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La Provence teste 127 cépages résistants pour produire les vins rosés du futur

Devant être résistantes aux maladies cryptogamiques, adaptées au changement climatique et qualitatives oenologiquement, les nouvelles obtentions provençales sont désormais plantées dans le vignoble.
Par Alexandre Abellan Le 26 juillet 2021
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La Provence teste 127 cépages résistants pour produire les vins rosés du futur
Également intéressé par les cépages issus de grenache et syrah, le vignoble provençal suivra avec intérêt les programmes de croisement menés dans le Rhône. - crédit photo : Centre du Rosé (plantations de juin 2021)
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ans la multiplicité des programmes d’obtention de nouveaux cépages résistants au mildiou et à l’oïdium, « aucun des sélectionneurs n’avait pensé au rosé » note Gilles Masson, le directeur du Centre du Rosé (basé à Vidauban, dans le Var). L’oubli est réparé avec le projet de création variétale adapté aux spécificités provençales qui vient d’aboutir à la plantation de 127 candidats à proximité de Brignoles. Appuyé par l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) et l’Institut National de la Recherche pour l’Agriculture et l’Environnement (INRAE), le Centre du Rosé a fait le choix de croiser des cépages locaux (cinsault et rolle, aussi appelé vermentino) avec des cépages résistants (variétés Resdur et obtentions du défunt Alain Bouquet).

« Nous avons fait l’agence matrimoniale, entre un superpapa et la maman cinsault/rolle » résume Gilles Masson, qui souligne que les croisements obtenus possèdent au moins deux sites génétiques (ou loci) de résistance contre le mildiou (et autant pour l’oïdium). Réalisés en 2017 dans le vignoble (par reproduction sexuée), les croisements aboutissent à l’obtention de milliers pépins qui ont été semés en pots et dont les pousses ont été étudiées pour répondre aux critères de sélection (soit l’idéotype). Ayant rédigé « une lettre au père noël », les vignerons provençaux demandent non seulement une résistance aux maladies cryptogamiques, mais également des adaptations au changement climatique et des qualités organoleptiques.

Microvinifications

Avec le dérèglement climatique, « on ne peut pas se permettre de faire l’impasse sur les contraintes hydriques, la sécheresse, les coups de chaud et la précocité » confirme Gilles Masson. 127 génotypes viennent d’être plantés dans la zone des Coteaux Varois, à proximité de l’abbaye de la Celle (Var). Comportant des cépages de références, cette parcelle plantée sur 0,75 hectare comporte 150 variétés (avec 10 à 20 pieds par obtention). « Nous allons va essayer des microvinifications, en développant une méthodologie sur 10 à 15 kg de raisins par cépage, pour mesurer les caractéristiques organoleptiques (équilibres acide/alcool, polyphénols…) » explique le directeur du Centre du Rosé, qui souligne que « nous sommes très attachés à la question du goût du vin, et du plaisir de dégustation. Il faut retrouver la typicité et la qualité de nos vins. »

Actuellement à leurs premières feuilles, les 127 candidats doivent aboutir à la sélection d’une vingtaine de finalistes pour subir un processus de Valeur Agronomique Technologique et Environnementale (VATE). Au final, seuls 2 à 3 cépages devraient émerger de ce processus de sélection dédié aux vins rosés. « Ce seront peut-être les cépages de nos enfants » esquisse Gilles Masson, qui espère de premières plantations de ces variétés résistantes en 2031. Le chercheur souligne que la mise en commun des divers programmes régionaux d’obtention (de l’Alsace à Bordeaux, en passant par le Languedoc et le Val de Loire) pourrait également permettre de découvrir d’autres candidats, issus de lignées inattendues.

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