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Quatre "gourous" de la taille des vignes détaillent leurs préceptes
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Ils enseignent leur savoir
Quatre "gourous" de la taille des vignes détaillent leurs préceptes

Ils enseignent leur savoir un peu partout en France. Ils ne sont pas d’accord sur tout. Le point sur les préceptes, le parcours et les prestations de quatre experts de la taille.
Par Ingrid Proust Le 10 janvier 2022
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 Quatre 
Marceau Bourdarias est grimpeur-élageur de formation. Pour lui la taille des vignes s'inscrit dans une vision globale - crédit photo : DR
M
ichel Duclos « Les plaies de taille doivent être rases »

Il a le contact facile, l’humour piquant et la parole chaleureuse, mâtinée d’une pointe d’accent du Sud-Ouest. Mais Michel Duclos sait aussi mettre en avant son expérience, sa philosophie et son pedigree de champion inégalé des concours de taille : « J’ai été plusieurs fois Sécateur d’Or. À 13 ans, j’ai rapidement su bien tailler. Pour moi, c’est tout naturel quand je rentre dans une parcelle, la vigne me parle et je la comprends. En cinquante-trois ans, j’ai taillé plusieurs centaines de milliers de pieds. »

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Michel Duclos se définit comme « un paysan ». Ancien chef de culture, ce Bordelais conseille plusieurs domaines et anime des formations sur la taille depuis une vingtaine d’années. Il intervient dans des châteaux bordelais, dans les vignobles Moueix de Pomerol et Saint-émilion, et « en Californie, en Afrique du Sud… Je suis officiellement à la retraite depuis trois ans, mais on me sollicite toujours ». Les éditions Sud-Ouest viennent de lui consacrer un livre.

Selon ce spécialiste, la taille doit répondre à quatre critères : « la formation du cep, la charge en bourgeons, sa répartition et la propreté ». Et la « propreté », c’est de « ne pas laisser un chicot sec ». Pas de cône de dessèchement donc. Pour lui, c’est « inutile : les plaies de taille doivent être rases. Il faut que ce soit propre, net ».

Une position à l’inverse des recommandations actuelles et de celles des autres experts que nous avons interrogés. « Les maladies du bois sont souvent favorisées suite à l’écrasement des vaisseaux du bois par la lame du sécateur, estime Michel Duclos. Il faut positionner la lame du sécateur, parfaitement affûtée, du côté du bois restant. » Il n’avance pas de chiffres de réduction de mortalité par esca, mais il l’assure, « les vignes que je taille ainsi depuis cinquante ans sont les plus belles ».

Michel Duclos accorde beaucoup d’importance à l’harmonie des parcelles, « chaque pied doit ressembler à l’autre » et à la précision. « La vigne, on doit la tailler comme un bonsaï, en lui laissant 2 à 3 % de l’ensemble de ses bourgeons, tranche-t-il. Un joli bois a la grosseur d’un petit doigt féminin et doit porter deux grappes de 200 g environ. Une jolie vigne bien équilibrée, plantée à 6 000 pieds/ha doit donner en moyenne 1 kg à 1,5 kg de raisin par cep. L’objectif est de permettre de choisir précisément la date des vendanges, en ayant de la régularité dans la maturité et des grappes parfaitement aérées et saines. »

Marceau Bourdarias « Il faut conserver l’intégralité des couronnes »

Marceau Bourdarias est grimpeur-élagueur de formation. Il n’a pas fait d’études en viticulture. Mais pour ce Corrézien affable et pédagogue, son parcours est un atout.  « Mon expérience de taille d’arbres fruitiers m’a apporté plus de liberté dans ma réflexion, et depuis plus de dix ans, je propose des formations en viticulture. »

Pour lui, la taille s’inscrit dans une « vision globale, holistique : elle ne doit pas être isolée des autres travaux viticoles, comme la vigne est indissociable de son milieu, de son terroir, de la biodiversité, de la vie du sol… ».

Comme beaucoup, Marceau Bourdarias défend une taille respectueuse de la vigne. Cependant il ne préconise pas la taille Guyot-Poussard. « Elle constitue un premier pas, mais elle ne s’applique pas à tous les cépages, et elle génère du bois mort sur le dessus du cep, le flux de sève passant en dessous. Je propose d’aller plus loin, avec une méthode qui permet un flux de sève global dans le bras du cep : je ne rase aucune plaie, et je taille les baguettes en conservant l’intégralité de leur couronne. Cette couronne va générer des pampres, ce qui préserve les vaisseaux du bois et alimente le cambium. Celui-ci recouvre les plaies de taille, et le dessus du cep reste vivant. »

Mais cette technique, inspirée de la méthode Dezeimeris du XIXe siècle, entraîne un allongement du cep. Pour le gérer, il préconise une « taille unidirectionnelle, en guyot simple, ou en guyot à deux bras, avec un bras qui fait demi-tour et s’allonge dans le même sens que l’autre. Cette taille se construit dès la formation du cep. Elle fonctionne bien, je la pratique dans le Médoc ». Sa méthode génère plus d’ébourgeonnages, « mais les pampres restent concentrés à la base des anciens coursons et baguettes ».

Marceau Bourdarias a prodigué sa méthode « dans le Bordelais notamment (Château Anthonic), à Châteauneuf-du-Pape (Château Mont-Redon), dans le Gers (Dominique Andiran) ou à Saint-Nicolas-de-Bourgueil chez Xavier Amirault. Chez ces deux vignerons, la mortalité par esca est inférieure à 0,5 % par an. Et la plupart des producteurs que j’ai accompagnés me disent que leurs vignes sont plus résilientes face aux accidents climatiques et ont une production plus régulière ». Il propose une formation de deux jours, au tarif de 1 000 à 1 200 €/jour, précédée d’une session en visio.

François Dal « Les plaies de taille rase sont un fléau »

François Dal est ingénieur conseil à la Sicavac à Sancerre depuis 2002, après avoir travaillé dans une chambre d’agriculture en Champagne. Et depuis vingt ans, il prône une taille « non mutilante », dans le respect des flux de sève de la vigne. Pour ce technicien discret, dont les travaux font aujourd’hui référence, les plaies de taille rases sont un fléau, : elles conduisent le cep à cicatriser « en formant un cône de dessèchement qui, à la longue, va entraver son flux de sève ». Il préconise de laisser des chicots, pour « externaliser » ces cônes, et que l’on coupe l’année suivante.

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« Je recommande en général de laisser des chicots aussi longs que le diamètre du bois coupé. Mais pour les cépages sensibles aux maladies du bois, il faut des chicots plus longs, couper sous le nœud suivant. On préserve ainsi le diaphragme du premier nœud, une zone riche en amidon et un système de défense. »

François Dal associe la « taille durable » au système Guyot Poussard, « avec deux bras, l’un avec courson, l’autre avec la baguette et un courson sous la baguette, et on alterne le côté de la baguette chaque année. Les plaies de taille doivent être sur le dessus du rameau. Cette taille est connue depuis un siècle. Nos 20 ans d’essais ont confirmé son intérêt ».

Le technicien, qui prône « l’humilité dans les conseils aux vignerons », précise cependant que les principes de la Guyot Poussard « peuvent s’appliquer à d’autres modes de taille. L’essentiel est de veiller aussi à l’équilibre global du cep. Une vigne en bonne santé et avec des réserves suffisantes sera moins sensible aux maladies du bois. Il faut aussi s’interroger sur l’impact de la rapidité de la mise en production des vignes ».

François Dal indique que les résultats obtenus chez les vignerons qu’il a conseillés montrent une « réduction significative de la mortalité des ceps par l’esca, de 4 % par an, au départ, à moins de 2 % en moyenne, et même moins d’1,5 % pour certains domaines ». Il assure de nombreuses formations en France : « Nous avons beaucoup de demandes et nous formons essentiellement des chefs de culture et des techniciens de chambres d’agriculture. » Son tarif est d’environ 1 000 €/jour.

Massimo Giudici « La priorité, c’est de respecter les flux de sève »

Massimo Giudici gère la filiale française de l’entreprise de conseil et de formation Simonit & Sirch. « Je travaille avec Marco Simonit et Pierpaolo Sirch depuis 2007. En 2012, je suis venu en France à l’appel du Pr Denis Dubourdieu, qui avait des problèmes de dépérissement sur sa propriété. »

 

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La méthode Simonit & Sirch prône le respect de la continuité du flux de sève, et les chicots sur les bois de deux ans. « Le flux de sève, c’est la priorité. Il faut prendre conscience qu’on réduit la vigne, une liane, à un bonsaï. On la taille, on la décapite pour avoir des raisins. Il faut donc faire en sorte de réduire au maximum les grosses plaies. La formation de bois sec résulte d’une maltraitance de la vigne. Nous avons été précurseurs dans notre analyse. Durant les années 90, Marco Simonit et Pierpaolo Sirch ont dû se battre pour défendre leurs idées face aux spécialistes de l’époque. »

Massimo Giudici et ses mentors prônent une taille au-dessus des couronnes et une ramification maîtrisée. « Nous avons édité deux livres sur les tailles Guyot et Cordon, mais nos principes peuvent s’adapter à toutes les formes de conduite. Nous accompagnons les vignerons, sur plusieurs années parfois. Nous faisons un travail sur mesure : chaque vigne a des besoins différents. Le cabernet sauvignon ne se taille pas comme un merlot, le chardonnay n’a rien à voir avec un sauvignon, or on les taille de la même façon. L’ugni blanc a besoin de beaucoup d’espace pour maîtriser sa vigueur, et on réduit la distance entre les pieds et les rangs. Ce qui donne une expression végétative énorme et des coupes monstrueuses. »

Le technicien italien met en avant l’importance des échanges entre son équipe et les vignerons qu’elle conseille. « Nous leur apportons nos connaissances acquises de par le monde. Chez Simonit & Sirch, nous sommes vingt tailleurs dans plusieurs pays. » Massimo Giudici affiche des références prestigieuses : Yquem, Angelus, Roederer… « Nous y avons réduit de 50 % la mortalité des ceps par l’esca, pour la faire tomber à 1,5 % en moyenne, comme en Italie ». Côté tarifs, « il faut compter au moins 4 000 € pour un contrat d’accompagnement, confie-t-il. Mais nous proposons aussi des formations de plusieurs jours en Italie à environ 450 €, et une plateforme en ligne avec bientôt des modules en français ».

 

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