LE FIL

Distillation dans le Sud/déceptions dans le Nord

Vendredi 15 mai 2020 par Alexandre Abellan

Ce 11 mai marque un tournant pour la filière vitivinicole. Moins pour la fin du confinement, qui continue commercialement pour l’export et la consommation hors domicile, que pour les premières annonces d'aides gouvernementales, évoquant des exonérations de charges et une distillation de crise. Avec sa cote mal taillée, et résolument floue, ce plan de crise rouvre les lignes de faille parcourant le vignoble français.

Le principal point de fracture reste le financement de la gestion des volumes excédentaires. Toujours clivante, la distillation convient parfaitement à certains bassins viticoles, plutôt méridionaux et voulant distiller plus de 2 millions hl de vins, alors qu’envoyer des vins à la chaudière rebute viscéralement d’autres vignobles, plutôt septentrionaux et souhaitant des aides au stockage privé ou à la réduction des rendements. Ce point de cirspation verra-t-il s’affronter Bordeaux et Languedoc contre Bourgogne et Champagne ? On peut d'autant plus le craindre que l'on devine l’opposition entre vignobles ne pas rester géographique.

Alors que tout reste en suspens dans ce plan de crise, le concept gouvernemental d’un prix moyen de 70 €/hl pour la distillation peut conduire à une lutte entre signes de qualité pour bénéficier de ces fonds. L'enveloppe annoncée est bien trop petite pour satisfaire équitablement les vins AOP, IGP et VSIG. Encore floues, les conditions d’accès à l’exonération de charges sociales causent déjà des tensions entre les opérateurs. Selon leurs modèles de commercialisation (vente directe de vin, adhésion à une cave coopérative, vente de raisin au négoce…), tous ne peuvent justifier d’une nette baisse d’activité depuis le début de la crise du coronavirus. Mais tous savent qu’ils seront touchés à terme.

Face à ces affrontements tectoniques, on ne peut que regretter la fin des lectures hebdomadaires des Fables de la Fontaine par l'inspirant Fabrice Luchini. Il aurait été profitable que l’acteur interprète à la filière vin Le Vieillard et ses Enfants (Livre IV), dont l’amorce résonne comme un avertissement : « toute puissance est faible, à moins que d'être unie ». En temps de crise, la première nécessité reste de faire bloc. D’autant plus que pas un vignoble n’est épargné, des rosés de Provence aux crémants d’Alsace en passant par les blancs de Sancerre. L’objectif au sein des différents modèles de la filière des vins français ne doit pas être d’obtenir plus que les autres, mais de ne pas obtenir moins.

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