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Les vins suisses se dotent d'un plan stratégique de sortie de crise

La Communauté interprofessionnelle du vin vaudois a élaboré un plan stratégique à long terme comportant 27 mesures pour sortir la filière vitivinicole de la crise. Une petite révolution helvétique.
Par Sharon Nagel Le 07 décembre 2021
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Les vins suisses se dotent d'un plan stratégique de sortie de crise
« Ce qui est perçu actuellement comme un manque homogénéité du tissu viticole vaudois va devenir une force », prédit le président de la CIVV. - crédit photo : Swiss Wine
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e n’est pas le hasard si le président du CIVV, élu en décembre 2020, est économiste. Olivier Mark s’est vu confier la mission d’élaborer une série de mesures permettant de redresser à moyen et à long terme la filière vaudoise, dans un premier temps. Horticulteur à la base, il apporte son expérience et son regard extérieur au secteur du vin : « En tant que producteur de fleurs coupées, j’ai eu affaire à un marché qui s’est progressivement ouvert à la concurrence mondiale. C’est bien la cause principale des difficultés de la filière vitivinicole : le marché était bien protégé en Suisse, puis il y a eu une libéralisation assez brutale vers 2006-2007, et tout d’un coup, on s’est trouvé face à la concurrence mondiale ». Des salaires parmi les plus élevés au monde, conjugués à des terroirs extrêmement coûteux à travailler, rendent les vins suisses peu compétitifs face aux vins espagnols, italiens et autres australiens, voire même français.

« Les habitudes des consommateurs ont d’abord fait œuvre de pare-feu, mais progressivement la concurrence est venue et le vin suisse ne représente plus qu’un tiers de la consommation nationale », note Olivier Mark. S’il n’y a pas de « baguette magique » pour faire baisser les coûts de production ni inciter les Suisses à renouer avec leurs produits locaux, l’économiste affirme qu’il y a une carte à jouer : « Il faut éminemment axer les efforts sur les aspects patrimonial et environnemental, et sur la valeur ajoutée par les circuits courts. Dans un marché mondialisé, quand le produit s’homogénéise, les gens recherchent à nouveau les typologies régionales, certaines valeurs du passé régional. Ce qui est perçu comme une fragmentation de la production, sur de petites et grandes entités, va devenir une force ».

Il n’y a jamais eu de ce type de plan à long terme en Suisse

Après une année d’analyse et de discussions au sein de la filière vaudoise, 27 mesures ont été élaborées, à la fois « pécuniaires et réglementaires ». Ces mesures ont été réparties entre quatre axes : la maîtrise de la production ; la réduction de l’impact environnemental ; le développement des circuits courts et une meilleure collaboration avec des secteurs connexes comme l’oenotourisme ; et enfin la promotion et la valorisation des produits. Ces quatre axes découlent d’une stratégie « encore embryonnaire à l’heure qu’il est » autour d’une vision. Celle-ci vise à « développer la notoriété et l’identité des vins vaudois en favorisant leur accès au marché, assurer la position leader du chasselas vaudois sur le marché en lissant l’offre pour satisfaire la demande sans négliger certaines pistes de diversification, et renforcer la production durable et tous les efforts pour une viticulture écologique et économiquement viable ».

Pour Olivier Mark, si cette stratégie en elle-même « n’est pas révolutionnaire, la nouveauté réside dans le fait qu’il n’y a jamais eu de ce type de plan à long terme en Suisse ». Parmi les aspects notables, la question du respect de l’environnement n’est pas anodine. Si, en juin dernier lors d’un référendum national, la population a voté contre « une Suisse libre de pesticides de synthèse », les débats autour de la votation ont marqué les esprits. « Ce référendum a surtout contribué à notre perception de la situation », nuance le représentant interprofessionnel, qui affirme que l’objectif est de tendre vers la viticulture biologique. « Ce qui ne veut pas dire tout convertir en bio, mais aussi réduire les émissions de CO2 et mieux utiliser les sous-produits de la vinification au niveau de l’encavage, par exemple. A travers ces mesures, on veut montrer patte blanche à la population et au monde politique en disant, aidez-nous, au travers de ces aides on est prêt à se rapprocher des aspirations de la population ».  

Arrachages et réserve climatique

Quant au potentiel de production, des primes à l’arrachage seront demandées. « On a quand même calculé que des budgets potentiellement disponibles représenteraient entre un et deux pourcent du vignoble, donc on ne va pas arracher la moitié du vignoble vaudois ! C’est plutôt pour donner un signal que s’il y a des parcelles moins adaptées que d’autres, on réfléchit à les arracher plutôt qu’à les intensifier. On demande aussi un moratoire sur le cadastre, où pour les parcelles arrachées on n’aurait pas besoin de les mettre à l’enquête dans dix ans si on veut les replanter ». Une réserve climatique fait également partie des demandes soumises aux autorités : « Un rapport a été réalisé par l’Observatoire suisse du vin à Changins pour voir les possibilités de récolter et de vinifier certaines quantités au-delà des quotas qui puissent être utilisées une année de moindre récolte comme cette année, où nous avons eu de gros problèmes avec le mildiou. Ce dossier est désormais en train d’être analysé par les interprofessions au niveau des différents cantons et au niveau suisse ». Car en effet, si ce plan de relance est parti du canton de Vaud, d’autres pourraient rejoindre l’initiative.

Le financement le nerf de la guerre

A la mi-novembre, des représentants viticoles des différents cantons se sont réunis à Genève pour voir quelles mesures pouvaient être coordonnées au niveau fédéral, sachant qu’au final, la dotation de l’Etat va déterminer leur efficacité. « Ces 27 mesures, qui représentent une boîte à outils dans laquelle les viticulteurs et vignerons-encaveurs vont pouvoir se servir, ne pourront être utiles que si elles sont dotées de ressources », martèle l’économiste. Quoi qu’il en soit, une mesure souvent brandie par les professionnels suisses pour tenter de relancer l’économie vitivinicole nationale ne fait pas partie des revendications vaudoises : « La tentation est grande de dire, protégeons les viticulteurs avec des mesures protectionnistes comme les contingents à l’importation. Mais systématiquement il nous est rappelé au niveau fédéral qu’on a signé des accords internationaux et qu’en l’état de la réflexion on ne peut les remettre en cause. Donc il faut faire valoir d’autres aspects que le seul produit, notamment la diversité, la proximité, les traditions, et le patrimoine qui a été un peu perdu dans cette mondialisation. Pour les vins suisses, la vraie possibilité se trouve là ».

 

Escargot Rouge, la nouvelle marque ombrelle vaudoise

Le 16 novembre, l’Office des Vins Vaudois, accompagné d’une quarantaine de vignerons, a lancé un nouveau vin rouge sous la marque ombrelle « Escargot Rouge ». L’objectif, dans ce canton réputé pour ses vins blancs, est de mettre en avant les rouges autour de deux profils : les versions « Original » (fruité, rond) et « Sélection » (structuré et élevé en fûts de chêne). Les cépages typiques de l’AOC Vaud, à savoir le pinot noir, le gamay, le gamaret et le garanoir, seront assemblés dans des proportions variables et la production sera soumise à une charte de qualité. Le vin doit également être certifié par un expert, en cuve et en bouteille, avant d’être commercialisé et une uniformité visuelle (bouteille commune, surbouchage, étiquette ou encore le carton d’expédition) doit assurer une identité forte pour cet « ambassadeur des vins rouges vaudois ». Environ 200 000 bouteilles sous la nouvelle marque seront mises en vente cette année. « Cela fait partie de notre volonté de développer des marques cantonales ombrelles », explique Olivier Mark.

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