LE FIL

Rallonge budgétaire

Jean Castex muscle la distillation de crise et l’aide au stockage

Mercredi 05 août 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 06/08/2020 14:23:51

Jean Castex muscle la distillation de crise et l’aide au stockage
- crédit photo : Cabinet du premier ministre
Rendant ses arbitrages lors d’une visite au vignoble du Centre-Loire, le premier ministre ajoute 56 millions € pour la distillation et 20 millions € pour le stockage. Cette nouvelle enveloppe budgétaire permet de finaliser un plan sectoriel d’aide à la filière du vin français en négociations depuis plus de quatre mois.

Face une filière qui « paie un lourd tribut à la situation sanitaire et économique internationale, […] nous allons porter le plan d’aides à 250 millions d’euros pour la viticulture et nous veillerons à ce que ces aides puissent être distribuées le plus rapidement possible, car les besoins en trésorerie sont forts » annonce Jean Castex, le premier ministre, ce 5 août, depuis la maison des vins de Sancerre (Cher) avec le ministre de l’Agriculture (Julien Denormandie). Ayant visité le matin même un vignoble à Menetou-Salon (le domaine Jean Teiller), le nouveau locataire de Matignon semble avoir conscience de l’urgence des demandes de soutien de la filière vin fragilisée par la pandémie de coronavirus. À commencer par la nécessité de muscler une boîte à outils répondant à différents besoins de déstockage des volumes excédentaires : distillation et/ou stockage.

Avec la rallonge annoncée aujourd’hui de 56 millions € (dont 47 millions € issus de l’OCM vin, voir encadré), la filière vin pourra envoyer à la chaudière 600 000 hectolitres de vins supplémentaires. Ce complément budgétaire permet de renforcer la distillation de crise ouverte pendant le mois de juin dernier. Dont l’enveloppe budgétaire de 155 millions d’euros annoncée fin mai, ne permet de distiller que 58 % des 3 291 000 hectolitres de vins souscrits d’ici la mi-septembre (avec des aides de 58 €/hl pour les vins de France et 78 €/hl pour les vins AOP et IGP). En y ajoutant les 2,1 millions hl déjà financés, « la mesure de distillation est désormais efficiente » salue Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France, qui n’a pas pu être présent à cette visite de terrain de l’exécutif. Rappelant que les prévisions initiales de la filière en matière de distillation avoisinaient justement de 3 millions hl, le vigneron de Fitou se félicite que ce calibrage financier soutienne des marchés déséquilibrés par le confinement et les incertitudes commerciales persistances : « c’est un signal fort avant les vendanges ». Devant se dérouler dans un deuxième temps cette distillation supplémentaire pourrait se tenir en octobre prochain.

"Il fallait des réponses pour gérer le surstock, nous les avons"

Également renforcée, l’aide au stockage privé va bénéficier d’une rallonge de 20 millions €, portant son enveloppe globale à 35 millions € pour retirer du marché les surstocks de vin (en vrac ou conditionnés) sur des périodes de 6, 9 ou 12 mois, avec des aides de 4 centimes par hectolitre et par jour (les questions du volume minimal et de la réserve interprofessionnelle restent à éclaircir). « Cette annonce de compléments est un soulagement, ce sont des mesures de court terme pour stabiliser les marchés. Il fallait des réponses pour gérer le surstock, nous les avons » salue Jérôme Despey, le président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer. Ayant suivi la délégation gouvernementale, le viticulteur audois va avancer à début septembre la prochaine réunion du conseil spécialisé pour répondre à la demande du ministre de l’Agriculture de finaliser au plus vite l’aide au stockage, et l’ouvrir dès octobre.

Exonérations de charges

« Faisant référence à la lourdeur administrative de FranceAgriMer, le premier ministre a insisté sur le fait que les aides ne seront pas versées dans trois ans, mais le plus vite possible. Il s’est engagé à ce que les mesures ne soient pas seulement une bonne nouvelle, mais soient effectives rapidement [pour] sauver la trésorerie des vignerons » salue la députée du Tarn Marie-Christine Verdier-Jouclas, présente parmi la délégation gouvernementale.

Ne cachant pas sa déception après la fin de non-recevoir gouvernementale aux demandes d'abaissement des seuils d’exonérations de charges (actuellement accessibles à partir d’une baisse de 80 % du chiffre d’affaires), l’élue de la majorité souligne que « le premier ministre a entendu l’insatisfaction sur les exonérations de charges. Il s’est engagé à regarder cet effet de seuil, alors que le vignoble n’a pas eu recours au chômage partiel. » Jean Castex se serait ainsi engagé à ce que ses équipes se penchent sur ce sujet, en amont du prochain projet de loi de finances.

"Plan de relance"

Si ces annonces de l’exécutif concluent le chapitre des négociations de ce plan sectoriel, elles sont loin de clore les sujets viticoles restant à traiter. Jean Castex donne ainsi rendez-vous à la filière vin pour l’intégrer au volet national du plan de relance européen. Comme l’explique le premier ministre : « la philosophie du plan de relance, que le gouvernement présentera à la fin du mois, c’est d’aider les secteurs les plus impactés par la crise (sanitaire qui dure, économique qui s’installe), et faire de la crise un levier pour transformer l’économie de notre pays et les préparer à cette transition écologique indispensable. »

Au nom de son groupe parlementaire, Marie-Christine Verdier-Jouclas a déjà déposé des demandes concernant ce plan de relance sur quatre volets : « environnemental, avec un soutien direct à la conversion, export, avec l’accompagnement sur d’autres pays pour contourner les taxes Trump, investissements, pour restructurer la production, fiscal et social ». Mettant l'accent sur le développement durable, Jean Castex souligne que « les professionnels ne nous ont pas attendus pour anticiper ces évolutions, mais ils ont besoin de l’accompagnement de l’Etat. J’entends bien que la viticulture en particulier et l’agriculture en général trouvent, à la fois sur le volet solidarité et sur le volet transformation tout l’appui qui leur sera nécessaire. »

"Opportunité pour encourager une filière"

Face à ces déclarations d'intention, Jean-Marie Fabre se dit « attentif sur la place du vin dans le plan de relance. Cela doit être une opportunité pour encourager une filière en pointe dans la transition agroenvironnementale. » Pour Jérôme Despey, « ce plan de relance est le moyen que l’Europe ne soit pas absente de cette crise », évoquant notamment des réflexions à mener sur les aléas climatiques. Ces sujets seront sur la table d’un rendez-vous début septembre entre la filière et le ministre de l’Agriculture.

OCM vin

Après des semaines de mobilisation pour négocier de nouveaux volumes budgétaires, les représentants du vignoble affichent leur satisfaction, tout en reconnaissant une déception. « Je suis satisfait par les volumes financiers, moins par le fait que le Programme National d’Aides (PNA) soit utilisé pour financer des mesures crise » résume Jean-Marie Fabre. « Je regrette fortement que le financement de ses mesures se fassent en partie sur l’Organisation Commune du Marché Vitivinicole (OCM vin), sur les crédits européens à consommer avant ce 15 octobre » renchérit Jérôme Despey. D’après ses notes, sur les 56 millions € rajoutés pour la distillation, seuls 9 millions € sont à porter au crédit de l’état, le reste provient du PNA. Sur un accompagnement global de 246 millions €, 127 millions € proviennent de l’OCM et 119 millions € de fonds publics.

Ayant stoppé des projets ou ralenti leur état d’avancement, la crise sanitaire posait la question de l’utilisation des aides européennes plutôt que de les renvoyer à Bruxelles reconnaît Jérôme Despey : « mais même avec ce souci de la consommation de l’enveloppe, l’OCM vin n’a pas vocation à accompagner la gestion de crise. Elle est là pour accompagner structurellement la compétitivité de la filière. J’aurais aimé pouvoir reporter ces fonds à l’année prochaine. Ce sera un sujet communautaire pour les prochaines années. »

Avec une enveloppe annuelle de 280 millions €, la France n’aura pas de souci à décaisser tous ces fonds cette année. « Grâce à la distillation » pointe Jérôme Despey, soulignant que « cela ne ralentira pas les paiements, j’y veillerai ».

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