LE FIL

Mise en garde

Sans nouvelles aides, "la colère va éclater" dans le vignoble

Mardi 22 septembre 2020 par Alexandre Abellan

« Si nous ne sommes pas compris, j’ai peur que des gens en détresse face aux difficultés et aux injustices passent à des actions individuelles ou collectives » alerte Jean-Marie Fabre.
« Si nous ne sommes pas compris, j’ai peur que des gens en détresse face aux difficultés et aux injustices passent à des actions individuelles ou collectives » alerte Jean-Marie Fabre. - crédit photo : Luc Jennepin (Vignerons Indépendants de France)
Economiquement, le gouvernement n’a pas apporté de solutions au vignoble sur le coût de l’emploi et l’impôt sur l’outil de production estime Jean-Marie Fabre. Le président des vignerons indépendants de France milite pour des exonérations de charges sociales et l’annulation de la Taxe sur le Foncier Non Bâti.

Si les vendanges forment une bulle à part dans l’année viticole, leur fin pourrait laisser éclater les nombreuses tensions et insatisfactions nées de la gestion par l’exécutif de la crise vigneronne liée au coronavirus. C’est le diagnostic implacable posé par Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France. Venant d’achever sa récolte à Fitou, l’exploitant audois reçoit les mêmes appels et signaux de tous les bassins viticoles : « exaspération et colère sourde ».

Quand les sécateurs et autres machines à vendanger sont remisés, « les gens relèvent tête et s’aperçoivent qu’il n’y a pas de redémarrage, au contraire » soupire Jean-Marie Fabre. Malgré le regain d’optimisme d’un été aussi ensoleillé que touristique, l’automne refroidit les impressions de rebond : « les ventes ont été très positives cet été, mais il ne s’agit que de l’activité de deux mois ! Deux mois à +15 % ne compensent pas trois mois passés à -80 % et un an à subir la taxe Trump » souligne Jean-Marie Fabre. Ressentant le ralentissement de l’export et l’absence de redémarrage des Cafés Hôtels et Restaurants, le réseau des Vignerons Indépendants de France s’inquiète également des jauges à 1 000 participants qui semblent se dessiner sur ses salons à destination du grand public pour cette fin d’année.

"Rien de serein"

Ne voulant pas être un oiseau de mauvais augure mais un lanceur d’alerte, Jean-Marie Fabre laisse tomber un jugement tranchant : « les prémices ne laissent rien présager de serein » pour les prochains mois. « Heureusement, l’obtention des dispositifs de crise [NDLA : aides à la distillation et stockage privé] a momentanément permis de tenir et stabiliser les marchés. Mais ce n’est pas pour ça qu’il y a eu une réponse aux demandes économiques, sociales et fiscales du secteur » analyse le vigneron audois, pour qui les mesures actuellement ne sont pas à la mesure des attentes.

Faisant état d’un sentiment d’injustice fort dans la filière vin, qui se sent moins aidée que d’autres secteurs (comme l’automobile et l’aéronautique), le président des caves particulières regrette les actes manqués des exonérations de charges, lors du dernier projet de loi de finances rectificatives, et de l’exonération de taxes sur le foncier non bâti, à l’occasion du plan de relance. « Les aides à la certifications Haute Valeur Environnementale sont une bonne chose, mais avec le manque de trésorerie actuelle, ce ne peut pas être la priorité des propriétés » alerte Jean-Marie Fabre.

Loi de Finances

Craignant que la colère ne soit bientôt plus maîtrisable sur le terrain, le vigneron de Fitou appelle le gouvernement à soutenir « le secteur viticole en appliquant la même équité de traitement qu’aux autres filières stratégiques ». Ce qui passerait dans le prochain projet de loi de finances par l’annulation et la compensation de la TFNB du vignoble et l’intégration de baisses de charges sociales pour la filière vin (actuellement à l’étude).

« Si tôt ou tard on n’enlève pas la pression en annonçant des mesures prenant en compte l’importance de la filière, la colère va éclater, individuellement ou collectivement » prévient Jean-Marie Fabre, qui sent la colère monter jusqu’à ne plus être maîtrisables sur le terrain. « Avant d’arriver au désespoir et à l’irrationnel », le représentant de la filière espère être entendu par l’exécutif : « je suis un perpétuel optimiste. Le premier ministre, Jean Castex, annonce souhaiter la relance des territoires, il faut que notre message lui arrive. »


 

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