LE FIL

Écosystème autonome

La cave de Buzet investit 100 000 € pour trouver la recette du vin sans intrant

Vendredi 29 mars 2019 par Alexandre Abellan

« Ne plus traiter, c’est le rêve en tant qu’utilisateur » estime Alexis Hubert. « On ne s’empêche rien » renchérit Carine Magot, ce 27 mars à Buzet, sur la modalité de plantation enherbée.« Ne plus traiter, c’est le rêve en tant qu’utilisateur » estime Alexis Hubert. « On ne s’empêche rien » renchérit Carine Magot, ce 27 mars à Buzet, sur la modalité de plantation enherbée. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Pour relever les défis écologiques et climatiques, la coopérative du Lot-et-Garonne se dote d’un terrain de jeu pour explorer le champs des possibles viticoles.

Baptisé New Age, le vignoble expérimental de la cave coopérative de Buzet ne donne pas dans le spiritisme occidental, mais dans l’essai grandeur nature pour répondre aux enjeux d’avenir de la production et de la consommation de vins. « Dans la réflexion prospective de nos viticulteurs, nous nous sommes fixés comme objectif d’avoir, dans 50 à 60 ans, un vignoble autonome. autofertile, sans apports et intrants extérieurs » résume Carine Magot, la responsable vignoble des vignerons de Buzet. Qui n’oublie par le défi du changement climatique : « comme partout, nous avons des soucis de maturités technologiques, qui sont plus rapides que celles phénoliques… »

Face au défi de ne plus traiter, de ne plus fertiliser et d’anticiper des conditions climatiques plus stressantes, la cave coopérative de Buzet a décidé de planter, cette fin mars, 11,5 hectares de vigne conduite en bio sur une ancienne friche de 17,5 ha qui lui appartient (via la SCEA Gueyze et domaines). Représentant un investissement conséquent de 100 000 euros*, cette plantation suit 30 modalités différentes, chacune de 50 ares et 1 200 pieds, afin d’explorer et combiner des techniques viticoles de rupture. Dont certaines sont inédites et d’autres déjà testées avec succès.

Nouveaux cépages et nouvelles pratiques

La parcelle expérimentale se divise en deux volets. Le premier concerne l’évolution de l’encépagement pour s’adapter aux évolutions climatiques et la réduction des traitements. Y sont déployés de variétés venues d’autres régions (syrah, marselan, niellucio et tempranillo) et des cépages résistants (Artaban et Vidocq, issus du programme Résistance Durable 1 de l’Institut National de la Recherche Agronomiques). Ces nouveaux cépages sont testés dans un cadre viticole assez classique, l’idée étant de pouvoir faire évoluer l’encépagement du cahier des charges de l’appellation Buzet avec ces essais.

Encore plus disruptif, l’autre volet d’essais s’attaque à la conduite du vignoble selon une approche écosystémique. Les modalités commencent dès la plantation, avec des tests de préparation de la parcelle se limitant au futur rang de vigne : avec un travail du sol au motoculteur localisé sur 20 centimètres de large, le reste étant enherbé (mélange d’avoine, de féverole, de pois et de vesce). La cave a également planté des pieds de vigne sur des rangs couverts de Bois Raméal Fragmenté (BRF) déposé en juin et en cours de dégradation. D’autres modalités concernent des ajouts de mycorhizes à la plantation, des variations sur le matériel végétalt (5 à 6 clones différents de merlot, cabernet sauvignon et malbec, avec quatre porte-greffe différents). Cette diversité végétale est complétée par l’implantation de haies sur des zones humides et en bordure de chaque modalité (18 espèces locales, à 2,5 ou 4 mètres des vignes), mais aussi d’arbres dans les rangs (des érables champêtres plantés cet hiver tous les dix pieds de certaines modalités).

"Biodiversité et résilience"

« Plus un écosystème est varié, plus il y a de la biodiversité et de la résilience. Nous cherchons à recréer un écosystème qui revienne rapidement à l’équilibre après les agressions extérieures, du climat et des ravageurs » explique Carine Magot. Pour qui solution au changement climatique ne peut pas passer que par de nouveaux cépages : « il y a 2 000 hectares de vignes plantés sur la cave, on sait que l’on ne va pas pouvoir tout replanter demain. Avec ces techniques, on pourrait rafraîchir le climat en conservant les cépages actuels. »

Ne se posant pas de limite technique pour arriver à ses objectifs, la cave de Buzet finit sa plantation sans savoir quelles seront les prochaines étapes testées. Que ce soit sur le type de couvert végétal, qui sera probablement intégral, ou les modalités d’entretien des sols. Une seule chose est validée, la conduite des vignes sera haute, à 1,3 mètre, avec une taille mécanique. Que la taille soit rase de précision ou en haies, les petites plaies de taille devraient limiter les maladies du bois. Des boîtes à musique devant être implantées pour limiter l’esca (selon les essais déjà réalisés à Buzet).

Risques d’échec

Face à cette multitude d’essais originaux (voir carte ci-dessous), il existe un risque non négligeable pour que des modalités soient des échecs cuisants. Et ce dès la phase de plantation. « Ce sera quand même un résultat » note Alexis Hubert, le directeur d’exploitation de la SCEA Gueyze. Pour qui « ne plus avoir d’intrants, ne plus traiter c’est le rêve en tant qu’utilisateur. C’est plausible, mais ce sera un gros travail. »

En attendant les premières microvinifications dans trois ans, la cave finalise ce printemps l’implantation de sa parcelle. Et réfléchit désormais à la mise ne place de capteurs et outils de suivi de tous ses essais. « L’esprit est d’avoir des données, des références » conclut Carine Magot, notamment pour réaliser une étude technico-économique sur la rentabilité de chaque pratique.

 

* : À la charge de la cave coopérative, le projet pourrait rentrer dans l’appel à projet de Territoire d'Innovation Grande Ambition (TIGA) de la Région Nouvelle Aquitaine et devenir un de ses Laboratoires d’Initiative Territoriale (LIT).

 

 

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