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Emmanuel Macron ( En marche )
Sortir de l’écologie punitive

Crédit photo : Cédric Faimali
Quelle est/sont le ou les enjeux stratégiques pour la vigne et le vin français pour les cinq ans à venir ? - La gestion de la problématique environnementale passe-t-elle prioritairement par une meilleure définition des règles d'utilisation des produits phytosanitaires ou la création d'un contexte d'émulation collective au sein des groupes de viticulteurs ?
Le principal défi pour notre viticulture, comme pour les autres filières agricoles, est environnemental. Notre vignoble a déjà perdu plus d'un tiers des surfaces sur les 40 dernières années. Nos terroirs viticoles sont un « capital naturel » à préserver.
Les nombreux vignerons ou négociants que j'ai rencontrés m'ont fait part de leurs inquiétudes sur les produits phytosanitaires. Pour leur santé tout d'abord, car ils sont les premiers concernés mais aussi par rapport aux attentes fortes des Français sur ce sujet.  La prise de conscience est là, il faut maintenant relever ce défi environnemental ensemble.
Pour y parvenir, il faut cesser d'opposer les modèles de production entre le bio et le conventionnel. Il faut également sortir d'une démarche d'écologie punitive et cesser d'opposer agriculture et environnement.
Le rôle de l'Etat, c'est un rôle d'accompagnement pour soutenir les agriculteurs et les territoires qui s'engagent volontairement dans des pratiques vertueuses. C'est l'objectif du PSE (paiement pour services environnementaux) de 200 millions d'euros par an que je souhaite mettre en œuvre. Ce dispositif rémunèrera les services environnementaux rendus par les viticulteurs. En tant que filière viticole les solutions ne sont pas les mêmes pour tous les territoires. Nous engagerons les collectivités locales dans cette démarche de progrès.
Le Plan de Transformation Agricole (de 5 milliards d'euros sur 5 ans) soutiendra les projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l'environnement. C'est par l'innovation agronomique et numérique que nous pourrons engager l'ensemble de la viticulture française dans une démarche durable pour qu'elle reste un pilier de notre histoire, de notre culture et de notre économie.

Comment coordonner une politique de santé contre l'alcoolisme tout en protégeant l'économie de la filière vitivinicole française ?
Les discussions autour de la modification de la loi Evin à l'occasion de la loi Macron ont montré que le temps n'était plus à l'opposition permanente entre l'économie et la santé publique mais à l'efficacité de l'action publique. Je l'ai dit lors de l'annonce de mes mesures sur la santé, nous devons faire plus de prévention en France. C'est aussi le cas en matière de lutte contre les consommations excessives d'alcool où nous devons allouer plus de moyens à la prévention.

  Faut-il défendre la spécificité du vin dans la politique européenne ?
Mon projet politique est progressiste et s'articule autour de deux axes forts : libérer et protéger.
Libérer, c'est permettre d'entreprendre plus facilement. Les viticulteurs et négociants sont avant tout des chefs d'entreprise. Les mesures annoncées sur le travail les concernent : transformation du CICE en allégements de charges, révision de toutes les normes inutiles (c'est-à-dire la nécessité de supprimer ce qui a été sur-transposé et de simplifier le reste), droit à l'erreur avec une administration qui conseille plus qu'elle ne sanctionne. 
Protéger au niveau européen, c'est mettre en place des outils de régulation nécessaire par une PAC protectrice et ambitieuse. Là encore, retrouvons du pragmatisme et de l'efficacité. Chaque filière à ses spécificités et nous devons en tenir compte.  Le maintien d'une OCM vitivinicole spécifique permettant de financer la restructuration, la politique d'investissement et la promotion dans les pays-tiers en est l'exemple.
Protéger, c'est aussi faire plus pour ceux qui ont moins, notamment lors d'aléas climatiques comme ceux de l'an passé dans certaines régions viticoles. Nous devons parvenir à lever les freins relatifs à la franchise et au seuil de déclenchement des assurances climatiques pour mettre à disposition des agriculteurs qui le souhaitent une assurance efficace et soutenue par l'Union Européenne.
Enfin, le monde agricole ne veut pas vivre d'aides mais de prix justes et la montée en gamme de notre agriculture est une priorité. Ainsi, pour la viticulture, les AOC et des Indications Géographiques (IG) doivent être protégées au niveau européen mais aussi au niveau international.
Le vin est un secteur stratégique pour la France et il est essentiel de le considérer comme tel par la négociation d'accords de libre-échange pour assurer notre compétitivité à l'export tout en protégeant nos appellations. 

En matière de vin, avez-vous une région favorite ? Etes-vous plutôt vin de copain pour la convivialité, vin d'artistes pour l'hédonisme, ou un autre vin ?
En ce qui concerne le rouge, ma faveur va clairement au bordelais. Sur le blanc, je suis en revanche beaucoup plus œcuménique et je préfère le Bourgogne. J'ai de plus en plus de curiosité pour les vins de la Vallée du Rhône également. J'aime le vin et il fait pour moi partie intégrante des plaisirs de la table.