LE FIL

Aide à la trésorerie

Des exonérations de charges viticoles à l’étude pour 2021

Lundi 31 août 2020 par Alexandre Abellan

« Cela dépend des territoires, mais de manière générale, les derniers mois qui se sont passés ont été extrêmement durs pour la viticulture» pose Julien Denormandie ce 29 août sur la commune de Teuillac.
« Cela dépend des territoires, mais de manière générale, les derniers mois qui se sont passés ont été extrêmement durs pour la viticulture» pose Julien Denormandie ce 29 août sur la commune de Teuillac. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
En visite pour les vendanges bordelaises, le ministre de l’Agriculture confirme que des allégements de cotisations sont à l’étude pour aider le vignoble face à la crise du coronavirus. Ce dossier reste à concrétiser, alors que doivent déjà être finalisés l’aide au stockage privé et l’intégration de la viticulture dans le plan de relance national.

N’ayant pas été digéré par la filière vin, le loupé des exonérations de charges sociales de la dernière loi de finances rectificatives pour passer la crise du coronavirus a bien été enregistré par l’exécutif. « Il s’avère que dans les exonérations sociales patronales, les seuils que l’on a mis, le plus souvent fait que beaucoup de viticulteurs en difficulté n’ont pas réussi à en bénéficier » reconnaît Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture depuis moins de deux mois, qui visitait ce 29 août le château Grands Launay (30 hectares en AOC Côtes de Bourg certifiés en bio et biodynamie). « C’est un sujet que l’on regarde avec les parlementaires et avec la profession, pour voir comment appréhender le sujet dans les prochaines lois de Finances, pour la fin d’année » estime l’ingénieur agronome.

Notamment porté par les membres du groupe d’étude vignes et vins de l’Assemblée Nationale, ce dossier va être remis sur le tapis du prochain Budget confirme la députée girondine Véronique Hammerer (La République En Marche), qui rappelle qu’« il ne faut rien lâcher, nous avons été entendus sur le TO/DE ». Sur la sellette, l’aide à l’emploi saisonnier sera en effet maintenu en 2021, comme annoncé par le premier ministre et le ministre de l’Agriculture début août, dans le vignoble du Centre-Loire.

Peu importe le mécanisme

Concernant les exonérations de charges, il pourrait s’agir d’allégements pour 2021, dans les prochains projets de loi de finances et de financement de la sécurité sociale. Peu importe le mécanisme, l’important c’est qu’il y ait des aides à la trésorerie de la filière souligne Bernard Farges, le président du Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB) et de la Confédération Nationale des vins et eaux-de-vie AOC (CNAOC). Demandant une révision des seuils de perte de chiffre d’affaires et de périodes de référence (en l’état -80 % d’activité entre mars et mai), le viticulteur bordelais espère que l’exécutif et les parlementaires « trouveront les clés pour y arriver. Le dispositif existe, mais comme il n’est pas accessible, ce n’est pas un dispositif. »

L’attente pour de nouvelles aides gouvernementales est d’autant plus forte que les annonces initiales étaient prometteuses et que le plan de soutien finalement arrêté à 250 millions d’euros* reste à moitié financé par des fonds européens destinés à la filière vin. Face à ces critiques récurrentes, Julien Denormandie défend dans les vignes « un très gros travail de soutien avec la filière viticole […] face à une année en tout point exceptionnelle (entre le covid, la taxe Trump, une série d’aléas climatiques…) » et souligne que le plan de soutien sectoriel est finalisé dans ces principes pour la distillation de crise et l’aide au stockage privé. « Les compléments à la distillation sont satisfaisants, quasiment 80 % de ce qui a été demandé va être distillé » confirme Stéphane Héraud, le président du groupe coopératif voisin de Tutiac. Présidant l’Association Générale de la Production Viticole (AGPV), le viticulteur bordelais souligne que l’enjeu actuel reste la mise en place de l’« aide au stockage. Nous attendons que le Conseil Spécialisé vin de FranceAgriMer soit avancé début septembre. Il est toujours annoncé pour le 23 septembre, alors que les aides doivent commencer le premier octobre. »

"No future"

Se déplaçant dans les vignobles de Côtes de Bourg pour prendre contact avec la filière et s’immerger dans ses problématiques, Julien Denormandie a justement été interpellé par une dizaine de manifestants (voir photo ci-dessous). Sous le drapeau des Jeunes Agriculteurs, ces vignerons ont rangé quatre machines à vendanger avec des banderoles « no future » devant la propriété visitée pour crier leurs difficultés financières. Portant des cordes au cou, les manifestants ont été écouté par le ministre, notant qu’ils n’arrivent pas toujours à se verser de salaires et qui les renvoie à une stratégie de long-terme pour « que notre agriculture soit souveraine et indépendante. Ça passe par une agriculture forte vis-à-vis des transitions. Ça passe par des agriculteurs rémunérés à leur juste valeur. »

« Il faut à la fois accompagner cette transition et se battre pour que les agriculteurs (vignerons, éleveurs, céréaliers…) puissent vivre de leur métier, avoir une juste rémunération » indique Julien Denormandie, faisant du plan relance l’outil de concrétisation de ses ambitions. « L’enjeu aujourd’hui c’est de construire l’agriculture de demain. C’est l’enjeu du plan de relance, que le premier ministre et le président de la République annonceront jeudi prochain [le 3 septembre]. Dans ce plan de relance, on va définir les secteurs sur lesquels on va miser pour l’avenir de notre pays, pour ses emplois, pour son excellence et pour ses atouts » explique le ministre, qui ne s’autorise que quelques éléments de langage : « l’agriculture, je peux vous le dire, aura une place très importante dans ce plan de relance. Parce que l’agriculture c’est quelque chose qui a trait à notre identité […], mais c’est aussi un secteur d’activité extrêmement pourvoyeur d’emploi. On est en train de travailler à des mesures de financement qui de la protection face aux aléas climatiques pour la pérennisation de notre agriculture, qui du financement dans des équipement d’agroéquipement pour faciliter des transitions, qui des investissements dans des circuits courts. »

Générales, ces annonces n’ont pas totalement satisfait les représentants de la filière vin, qui attendent après cette visite éclair des dispositifs forts pour assurer la pérennité du vignoble.

 

 

* : « Initialement il était prévu d’être de 160 millions €. A ma prise de fonctions j’ai demandé au premier ministre qu’on puisse le monter à 250 millions €. Ça c’est le soutien de cout-terme » note Julien Denormandie.

 

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marc Le 31 août 2020 à 10:30:27
Cette situation de "No Future" pour les viticulteurs trouvent en partie son origine dans les choix de la filière au début du vingtième siècle. René Renou, responsable de l'INAO, voulait réformer en profondeur la filière et il a été battu et combattu. Je vous conseille relire l'article de Florence Kennel dans la Revue du Vin de France d'Octobre 2000 ou l'entretien accordé à Que Choisir ""La profession a cinq ans pour se ressaisir" La filière a grand besoin de revoir son fonctionnement et sortir de cette course folle à la surproduction et ses prix bas. Dans tous les services de l'INAO, dans les différentes interprofessions, les compétences existent elles sont ignorées au profit des économistes qui ne rendent jamais compte de leurs conseils. Beaucoup d'éléments sont à remettre à plat pour ne pas voir décliner et mourir les AOC.
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