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Flavescence dorée
Ce vigneron a dû arracher 37 hectares en 4 ans

Le secteur d'Aimargues dans le Gard est fortement contaminé par la flavescence dorée. Un viticulteur a été contraint d'arracher 37 ha, soit 70% de son vignoble en 4 ans.
Par Michèle Trévoux Le 12 novembre 2019
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Ce vigneron a dû arracher 37 hectares en 4 ans
Gérard Pobeda dans son plantier de chardonnay déjà atteint par la flavescence dorée (plantation 2018). - crédit photo : DR
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A Aimargues dans le Gard, la flavescence dorée fait des ravages. Propriétaire d’un domaine de 50 ha de vigne, Gérard Podeba a été contraint d’arracher 37 ha en quatre ans. « J’ai commencé à apercevoir les premiers symptômes il y a 5 ans, alors que je venais d’investir 700 000 € dans la construction de ma cave », raconte-t-il.  La première année, c’est sur une parcelle de Marselan qu’il commence à arracher des souches. Puis les foyers se développent et les années suivantes, certaines de ses parcelles sont contaminées à plus de 20%.  Sur la campagne 2016-2017, il est contraint d’arracher 8,2 ha, puis 12,3 ha l’année suivante et 16,5 ha lors de la dernière campagne. Ces arrachages concernent des vignes jeunes qu’il avait commencé à planter à partir de 1998, date d’acquisition du domaine.

Beaucoup de cépages sensibles

Certifié en bio depuis 2011, il a bien réalisé ses trois traitements obligatoires au pyrèthre naturel, en intervenant de nuit et en s’organisant pour traiter tout son vignoble en 24 h. Mais cela ne suffira pas pour contenir l’explosion de la maladie, qui a sans doute été détectée trop tardivement. « J’avais beaucoup de cépages très sensibles à cette maladie : Cabernet Sauvignon, Marselan, Cabernet Franc, Pinot Noir… Le sauvignon est un peu moins sensible, mais j’ai dû l’arracher aussi car il était situé sur un îlot entouré de cépages rouges très sensibles. Il a été lui aussi contaminé ». Seuls le Merlot, le Viognier et la Syrah, cépages plus résistants, ont été épargnés. « Si je n’avais été que viticulteur, je ne m’en serais sans doute pas relever. Je produis des céréales et du maraîchage, deux activités qui m’ont permis de me maintenir », confie-t-il.  

« J’ai temporairement renoncé au bio pour assainir le secteur »

Notre homme ne se décourage pas pour autant. « J’ai beaucoup investi dans ma cave. Il faut la faire tourner », explique-t-il. Depuis deux ans, il a commencé à replanter : 10 ha en 2018, 3 ha au printemps dernier et 10 ha seront replantés au printemps prochain. « J’ai choisi des variétés moins sensibles comme le merlot, le sauvignon. J’ai quand même planté du chardonnay car il y a une forte demande pour ce cépage. J’ai également introduit du Souvignier gris, une variété résistante pour voir comment elle se comporte ». Il a également recruté une personne de plus sur l’exploitation qui, après s’être formée à la reconnaissance des symptômes de la flavescence dorée, se charge, entre autres, de la prospection.   

« Il ne faut pas tout attendre d’un Gdon »

Vice-président du Gdon Les Costières du Vidourle, Axel Allais souligne les difficultés à lutter contre la maladie. « L’un des points clé de la lutte est la prophylaxie. Les viticulteurs doivent surveiller de près leur vigne et intervenir dès qu’ils trouvent un pied contaminé. Il faut immédiatement couper la partie végétative, quitte à arracher le pied ultérieurement, pour limiter la diffusion de la maladie. Sur Aimargues, nous avons créé un Gdon en catastrophe en juin 2016, mais le secteur était déjà bien contaminé. Il ne faut pas tout attendre du Gdon. Il faut que les viticulteurs forment leurs salariés à la reconnaissance des symptômes et soient eux-mêmes capables de les reconnaître pour détecter la maladie au plus tôt. C’est un travail collectif qu’il faut mener si on veut faire régresser la maladie ».

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