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Vins effervescents
Le Luxembourg , un vignoble sauvé par le crémant

Le crémant a offert un débouché inespéré aux viticulteurs luxembourgeois qui pouvaient déjà compter sur le soutien sans faille des consommateurs locaux.
Par Anne Schoendoerffer Le 18 novembre 2021
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 Le Luxembourg , un vignoble sauvé par le crémant

Corinne et Laurent Kox, son père, ne produisent pas que du crémant. - crédit photo : Anne Schoendoerffer

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"Beaucoup de gens ne savent pas que l'on fait du vin ici au Luxembourg", observe Laurent Kox dans son chai situé à Remich, à 30 minutes au sud-est de la capitale luxembourgeoise. Pourtant, selon les dernières statistiques du ministère de l'Agriculture, de la Viticulture et du Développement rural du Grand-Duché, ce pays compte 1236hectares de vignes en production, à 90% plantés de cépages blancs. En 2020, sa récolte s’est élevée 96900hl. Tous ces vins proviennent des vignes situées le long de la Moselle, sur 42 km de coteaux offrant un paysage à couper le souffle, depuis Schengen au sud jusqu’à Wasserbillig au nord. La carte postale verdoyante est magnifique. Et l’économie viticole florissante.

Le mousseux en tête / ou Le crémant à la fête

Le domaine Laurent & Rita Kox fait figure de pionnier dans le paysage viticole du pays. “Nous sommes les premiers vignerons indépendants à avoir produit des crémants. Si nous ne l’avions pas fait, je ne sais pas si nous serions là encore", se demande Laurent. Cette production représente 40% de son chiffre d’affaires. Sur 12ha, le domaine commercialise plus de 60cuvées différentes, dont 20 d’effervescents. La cuvée Apéritif brut est à 9,5 € tandis que la Melusiner, grande réserve brut avec sept ans de vieillissement sur lattes, est à 35€. Ce domaine propose aussi un “Dosage zéro” à 11,70 € et un pinot noir millésimé à 13,75€. Le packaging de l’ensemble de la gamme est résolument moderne et attractif.

Claude François, journaliste et éditeur du Guide Vinslux, confirme : “Le crémant est un moteur de notre industrie viticole. Son introduction en 1991 a boosté le vignoble. C’était la chose à faire. Car, sans le crémant, peu de vignerons subsisteraient aujourd’hui.” Trente ans après son introduction, cet effervescent représente trois millions de bouteilles par an soit 25% de la production luxembourgeoise.

Marc Desom, des Caves & Domaine Desom, également situé à Remich, fait partie des plus grands négociants-producteurs, avec 18 ha. “On va arriver à plus de la moitié de notre production en crémant car il y a une grosse demande ”, pointe-t-il. Pour y répondre, il réoriente progressivement son encépagement depuis plusieurs décennies. Dans les années 1990, il a introduit le pinot noir et, il y a dix ans, le chardonnay qui “va parfaitement dans les sols argilo-calcaires de la Moselle". Leur gamme Desom Crémants du Luxembourg comprend quatre cuvées, au prix de 8,4€ pour le Brut tradition et de 11,85 € pour Brut millésimé 2017 et le Brut rosé.

Une cliente proche et fidèle

Mais la bonne santé de la viticulture ne tient pas qu’au succès du crémant. “Tout va bien ici car nous n'avons pas de concurrence de la part des vins étrangers : les Luxembourgeois consomment surtout des vins locaux”, souligne Philippe Schmitz, le délégué commercial des Domaines Vinsmoselle, l’unique coopérative du pays, issue du regroupement de six caves, qui représente près de 55% du vignoble. Les Domaines Vinsmoselle vendent 80% de leur production en grande distribution au Luxembourg. "À l’export, nos marchés sont surtout le Benelux et un peu la Moselle française”, ajoute Philippe Schmitz.

À Remerschen, dans la boutique de l’une des caves du groupement, située à 5 minutes de Schengen, la vendeuse Morgane raconte tout sourire : “Nos meilleurs clients sont nos vignerons. Ils consomment leur propre production. Ils peuvent facilement dépenser 1000€ quand ils viennent ici. Ce sont de très gros consommateurs.” Dans ce caveau à la décoration rustique, les clients ont le choix entre 13références de crémant et près de 60vins tranquilles. Parmi les vins tranquilles, l’Auxerrois 2019 AOP Moselle luxembourgeoise est vendu à 4,35€ le col, tandis que le même cépage avec la mention "Grand Premier Cru", le sommet de la hiérarchie, vaut 7,42€. Les crémants, commercialisés sous la marque Poll-Fabaire, s'affichent entre 9.90 € et 21,95€. Depuis 2015, les Domaines Vinsmoselle produisent une petite gamme bio sur 5 ha, avec notamment le cépage résistant cabernet blanc, créé par le Suisse Valentin Blattner en 1991.

Cépages résistants et autochtones, agriculture biologique, amphores ou encore drones, telles sont les évolutions apportées par Corinne, la fille du domaine Laurent & Rita Kox. Alors qu’elle était chercheuse en biologie moléculaire, Corinne a rejoint son père en 2012, et depuis ils avancent ensemble. Elle veut se spécialiser dans les vins bio et nature.

Perspectives

Son père raconte avec fierté : "Grâce à ma fille, on exporte du riesling, des vins oranges et de l’elbling qui était autrefois majoritaire au Luxembourg et qui ne représente plus que 5% de l’encépagement. On ne savait pas que l’on pouvait vendre ces vins hors Europe, aux USA, à New York et au Canada.” Et à des prix plus élevés que sur le marché local.

Pour Laurent Kox, “la plus grande problématique, c’est le prix du terrain qui devient trop cher pour la transmission. Un hectare coûte en moyenne 100000€". Malgré des rendements autour de 70 hl/ha sur leurs cépages blancs et la bonne rentabilité de son domaine, il se demande si sa fille pourra le reprendre. Le devenir aussi, avec le réchauffement climatique, qui pose question. Quand il a repris le domaine, il a planté des kiwis. Aujourd’hui, sa fille pense aux oliviers. “J’ai planté des merlots, pas pour concurrencer Bordeaux, mais pour faire de bons rosés. Autrefois, nous aurions eu besoin de le chaptaliser. Aujourd’hui, on paierait pour avoir moins de sucre”, conclut-il.

Glyphosate, une fin sans douleur

Le Luxembourg est le premier pays d’Europe à avoir interdit le glyphosate, ceci depuis 1er janvier 2021. Selon Roby Ley, le directeur de l'Institut viti-vinicole, “il n’y pas eu de grands problèmes car cette interdiction a été annoncée longtemps à l’avance. Les vignerons sont passés à la mécanisation, en bénéficiant de subventions”. Marc Desom, des Caves & Domaine Desom, qui cultive 18 ha en conventionnel a arrêté le glyphosate depuis trois ans. Il s’est tourné vers le désherbage et le fauchage mécaniques. Pour cela, il a acheté des machines qui ont coûté entre 7000 et 15000€, mais a bénéficié de 25% de subventions. Luc Duhr du Clos Mon Vieux Moulin à Ahn, en conventionnel aussi, n’emploie plus de glyphosate depuis 2018. Il est passé au désherbage mécanique et à la main. "Le principal inconvénient, c’est le travail supplémentaire. Mais la flore et la faune sont plus diverses, ce qui est bénéfique pour nos vignes. Les légumineuses améliorent durablement la structure des sols et leur vitalité. L’érosion de la terre est freinée”, constate-t-il.

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