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Noms d’oiseaux

Christophe Véral se défend d’être le bras armé des cognacs Hennessy

Lundi 11 mai 2020 par Alexandre Abellan

« Cette lettre est déplorable et entache l’image de notre région » déplore Christophe Véral.
« Cette lettre est déplorable et entache l’image de notre région » déplore Christophe Véral. - crédit photo : UGVC (Stéphane Charbeau)
Le président de l'Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac est ciblé par une lettre d’accusations d’un corbeau, critiquant notamment l’influence de la première maison d’eaux-de-vie charentaises dont il est apporteur.

Après les vautours des transferts de plantation et autres charognards des Casiers Viticoles Informatisés, un nouveau volatile plane sur le vignoble de Cognac : un corbeau critiquant la politique de l’Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac (UGVC). Révélé par la Charente Libre, un courrier anonyme circule ce début mai dans et met en cause la mainmise sur le syndicat viticole unitaire de la maison Hennessy (groupe LVMH). Personnellement visé pour être un « 100 % Hennessy », Christophe Véral, le président de l’UGVC, précise être également un apporteur de la maison Courvoisier (Beam Suntory). Mais le viticulteur rétorque surtout qu’« un rang de vignes sur deux à Cognac vend ses raisins à Hennessy. Je suis comme 2 500 viticulteurs charentais… »

Un ressenti que l’on entend dans le vignoble charentais. « C’est une histoire à la Santa Barbara… Un énième épisode d’Amour, Gloire et Beauté ! » préfère en rire un bouilleur de cru charentais, pour qui « il n’y a rien de nouveau, il n’y a pas besoin de lettre d’un corbeau pour savoir qu’au sein de l’UGVC nombreux sont ceux qui apportent à Hennessy. Et ce n’est pas surprenant comme Hennessy représente 50 % des ventes… C’est surtout difficile de ne pas être chez eux ! C’est un faux problème, ce négociant murmure à l’oreille de la viticulture, mais il n’impose pas toujours sa loi. »

"Pas de complaisance"

Jouant cartes sur table (voir encadré), Christophe Véral confirme ne pas être complaisant avec Hennessy dans ses positions de président de l’UGVC et de chef de famille au sein du Bureau National Interprofessionnel du Cognac (BNIC). Il rappelle s’être opposé « à ce que la mention XXO ne soit la propriété que d’une marque » (en l’occurrence Hennessy) et avoir soutenu à son lancement « l’étiquetage de l’AOC Cognac sur le Blue Swift de Martell » (un finish de VSOP en fûts de bourbon dont Hennessy ne veut pas entendre parler dans le cahier des charges). « Il n’y a pas de complaisance. L’UGVC est une organisation syndicale démocratique où tout le monde peut se présenter. Aujourd’hui nous sommes un syndicat fort et reconnu. Nous avons une vision partagée avec le négoce, avec lequel il n’y a jamais eu autant d’échanges » martèle Christophe Véral.

« Les accusations contre la maison Hennessy sont injustifiées. On doit se féliciter d’avoir une si belle locomotive dans la région » renchérit Patrice Pinet, le président du Syndicat des Maisons de Cognac (SMC). Pour le PDG de Courvoisier, « aujourd’hui nous avons des processus démocratiques dans la région qui font que si des gens ne sont pas contents, ils peuvent participer aux élections des syndicats du négoce comme de la viticulture. Quand on est mécontent, on s’engage. Je n’aime jamais la façon de faire anonymement les choses. Cette méthode n’est pas élégante, pour rester poli. »

Année de renouvellements

Cette lettre anonyme arrive dans un contexte d’élection dans la filière de Cognac, avec l’arrivée à leurs termes des mandatures de l’UGVC ce printemps et du BNIC cet automne. Décalée à cause de l’épidémie de coronavirus, l’élection du conseil d’administration de l’UGVC sera dématérialisée du 19 mai au 12 juin, pour aboutir à l’élection de son bureau et de ses candidats au renouvellement du BNIC. Comme indiqué par le corbeau, Christophe Véral confirme réfléchir à une candidature à la présidence du BNIC.

« Dans l’absolu tout dans le courrier est en partie vrai, mais pas complet (nous avons des vice-présidents 100 % Martell ou Rémy Martin, il y a de tout). La chose positive est de ne pas appeler au boycott du syndicat, mais de demander de voter. Il est dommage de ne pas avoir porté ce message dans les réunions de secteurs… » souligne Alexandre Imbert, le directeur de l’UGVC sur le départ. « De petits malins cherchent à nous déstabiliser, mais le navire est solide et il y a un pilote dans la barque » conclut Christophe Véral, préférant se focaliser sur le sujet du Business Plan et taclant « des querelles locales, de clocher ». Continuant sur la veine ornithologique, Cognac vire en effet Clochemerle.

 

« Pour parler des marchés, il faut y aller »

Parmi les mises en cause de la lettre anonyme se trouvent des voyages à l’étranger pour Christophe Véral payés par Hennessy. « Je ne cache rien, je suis franco » pose Christophe Véral, qui fait en effet état des invitations qu’il a pu recevoir lors de réunions de terrain. « Je suis président syndical et chef de famille, heureusement que je réponds aux invitations ! J’ai un rôle de représentant et de lobbying. Pour parler des marchés, il faut y aller et voir comment se comportent les alcools concurrents et les consommateurs » explique Christophe Véral, souhaitant que ses successeurs auront également de telles invitations.

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