LE FIL

Douce noire, mondeuse grise, bia blanc...

Le vignoble de Savoie va tester 7 anciens cépages en AOC

Jeudi 18 février 2021 par Alexandre Abellan

Aux 22 cépages actuellement inscrites dans ses cahiers des charges, la Savoie va ajouter 7 variétés anciennes à titre expérimental.
Aux 22 cépages actuellement inscrites dans ses cahiers des charges, la Savoie va ajouter 7 variétés anciennes à titre expérimental. - crédit photo : CIVS
L’INAO souhaite autoriser les vignerons savoyards à déployer sept variétés autochtones oubliées pour suivre leurs capacités d’adaptation au changement climatique.

Ce 11 février, le comité national des appellations d’origine relatives aux vins de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) valide la demande d’inscription de sept Variétés à Fin d’Adaptation (VIFA) au cahier des charges des vins de Savoie. « L’INAO donne cette chance de tester de nouveaux cépages (pendant 10 ans avec une limite de 5 % des surfaces et de 10 % des assemblages pour les domaines participants). Nous avons sauté sur l’occasion » rapporte Alexis Martinod, le directeur du syndicat régional des vins de Savoie.

Misant sur d’anciens cépages historiques (Bia blanc, Corbeau/Douce Noire, Dousset, Hibou Noir, Mondeuse Grise, Petite Sainte-Marie et Pinot Gris), le vignoble savoyard allie valorisation d’un patrimoine ampélographique et expérimentation face aux défis du changement climatique. « En tant qu’ODG (Organisme de Défense et de Gestion), il est capital d’anticiper d’éventuelles modifications de cahier des charges avec l’introduction de nouveaux cépages, comme ce sont des démarches extrêmement longues » précise Alexis Martinod.

La procédure va en effet s'étaler dans le temps, entre les démarches administratives (une Procédure Nationale d’Opposition va être lancée pour deux mois), la construction d’un approvisionnement par les pépiniéristes (avec un matériel végétal rare) et la mise en plantation par des vignerons (certains pionniers en possédant déjà, pour des cuvées en vin de France).

Données ampélographiques

Ayant déjà reçu la candidature de viticulteurs volontaires, le syndicat viticole continue de recruter en s’appuyant sur les données recensées par l’ampélographe Taran Limousin au sein de l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV, pôle Bourgogne, Beaujolais, Jura et Savoie). S’appuyant sur les collections du Centre d’Ampélographie Alpine Pierre Galet (conservatoire de cépages rares œuvrant à leurs inscriptions au catalogue national des vignes) et les microvinifactions réalisées par la Sicarex Beaujolais (centre de recherche viti-vinicole), Taran Limousin souligne que les sept cépages qui vont être testés sont déjà bien connus en Savoie (voir encadré).

Les cause d’oubli de ces cépages anciens sont multiples, de la crise phylloxérique au choix de variétés plus riches en sucres et précoces. Avec l’évolution climatique, actuelle et future, les cépages tardifs redeviennent intéressants s’ils n’ont pas de tares particulières. « Il y a un intérêt patrimonial dans la préservation des cépages savoyards qui présente un intérêt technique pour changement climatique » résume Taran Limousin, qui note que le vignoble de Savoie avait déjà un choix large en matière d’encépagement.

"Vraie richesse"

Avec 22 cépages inscrits dans son cahier des charges*, les AOC de Savoie ne manquent en effet pas de possibilités. « C’est une vraie richesse, qui est sans doute à retravailler dans la visibilité et le discours » esquisse Alexis Martinod. L’enrichissement de l’encépagement savoyard pouvant par exemple réduire la production de cuvées en monocépages et développer les assemblages. Des pistes de réflexion pour les prochaines années, un protocole VIFA étant conçu sur dix années (une durée renouvelable).

 

* : Avec 9 cépages rouges (cabernet franc, cabernet sauvignon, étraire de la Dui, gamay, joubertin, mondeuse, persan, pinot, servanin) et 13 cépages blancs (aligoté, altesse, chasselas, chardonnay, gringet, jacquère, marsanne, molette, mondeuse blanche, roussanne, roussette d’Ayze, verdesse et velteliner rouge).

Le portrait-robot des 7 cépages candidats par Taran Limousin

Bia Blanc : un cépage qui était autrefois très connu en Isère. Il a également été retrouvé à Apremont sous le nom de Muscat. Il permet d’élaborer des vins blancs riches, équilibrés et très aromatiques (fleur d’oranger, fruits à chair jaune).

Corbeau/Douce Noire : cépage ancien de Savoie, qui permet d’élaborer des vins colorés, peu alcoolisés et peu acides. Il était autrefois utilisé en assemblage avec le Persan et la Mondeuse. Il a longtemps été le cépage principal d’Argentine, sous le nom de Bonarda.

Dousset : il était également appelé Jacquère Noire. Il était cultivé autour de Villard d’Héry et a également été retrouvé à Chignin. Il permet d’élaborer des vins rouges légers.

Hibou Noir : il est également appelé Avana dans le Piémont en Italie, il était cultivé en Savoie notamment dans la Tarentaise. C’est un cépage à gros grains, tardif. Ses vins étaient réputés légers et fruités.

Mondeuse Grise : la variété est issue d’une mutation de la Mondeuse Noire. Elle permet d’élaborer des vins rosés équilibrés et aromatiques.

Petite Sainte-Marie : un cépage autrefois cultivé autour de Chignin. Cépage précoce, il permet d’élaborer des vins aromatiques (floral, miel).

Pinot Gris : il était cultivé en Savoie sous le nom de Malvoisie.

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