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Mode de conduite
Un nouveau palissage des vignes en échalas

À Bandol, le chef de culture d’un château a trouvé le moyen de palisser les vignes en échalas pour bénéficier des avantages de ce mode de conduite, sans les inconvénients.
Par Chantal Sarrazin Le 28 février 2022
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Un nouveau palissage des vignes en échalas
De gauche à droite Philippe Zucchini, de la société SVPM qui représente Vignetinox en France, Philippe Thénot-Serriere, le chef de culture du château Romassan et Samuel Duparq Ets Racine présentent le système de palissage conçu pour les vignes en échalas - crédit photo : Vignetinox
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lassé dans l’aire d’appellation Bandol, le château Romassan, au Castellet (Var), l’une des trois propriétés des domaines Ott, révolutionne la conduite de la vigne en échalas. Avec ce procédé traditionnel dans les pentes abruptes de Condrieu ou de Côte-Rôtie, chaque pied de vigne possède son propre tuteur en bois, l’échalas. L’ennui, c’est qu’il suppose de nombreuses interventions pour attacher les sarments au tuteur au fur et à mesure de leur croissance. Philippe Thénot-Serriere, le chef de culture de ce château qui s’étend sur 80 hectares, voulait en conserver les avantages, le gobelet dont la forme évasée permet une bonne aération des grappes, sans les inconvénients.

À l’œil, son dispositif ne manque pas de surprendre. Chaque pied de vigne est entouré de deux anneaux métalliques fixés sur son tuteur. L’un de ces anneaux se trouve en bas des plants, l’autre en haut. Le premier, de 450 mm de diamètre encercle et supporte les trois bras des ceps qui sont menés en gobelets. C’est en quelque sorte l’équivalent du fil porteur des vignes en espalier. Cet anneau est mobile. « D’ici trois à quatre ans, nous le remonterons d’une quinzaine de centimètres pour accompagner la croissance de la vigne », précise Philippe Thénot-Serriere. C’est la société Vignetinox qui a conçu ce dispositif d’après le cahier des charges qu’a établi Philippe Thénot-Serriere avec Simonit & Sirch, société spécialisée dans le conseil de taille de la vigne.

La végétation ne se chevauche pas

Le second anneau, qui mesure 550 mm de diamètre, peut se comparer aux fils releveurs. Sauf qu’il reste à poste fixe tout au long de l’année. Cet anneau supporte des agrafes régulièrement réparties sur sa circonférence qui contiennent les rameaux de l’année. Ici, chaque sarment est attaché individuellement et séparément des autres à ce palissage circulaire. La végétation ne se chevauche pas. Elle est parfaitement exposée à la lumière. Les agrafes qui retiennent les sarments s’ouvrent d’un côté. On les referme sur eux lorsqu’ils ont poussé au-dessus du palissage. Puis on les rouvre pour la taille

L’hiver dernier, après la taille, Philippe Thénot-Serriere a équipé cinq parcelles de mourvèdre – des sélections massales greffées sur place – de ce palissage original. Ces vignes sont taillées en cordon à trois bras avec un courson à deux yeux par bras. Ensemble, elles couvrent 1,5 ha. Les ouvriers du château ont glissé un à un ces anneaux dans chaque piquet, par le dessus en ouvrant le ressort qui leur permet de rester en place. « Ça a été du temps, mais maintenant que le palissage est posé, il n’y a plus d’autre intervention », souligne Philippe Thénot-Serriere.

Ces parcelles se trouvent dans plusieurs quartiers de l’appellation, sur des restanques (ou terrasses) retenues par des murets en pierre. Les sols y sont durs et peu profonds. « Nous réservons ces terroirs à la production de grands vins rouges, indique Philippe Thénot-Serriere. À Bandol, ils ont toujours joui d’une belle renommée. Mais, leur part dans la production a significativement diminué ces dernières années au profit des rosés qui font l’objet d’une demande soutenue. »

Le gobelet pour le rouge

Pour obtenir de grands vins rouges, Philippe Thénot-Serriere mise sur le gobelet dont la forme évasée permet une bonne aération et une bonne répartition des grappes. Mais les traditionnels gobelets non palissés présentent un gros inconvénient à ses yeux. « Les rameaux en poussant ont tendance à prendre de l’espace dans l’interrang, rappelle-t-il. Pour pouvoir passer avec leur tracteur, les vignerons sont contraints d’écimer. Grâce à nos anneaux, le végétal est palissé. On n’est pas obligé d’écimer pour passer avec le tracteur. Autrement dit, nous n’adaptons pas la vigne au tracteur. »

On laisse la plante se développer

Avec ce nouveau palissage, plus d’écimage donc. « Nous laissons la plante se développer jusqu’à l’arrêt naturel de sa croissance, explique le chef de culture, persuadé que la maturation n’en sera que meilleure. D’après nos observations, lorsque l’on écime trop souvent, la plante régénère du feuillage, ce qui perturbe la maturité du raisin. »

Par ailleurs, les rameaux conduits à l’intérieur de l’anneau créent une ombre portée sur les grappes. « C’est un autre des effets recherchés par ce travail, commente Philippe Ténot. Dans notre région, en effet, nous subissons un stress hydrique accru en été avec le réchauffement climatique ainsi que des périodes de “coups de chaud” : une humidité très faible combinée à une température élevée. »

Plus de densité

Dernier avantage de ce nouveau palissage : il a permis d’augmenter quelque peu la densité de plantation. « Pour permettre le passage des tracteurs les gobelets traditionnels sont très espacées à Bandol, assure Philippe Thénot-Serriere. Comme notre système maintient les rameaux autour des pieds, nous avons porté la densité de 5 000 à 5 555 pieds/hectare. Nous pourrons ainsi diminuer le nombre de grappes par rameaux pour obtenir des raisins plus concentrés. »

Mais qu’en est-il du temps de travail et de la qualité de la récolte ? Le chef de culture ne souhaite pas se prononcer n’ayant qu’une année de recul. « La seule chose probante à ce jour est que nous avons supprimé l’écimage », affirme-t-il. S’il ne souhaite pas s’attarder davantage sur le temps passé, il confie toutefois que « la pose des anneaux a été chronophage. À terme, nous gagnerons sur certaines opérations comme le relevage des sarments. Mais également sur la taille, les traitements, la vendange… Car nous n’avons que trois coursons par cep. »

Une nouvelle approche de la conduite de la vigne

Sur les 80 hectares du domaine, 10 % seulement sont consacrés aux vins rouges. « Nous voulons passer à 25 hectares à terme, les marchés export sont intéressés », enchaîne Philippe Thénot-Serriere. Pour parvenir à ce seuil, le Château Romassan va planter trois hectares en moyenne chaque année qui seront tous équipés du nouveau palissage. Ce faisant, le chef de culture vise une nouvelle approche de la conduite de la vigne. « Actuellement, quand on plante une vigne à l’aide d’un palissage classique on lui impose des décisions prédéfinies à tous les stades, observe-t-il. Avec nos anneaux, nous la/les laissons la vigne plus librement. » Philippe Thénot-Serriere en attend une meilleure expression du terroir de Bandol. 

 

Une solution commercialisée par Vignetinox

C’est la société italienne Vignetinox qui a conçu le palissage pour les vignes en échalas imaginé par Philippe Thénot-Serriere, le chef de culture du Château Romassan. Au départ ce palissage était conçu pour des échalas en bois. Mais Vignetinox l’a fait évoluer pour commercialiser une solution complète avec un piquet métallique spécifique et ses anneaux dédiés. « Le diamètre des piquets bois n’est pas uniforme, indique Philippe Zucchini, de la société SVPM qui représente Vignetinox en France. Il faut donc fabriquer des anneaux de différents diamètres pour s’adapter aux différents piquets. Pour simplifier les choses et faciliter l’enfilage des anneaux, nous proposons un piquet métallique. » Le coût de la solution ? Entre 15 et 16 € par plant de vignes. Ce prix comporte : un piquet acier corten d’une épaisseur de 180 mm et de 2,20 m de hauteur ; un anneau de 550 mm de diamètre ; un anneau de 450 mm de diamètre ; des brides de fixation pour chacun des anneaux ainsi que six agrafes servant à attacher les sarments aux anneaux. Avec des piquets bois, le coût est nettement inférieur, de 30 à 40 % de moins, selon nos informations.

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