renou !

Par Alexandre Abellan Le 17 juin 2022
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Renais, Renou !
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uin 1952-juin 2006. Il y a 70 ans naissait René Renou, disparu brutalement il y a 16 ans. Si le vigneron ligérien a laissé à la postérité des bouteilles de Bonnezeaux, toujours appréciées des amateurs de vins liquoreux, il a surtout légué des idées, somme toute révolutionnaires, qui peuvent encore nourrir les réflexions sur les déséquilibres français entre offre et demande de vin. Proposant une réforme des vins d’appellation d’origine lors de sa présidence de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO), René Renou constatait que des appellations dites génériques ne se différenciaient plus de vins de pays en termes de valorisation et de positionnement. Aujourd’hui, ce rude constat est tout sauf daté. Il vient même d’être réaffirmé : « le bordeaux générique est devenu le vin de table du Bordelais » pouvait-on entendre cette semaine lors d’un débat vigneron sur les demandes de prime à l’arrachage en Gironde.

Entre stratification (comme les montées en grade du Beaujolais) et diversification (comme le blanchiment en Vallée du Rhône), les stratégies actuelles des vins AOC tentent de contourner par la bande le déséquilibre structurel qui constitue le socle des appellations d’origine. L’AOP étant paradoxalement une indication géographique se plaçant au sommet de la pyramide vitivinicole (en termes d’exigences et de prestige), mais loin d’être une pointe effilée, sa forme tient de la pointe boursouflée, écrasant la base de la construction collective (les 363 AOP viticoles françaises pesant pour 60 % de la production nationale de vin).

La restructuration de l’offre AOC proposée par René Renou passait par un niveau supplémentaire, l’appellation exceptionnelle, pour recréer une véritable pyramide. Depuis sa disparition, il semble que cette idée soit tombée dans l’oubli*, personne ne reprenant le flambeau, ni les risques de coups inhérents à une approche remettant en cause l’acquis social qu’est devenue l’AOC. Comment admettre pour des vignobles portant l’AOC comme un étendard d’envisager être relégué en deuxième division ? Si la ligue 1 est un sujet sensible à Bordeaux, le déclassement d’une partie de son vignoble est déjà criant, la rétrogradation étant déjà actée par des prix du foncier en repli sur les AOC dites génériques.

Visibles depuis des années en Gironde, les difficultés du tout-AOC n'ont pas de quoi réjouir les autres vignobles français (le souvenir de l'arrachage reste douloureux en Languedoc, où personne ne souhaite cette épreuve à un autre vigneron). Alors que des vendanges généreuses et précoces se dessinent, les réflexions sur la restructuration des AOP ne sont pas réservées à la seule Gironde. On peut imaginer des AOP d’excellence ou des AOP génériques devenant des IGP : dans tous les cas, il est nécessaire de réduire les charges pesant sur la production : quel est encore le sens de s’astreindre à des limitations de rendements, notamment, quand l’activité n’est plus rentable ?

C’est bien l’ensemble du vignoble français qui aurait besoin d’un nouveau René Renou pour redonner une vision de gamme et de la valorisation au travail des terroirs. En la matière, c’est un enjeu de pérennité du vignoble français dans son ensemble face à la compétition mondiale des boissons alcoolisées. « C'est une vérité qui ne peut être contestée que le meilleur terroir ne diffère en rien du mauvais s'il n'est cultivé » écrit Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban dans son Projet d'une dîme royale  en 1707.

 

* : Malgré des projets locaux, comme celui cru d’exception pour les Bordeaux Supérieurs.

 

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Tous les commentaires (4)
VignerondeRions Le 17 juin 2022 à 17:54:14
Le problème n'est pas d'être en AOC, en IGP ou autre, c'est qu'aujourd'hui à Bordeaux il n'y a pas de client pour acheter autre chose que du Bordeaux (qui par définition est de l'AOC). Ce nom de Bordeaux est protégé et donc il n'y aura pas d'IGP Bordeaux, à moins que la profession ne le décide. Si on enlève ce nom de vin emblématique, je ne vois pas comment nous pourrions réussir en partant de rien, et sans identité, alors que rien n'est simple pour les producteurs d'IGP déjà en place.
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J.Henry DAVENCE Le 17 juin 2022 à 17:10:05
Le dernier président du comité vin, véritable vigneron, qui respectait l'esprit de la création des AOC et a essayé jusqu'au bout de sauver cet esprit de la garantie de l'excellence de nos appellations sans compromission. Les suivants ne sont que de piètres exécutants à la solde d'une viticulture semi-industrielle, et ne sont plus des vignerons mais des rentiers du syndicalisme viticole. Ils se sont appliqués à mettre dans la boite à outils des AOC tout ce contre quoi se sont battus les artisans de leur création, artifices techniques, rendement économique et non agronomique... j'en passe et des meilleurs. Au vu de l'état de mort cérébrale de l'institut c'est d'un nouveau Joseph Capus et d'un nouveau Baron Leroy dont nous avons besoin. L'INAO est mort, vive...
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Marc Le 17 juin 2022 à 15:25:43
Pou avoir rencontré René Renou à cette époque sur ce sujet on ne peut que regretter la non mise en oeuvre pourtant votée par le Comité National de l'INAO. Sur certaines appellations les vignerons abandonnent l'AOC car les cours sont faibles voire inexistants pour produire en Vin de Pays avec irrigation ou goutte à goutte avec des rendements au moins doublés, peu de main d'oeuvre, des tailles rases., etc... et une meilleure rentabilité. Une mention positive à la Champagne qui se régule au travers de notions objectives du marché avec quelques tensions mais une santé enviable.
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Herv? Lalau Le 17 juin 2022 à 13:10:43
Avec les vinos de pago, les Espagnols ont mis sur pied quelques chose qui ressemble fort à des crus d'exception, qui peuvent être en ou hors AOC. Par ailleurs, je note qu'en Italie, une IGP comme Toscana a plus de force que bien des petites AOC confidentielles. Et moins de contraintes. Enfin, pourquoi fonde-t-on chaque année ou presque de nouvelles AOC en France, mais n'en déclasse-t-on jamais, même dans les mauvaises années?
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