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À fin d’adaptation
L'AOC Margaux veut expérimenter le cépage oublié castets

Par Alexandre Abellan Le 12 octobre 2021
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L'AOC Margaux veut expérimenter le cépage oublié castets
« Sur ma collection, le castets est l’un des cépages les plus tardifs en matière de débourrement » témoigne Olivier Yobrégat. - crédit photo : IFV Sud-Ouest
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éunissant le plus de grands crus classés en 1855, l’appellation communale Margaux se projette vers l’avenir et l’adaptation au changement climatique en souhaitant expérimenter la réintroduction d’un cépage ancestral : le castets. Adoptée ce 9 septembre par l’assemblée générale de l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG), cette proposition de modification du cahier des charges doit encore être présentée devant les instances régionales et nationales de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO). « Nous avons l’espoir de valider cette intégration expérimentale fin 2021 ou début 2022, ce qui permettrait de premières plantations dès 2022 » indique Gonzague Lurton, le secrétaire général du syndicat margalais.

Le propriétaire du château Durfort-Vivens ajoute que « comme beaucoup d’AOC, nous nous posons des questions sur l’évolution de l’encépagement. Même si le cabernet sauvignon fonctionne actuellement, nous pourrons avoir besoin d’autres options d’ici 10 à 20 ans ». L’expérimentation du castets durerait justement 10 ans (renouvelables), avec un suivi des résultats pour juger de l’intérêt d’intégrer définitivement le cépage à l’AOC (ou de le retirer). Ayant listé les qualités potentielles du castet pour répondre aux défis climatiques actuels (débourrement tardif face aux gelées de printemps, résistance au mildiou face aux printemps pluvieux, cycle végétatif court poussant à une récolte rapide…), le syndicat viticole privilégie l’utilisation d’un cépage Vitis vinifera historique aux possibilités de cépages étrangers (comme le touriga nacional en AOP Bordeaux) ou aux variétés résistantes aux maladies cryptogamiques (pour l’instant exclues des cahiers des charges AOP).

Présence ancienne

« La présence ancienne du castets est avérée Bordeaux. Son nom est dérivé de l’opérateur girondin qui l’a propagé localement » indique le technicien spécialisé Olivier Yobrégat, de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV Sud-Ouest). L’expert en cépages oubliés note que l’origine de cette variété est sujette à caution, ce croisement de camaraou et de gros cabernet pourrait provenir de Saint-Macaire ou du piémont pyrénéen. N’ayant pas idée de l’origine de l’abandon de ce cépage, Olivier Yobrégat note que sa réputation qualitative est déjà assurée en Espagne (on l’appelle maturana tinta de Navarrete en Espagne), qu’il est aussi à l’étude en AOC Médoc et que des vignerons précurseurs en ont déjà replanté à Bordeaux (comme Loïc Pasquet à Liber Pater, David Barrault au château Tire Pé ou Jean-Baptiste Duquesne ou château Cazebonne). Bénéficiant d'une parcelle de pré-multiplication dans le Languedoc, « c’est un cépage à potentiel (couleur, tannique, fruité…), on peut l’imaginer dans le côté classique des vins de Bordeaux » ajoute l’ampélographe, notant que le cépage présenterait une sensibilité notable aux maladies du bois.

S’appuyant sur des données livresques, l’ODG Margaux compte vérifier les potentialités du cépage sur le terrain. Pour planter en AOC des Variétés À Fin d’Adaptation (VIFA), un domaine doit signer une convention avec l’ODG et l’INAO pour permettre le suivi de ces parcelles (pas plus de 5 % des surfaces de l’exploitation avec un cépage expérimental) et des vins produits (pas plus de 10 % des assemblages au final). Les résultats d’observations au vignoble et en chai devront être consignés et transmis (ainsi que 24 bouteilles pour des dégustations).

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