LE FIL

Stéphane Roy

Dans le vignoble de Cognac, « on peut s’agrandir sans faire appel aux transferts »

Jeudi 22 septembre 2016 par Alexandre Abellan

En conclusion de la réunion des vendanges 2016, Stéphane Roy a lancé de fermes avertissements, mais a aussi reconnu être « heureux que la grande majorité des viticulteurs n’ait pas profité de cette faille pour s’agrandir au détriment des autres ».
En conclusion de la réunion des vendanges 2016, Stéphane Roy a lancé de fermes avertissements, mais a aussi reconnu être « heureux que la grande majorité des viticulteurs n’ait pas profité de cette faille pour s’agrandir au détriment des autres ». - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Annonçant une croissance « significative » du contingent de nouvelles plantations pour 2017, le président des viticulteurs de Cognac tacle les transferts de vignes issues d’autres régions. Et menace leur légalité, qu’ils soient passés ou à venir.

« Au regard des bons chiffres de sortie, et aussi du succès certain des autorisations nouvelles en 2016*, le conseil d’administration de l’Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac a souhaité faire un geste significatif en terme de contingent pour 2017 » annonce Stéphane Roy, le président de l’UGVC, lors de sa réunion des vendanges du 21 septembre. Ne précisant pas de chiffres, il souligne que ces surfaces ne seront pas « anodines ».

"Une démarche collective ne s’était pas vue à Cognac depuis belle lurette"

Et, surtout, que ces nouvelles plantations représenteront un engagement concret de la production pour l’agrandissement contrôlé du vignoble charentais, conformément au Business Plan acté par l’ensemble de la filière. « Si l’on veut garder cette maîtrise, il n’y a qu’une seule voie possible : l’agrandissement via les contingents de droits nouveaux. Et surement pas par des transferts » tacle-t-il.

Enflammant le vignoble charentais depuis le début d’année, les transferts de surfaces viticoles issues d’autres régions représenteraient actuellement 250 hectares à Cognac. Une surface relativement stable depuis le début de l’été, et le coup d’éclat des Jeunes Agriculteurs (décernant des Vautours d’Or aux vignerons s’étant laissés tentés par « des actes opportunistes et individualistes »).

A l’UGVC, on estime que cette accalmie témoigne plus d’un prudent attentisme que d’une réelle prise de conscience. Certains vignerons joueraient la montre, observant ce qu’il advient des transferts réalisés avant d’oser se lancer. En guise de sommation, le syndicat passe désormais aux menaces précises. Pour la plus grande satisfaction de ses membres.

"Nous ne ferons aucun cadeau"

Lâchant ses coups dans la salle des spectacles de Châteaubernard, Stéphane Roy s’est d’abord échauffé sur les débats opposants lobbies écolo et phyto. Un tour de piste qui n’a pas semblé beaucoup émouvoir son audience (il est vrai quelque peu assoupie après la présentation du référentiel de développement durable de Cognac). Plus que les problématiques environnementales, ce sont les enjeux de pilotage du vignoble qui mobilisent dans l’immédiat les inquiétudes des membres de l’UGVC. Face à la vigueur des propos de son président, l’audience s’en est ainsi trouvé aussi soulagée qu’exaltée.

« Nous ne nous contenterons pas de bloquer les transferts à venir, nous travaillons également pour essayer de bloquer les transferts déjà en cours. Que ce soit bien clair dans l’esprit de tous, nous ne ferons aucun cadeau aux viticulteurs qui ont joué leur intérêt individuel avant celui collectif » a tancé Stéphane Roy. Se voulant optimiste, le président de l’UGVC a cependant reconnu que si « aujourd’hui le problème n’est toujours pas réglé. Mais nous commençons nettement à voir le bout du tunnel. »

Statut intermédiaire

A écouter certains vignerons, la solution serait tout simplement de passer sous appellation le vignoble de Cognac (historiquement sous statut de Vignoble Sans Indication Géographique). Ce qui restreindrait de facto les transferts. Mais des dissensions persistent dans la filière sur les conséquences de ce changement de paradigme, qui s’annoncerait long à réaliser.

L’UGVC poursuit actuellement une voie parallèle qui pourrait aboutir dès la fin 2017 au niveau européen. Il s’agit de la mise en place « du statut de vin apte à la distillation destinée à produire une eau-de-vie sous Indication Géographique » explique Alexandre Imbert, le directeur de l’UGVC. Peu utilisé, ce statut intermédiaire avait été sorti de l’Organisation Commune du Marché Viti-Vinicole de 2008. Il s’agirait de le réintroduire pour mettre un terme à ce dossier.

Quant aux 250 ha déjà transférés, l’UGVC n’exclut pas d’attaquer leur légalité en suivant la piste d’un abus de droit de cession.

 

* : « Avec des demandes dix fois supérieures au contingent proposé » rappelle Stéphane Roy.

Geste aux maisons de Cognac

« Ce message s’adresse aussi au négoce » a précisé Stéphane Roy. Pour lui, l’accord du vignoble de faire croître le contingent pour l’AOC Cognac doit pousser les maisons à adopter « une position ferme vis-à-vis des viticulteurs qui refusent de s’inscrire dans cette démarche collective qu’est le Business Plan, en transférant des vignes ». Il ne cache cependant pas que « le mode de détermination du rendement Cognac » reste une source de divergences profondes entre le vignoble et les metteurs en marché.

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