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Biocontrôle en vigne : ce qui marche ou pas
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Essais et retours de terrain
Biocontrôle en vigne : ce qui marche ou pas

Les essais et les retours de terrain montrent que seul un petit nombre de produits de biocontrôle est vraiment efficace. Pour les autres, les données manquent.
Par Clément L’Hôte Le 09 février 2022
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 Biocontrôle en vigne : ce qui marche ou pas
Séverine Dupin, responsable d'expérimentation protection du vignoble à la chambre d'agriculture de Gironde a observé dans le cadre des essais « Alt'Fongi », menés en conditions réelles dans le Bordelais, que « les viticulteurs ont pu gagner de 100 à 500 g de cuivre, soit un à deux traitements, grâce à l’huile essentielle d’orange douce». - crédit photo : CA Gironde
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n viticulture, les spécialités de biocontrôle sont nombreuses. Mais leur efficacité est variable. Celle des produits « classiques » que sont le soufre face à l’oïdium et la confusion sexuelle contre les tordeuses ne fait plus débat : elle est au rendez-vous. Celle des spécialités à base de phosphonates (mildiou), bicarbonate de potassium (oïdium) et huile essentielle d’orange douce (mildiou et oïdium) l’est également, mais uniquement lorsque ces produits sont utilisés en programme. Les conclusions sont plus mitigées pour les micro-organismes, plus difficiles à positionner. Quant aux stimulateurs de défense des plantes (SDP), ils n’ont pour l’instant pas fait leurs preuves. « Les résultats sont très irréguliers et dépendent des années. Il y a beaucoup de variabilité en fonction des conditions d’application. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner. Le biocontrôle ne s’est pas fait en un jour », observe Nicolas Aveline, de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), qui poursuit : « Il y a un besoin rapide d’alternatives, mais la compréhension de leur mode d’action et surtout de la façon de les utiliser met plus de temps. On va probablement trouver des choses intéressantes dans les futures références. »

Mildiou Les phosphonates et huile essentielle d’orange douce efficaces

Apporter des alternatives aux produits conventionnels et au cuivre pour lutter contre le mildiou, tel est l’un des enjeux majeurs du biocontrôle. Xavier Burgun, chercheur à l’IFV, a évalué plusieurs solutions qu’il a appliquées seules, dans le cadre du projet Ecophyto-Ibis. Verdict : « Les phosphonates de potassium, ou phosphites, sont un produit confirmé. Sur la période floraison-fermeture de la grappe, lorsqu’ils sont utilisés seuls, nous avons obtenu des efficacités d’environ 60 % sur feuillage et 30 % sur grappes, en intensité par rapport à un témoin non traité. Une utilisation en association est nécessaire pour obtenir une efficacité satisfaisante. » Pas compliqués à utiliser, les phosphonates sont toutefois interdits en bio. Éric Chantelot, de l’IFV, rappelle que ces molécules « s’approchent, par certains aspects, des conventionnels ». Quand vaut-il mieux les positionner ? Plutôt en fin de saison, selon les résultats des essais menés par le Comité Champagne. « Le début de programme est risqué, car il est tributaire de la qualité de la prévision du risque épidémique à un moment où les épidémies montent en puissance. Le positionnement tardif, à un stade ou la sensibilité des grappes à de nouvelles contaminations décline, et où le feuillage est moins sensible, paraît plus prometteur », explique-t-il.

Face au mildiou, l’autre produit de biocontrôle phare est l’huile essentielle d’orange douce. Dans le cadre des essais « Alt'Fongi », menés en conditions réelles dans le Bordelais, Séverine Dupin, de la chambre d'agriculture de Gironde, a observé que « les viticulteurs ont pu gagner de 100 à 500 g de cuivre, soit un à deux traitements, grâce à l’huile essentielle d’orange douce, ce qui leur a permis d’être sous la barre des 4 kg ». Agnès Boisson, conseillère viticole à Bio Bourgogne, renchérit : « Pour nous, l’huile essentielle d’orange douce sort du lot parmi les biocontrôles anti-mildiou. »  Mais avertit que « ce type de produit a un large spectre d’action, avec un effet non négligeable sur la faune auxiliaire. Il vaut mieux l’utiliser en cas d’attaque. »  En effet,  « l’huile d’orange a un effet curatif », rappelle Éric Chantelot. Ce que confirme Xavier Burgun précisant qu'« elle s’applique dès l’apparition des premiers symptômes pour sécher les taches et limiter la virulence du mildiou ». Attention aussi aux risques de brûlures.

Quid des stimulateurs de défense des plantes ? Ils fournissent « peu de résultats par rapport au témoin non traité », d’après Xavier Burgun, qui a évalué le Cos-Oga et la Cerevisiane sur ugni blanc lors de l’essai Ibis, lors duquel il les a appliqués seuls à raison de 5 à 6 traitements. « Nous avons des doutes sur l’efficacité de ces produits. On a du mal à trouver des fenêtres d’utilisation sur mildiou et oidium », note-t-il.

Oïdium : le 100 % biocontrôle possible

Sur l’oïdium, les solutions de biocontrôle paraissent plus robustes que sur le mildiou. Avec au premier plan le soufre, « seule solution qui a un même niveau d’efficacité que des produits classiques », résume Marie-Laure Panon, du Comité Champagne. Mais les risques de phytotoxicité en cas de forte chaleur, l’odeur et la nécessité d’améliorer les conditions de travail des ouvriers lors des travaux en vert amènent à chercher des alternatives. Parmi celles-ci, deux se distinguent : l’huile essentielle d’orange douce (également éprouvée face au mildiou) et le bicarbonate de potassium. Séverine Dupin a testé les deux dans le cadre du projet Alt’Fongi, dans le Bordelais. Un essai mené en conditions réelles. « Les viticulteurs ont pu réduire de plus de 10 kg les doses de soufre, en remplaçant par des huiles essentielles d’orange ou du bicarbonate de potassium. Pour une efficacité équivalente. » Avec un inconvénient, précise-t-elle : « Il ne faut pas regarder le coût de la stratégie. En 2020, elle coûtait de 70 à 120 % plus cher que la référence. »

Face au champignon, l’efficacité des micro-organismes apparaît plus variable, mais quand même prometteuse. Bio Bourgogne en a testé deux (Taegro et Sonata) en 2021, sur chardonnay, dans le cadre de programmes 100 % biocontrôle. L’établissement a ainsi appliqué un SDP, le Fytosave (T1, T2 et T3), puis du soufre (T4, T5, T6), puis des micro-organismes Taegro ou Sonata (T7, T8, T9), puis à nouveau du soufre (T10, T11). Il a comparé le tout à un programme classique comprenant onze traitements à base de soufre. « Au 4 août, l’intensité d’attaque était de 3 % pour la référence contre 16 % pour le programme biocontrôle avec Sonata et 22% pour le programme biocontrôle avec Taegro, en sachant que ce dernier était positionné très proche du témoin, ce qui l’a désavantagé. Ces niveaux d’efficacités – 77 % pour Sonata et 67 % pour Taegro – sont insuffisants, mais l’essai a été fait sur un cépage sensible, lors d’une année à forte pression et sur une parcelle à historique. Vu les conditions, cela prouve malgré tout l’intérêt d’un programme de biocontrôle. Le domaine est prêt à recommencer, mais en sécurisant davantage la floraison. »

De son côté, Éric Chantelot note « une certaine synergie de l’association bicarbonate de potassium + micro-organismes », bien qu’« une double dose de biocontrôle reste impossible économiquement ».

Botrytis : peu de données

Contre la pourriture grise, les solutions de biocontrôle sont essentiellement à base de micro-organismes. Mais les données manquent, notamment du fait des faibles pressions observées ces dernières années (hormis en 2021). Ainsi, dans le Bordelais, le projet Alt’Fongi, mené entre 2018 et 2020, n’a pas évalué l’efficacité des biocontrôles sur botrytis, « faute de pression suffisante », témoigne Séverine Dupin. Plus anciens, des essais menés par le Comité Champagne ont toutefois permis de préciser leur positionnement. « Sur pourriture, les programmes à base de solutions de biocontrôle appliquées tardivement seules, pendant la maturation, ne font jamais preuve d’une efficacité probante, dans les conditions de notre vignoble. C’est pourquoi, la stratégie visant à associer le biocontrôle à un partenaire à pleine dose mérite d’être explorée. Les efficacités des fongicides classiques n’étant que partielles, un sous-dosage, dans nos conditions, ne ferait que dégrader davantage l’efficacité et limiterait encore l’intérêt du traitement. »

Esca : les trichoderma en préventif

Contre les maladies du bois, les produits à base de trichoderma, des micro-organismes qui s’appliquent en pulvérisation sur les plaies de taille, peuvent présenter un intérêt. Ces champignons microscopiques visent à éviter la prolifération de l’esca, par compétition spatiale et nutritive entre autres. Un intérêt strictement préventif, disent les différents essais menés par différents organismes. Dans le Jura, une expérimentation menée par Gaël Delorme, de la chambre d’agriculture, sur une parcelle de trousseau, plantée en 2006 et traitée depuis 2013 alors qu’elle ne présentait pas encore de symptômes, « donne une efficacité du traitement de 21% sur l’ensemble des pieds symptomatiques », quelques années plus tard. « On se trouve dans la fourchette annoncée par la firme. »

 

Tordeuses : Confusion, Bt et trichogrammes

Contre les vers de la grappe, plusieurs solutions de biocontrôle ont largement prouvé leur efficacité. « La confusion sexuelle marche très bien. Dans le projet BEE, nous avions 300 perforations pour 100 grappes en 2018, sans moyen de lutte. En 2019, nous avons mis en place un système de confusion. Les perforations sont tombées à 50 pour 100 grappes cette année-là, puis à zéro en 2020 et 2021,  alors que sur d’autres secteurs assez proches on observe toujours des dégâts. » En terme d’utilisation, Xavier Burgun rappelle l’essentiel : « Plus la surface est grande, plus ça marche. » Et, « attention aux premières années, où l’on peut observer de petits dégâts et où il est nécessaire de compléter avec un traitement », prévient-il. En Champagne, Marie-Laure Panon confirme que  « la confusion sexuelle contre eudémis et cochylis a une efficacité potentielle équivalente aux produits conventionnels ». Même chose pour les Bacillus thuringiensis utilisés contre la cochylis, rapporte la technicienne. Pour Xavier Burgun aussi, l’efficacité des Bt a largement été prouvée, mais « leur positionnement demande plus de technicité : il faut observer les œufs, pour bien intervenir au stade tête noire. Un Bt appliqué trop tôt ou trop tard risque d’échouer ». Les trichogrammes (macro-organismes) ont aussi démontré leur intérêt, avec comme limite leur sensibilité au soufre et aux insecticides. 

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