LE FIL

Vin de Bordeaux

Mouton Cadet en quête du "graal du zéro résidu" de pesticides

Vendredi 20 novembre 2020 par Alexandre Abellan

Les cuvées blanches et rosés de Mouton Cadet 2019 affichent déjà le label HVE.
Les cuvées blanches et rosés de Mouton Cadet 2019 affichent déjà le label HVE. - crédit photo : BPR
Désormais certifiée 100 % HVE et ayant banni les CMR, la marque du Baron Philippe de Rothschild accentue encore sa transition agroenvironnementale en réduisant les produits phytos présents dans ses cahiers des charges viticoles.

« Pour nos quatre-vingt-dixièmes vendanges, tous les viticulteurs de Mouton Cadet sont certifiés HVE (Haute Valeur Environnementale) » annonce Véronique Hombroekx, la directrice générale des marques Baron Philippe de Rothschild (BPR). « Nous avons tenu nos engagements, malgré un contexte parfois un peu compliqué » souligne la dirigeante de la première vin de marque bordelaise (lancé en 1930), qui annonce déjà que « ce n’est qu’une étape, nous allons plus loin » avec les 250 viticulteurs partenaires (sous contrat triennal et cahier des charges) et leurs 1 500 hectares de vignes (sur 10 appellations du vignoble de Bordeaux).

Ayant banni de ses cahiers des charges les produits phytosanitaires classés Cancérigènes Mutagènes et Reprotoxique en 2018 pour les rouges (en 2019 pour les blancs et en 2020 sur toute la gamme), Mouton Cadet s’est également interdit les SDHIs et les perturbateurs endocriniens avérés (listés par l’Anses). Avec ces engagements, « nous tendons vers de moins en moins de résidus phytos. Les analyses des Mouton Cadet Bordeaux blancs et rosés 2019 affichent deux résidus (de glyphosate et fosétyl). Le Mouton Cadet Bordeaux rouge 2019 n’a que deux résidus » pointe Philippe Degrendel, le directeur technique des marques BPR. Reconnaissant que les méthodes d’analyse permettront toujours de détecter les traces des pesticides les infimes, Mouton Cadet s’inscrit dans « une démarche globale et un travail d’amélioration continue pour atteindre le graal du zéro résidu » résume Philippe Degrendel.

"La certification bio n’est pas un objectif en soi"

Ne se fixant pas de calendrier pour revendiquer ses vins « zéro résidu de pesticide » (un label existe d’ailleurs en ce sens), BPR ne se ferme aucune porte à l’avenir. Avec ses engagements passés et son travail actuel sur l’arrêt des herbicides (en testant le travail du sol, la tonte ou l’enherbement maîtrisé), une conversion bio pourrait être rapidement envisagée par BPR. « La certification bio n’est pas objectif en soi. C’est une reconnaissance de moyen » estime Véronique Hombroekx, pour qui l’actuel « cercle vertueux peut évoluer vers le bio, mais des interrogations interpellent : l’augmentation du bilan carbone, la problématique du cuivre… »

Soulignant que « la sortie des CMR nous a montré que beaucoup de choses sont possibles à Bordeaux », Philippe Degrendel précise que « la voie du bio n’est pas impossible à Bordeaux, mais elle est plus technique qu’ailleurs avec la climatologie ». Pour Véronique Hombroekx, la valeur ajoutée de Mouton Cadet reste sa signature portée par un cahier des charges appliqué par 100 % de ses apporteurs. Une approche nécessairement valorisée.

Prix de revient

Alors que les cours des vins de Bordeaux restent particulièrement faibles, BPR annonce maintenir la base de ses prix, calculés sur le coût de revient à l’hectare. « Le prix que nous payons aux viticulteurs n’a rien à voir avec la cotation de Bordeaux en matière d’achat de vrac. Nous sommes à plus du double, notre vin est plus cher » indique Véronique Hombroekx, qui assume cette « différence de prix. Il faut valoriser le terroir de Bordeaux, l’appellation ne va pas s’en sortir en bradant les prix et en écoulant les volumes. » Indiquant que BPR ne détient pas la solution, sa directrice souligne qu’elle peut au moins explorer, et monter, une voie.

Techniquement, Mouton Cadet se met désormais au défi de gérer sans produits chimiques son vignoble, à commencer par le désherbage. « Un chantier en cours d’accélération suite aux annonces [de réduction des doses de glyphosate par l’ANSES] » note Philippe Degrendel. Mal vécue dans le vignoble, cette diminution des quantités d’herbicide est accueillie comme une bonne nouvelle par Véronique Hombroekx : « c’est positif et cela accélère les choses. Si on le voit comme une opportunité et pas une contrainte ».

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