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François Asselineau ( Union populaire républicaine )
« Modifier la fiscalité lors des transmissions »

Crédit photo : Asselineau
Quel est, quels sont, le ou les enjeux stratégiques pour la vigne et le vin français pour les cinq ans à venir ?
La viticulture fait face à la concurrence déloyale de certaines productions extérieures, et à la prédation de nos terres par des intérêts étrangers. Cette situation résulte directement de l’appartenance de la France à l’Union Européenne qui nous place en choc frontal avec des économies présentant des standards salariaux, sociaux et fiscaux très inférieurs aux nôtres.
Précisons encore que les salaires représentant la plus grande partie des dépenses en viticulture, la baisse des cotisations sociales que j’entends promouvoir dans les petites entreprises sera un facteur important pour la compétitivité internationale de nos vins (principalement pour les vins de table et les vins de pays mais aussi pour les IGP et les AOC), tout comme la sortie de l’euro, qui est actuellement surévalué.
La sortie unilatérale de l’Union européenne et de l’euro - par application de l’article 50 du traité sur l’Union européenne -, que je suis le seul candidat à l’élection présidentielle à proposer de mettre en œuvre est la réponse adéquate à tous ces problèmes majeurs. 
Dans un autre ordre d'idées, j’ajoute que, si je suis élu, je compte mettre en œuvre un dispositif fiscal pour permettre la pérennité et le développement des exploitations viticoles familiales, notamment lors des successions dont la fiscalité actuelle peut contraindre la famille à la vente d’un domaine.
Ce dispositif permettra aussi de compenser la perte de valeur objective résultant de l’interdiction éventuelle de vendre tel ou tel domaine à des intérêts étrangers. On peut imaginer, par exemple, que les frais de succession soient considérablement réduits lorsqu’un domaine viticole est repris par la famille héritière, dans la mesure où  celle-ci s’engage à maintenir l’exploitation familiale pour une durée minimale de 25 ans.

Comment mener une politique de santé qui protège de l'alcoolisme et des effets néfastes de l'alcool tout en protégeant la filière viticole française ?
Il ne faut pas confondre la consommation habituelle et modérée de vin, qui est une pratique profondément ancrée dans la culture française et qui peut même se révéler favorable à la longévité pour les vins très tanniques, et l’alcoolisme ou la recherche compulsive de l’ivresse, qui témoigne d’une addiction et d’un malaise social.
Je pense que la vigne et les produits qui en dérivent, à l’instar de la carte des départements français, doivent faire l’objet d’un apprentissage à l’école dans le cadre des cours de géographie économique et sociale. Il serait utile que l’on enseigne aux jeunes Français quelles sont les principales régions agricoles de notre pays, avec leurs spécificités (vins, mais aussi élevage, fromages, etc.).
En parallèle, il faut bien entendu conduire les campagnes de prévention qui s’imposent pour prévenir les excès de consommation d’alcool que l’on constate aujourd’hui. Mais ce serait un anachronisme et une erreur de stigmatiser spécialement le vin. Il faut prendre en compte les spécificités des différentes boissons alcoolisées et les comportements sociaux qui s'y rattachent de nos jours. 

Faut-il défendre la spécificité du vin dans la politique européenne ?
La prétendue « construction européenne » est une machine à détruire les spécificités et à araser les différences culturelles. Et cela au profit d’un prétendu modèle uniforme, d’inspiration anglo-saxonne, fondé sur la consommation et la loi du profit maximal.
Il y a donc une contradiction fondamentale entre, d’une part, le projet de défendre les spécificités françaises (que ce soit en matière viticole comme dans tout autre domaine) et, d’autre part, le maintien de la France dans l’Union européenne. À terme, il faut choisir l’un ou l’autre, mais il n’est pas possible de choisir les deux en même temps.
J’ajoute qu’en libérant la France du carcan de l’UE, nous retrouverons notre capacité pleine et entière à négocier nos intérêts à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), sans nous soumettre aux diktats du Commissaire européen chargé des négociations multilatérales. Nous pourrons défendre réellement la spécificité du vin et de nos appellations.

La gestion de la problématique environnementale passe-t-elle prioritairement par une meilleure définition des règles d'utilisation des produits phytosanitaires ou la création d'un contexte d'émulation collective au sein des groupes de viticulteurs ?
Une fois que nous serons sortis de l’Union européenne, une PNA (politique nationale de l’agriculture) sera définie en remplacement de la PAC. La préservation de l’environnement fera partie intégrante de la future PNA mais les agriculteurs, et notamment les viticulteurs, ne seront pas seuls concernés. La PNA comprendra un volet d’aide et de recherche consistant à améliorer les produits et les pratiques employés pour soigner ou fortifier les cultures, ou en améliorer les rendements.
Pour la viticulture, il faut évidemment continuer à faire très attention à la dangerosité et à l'impact des molécules actives et des adjuvants sur la santé et l'environnement. Pour cela, il faut multiplier les études indépendantes des laboratoires. Par ailleurs, il existe déjà beaucoup de normes visant à préserver la santé des travailleurs (équipements de protection, délais de rentrée…) et l’environnement (ZNT, aires de lavage, vent maximum…). Le problème est qu’elles sont plus ou moins bien appliquées ou applicables.
C'est en créant du dialogue et en partageant les informations entre viticulteurs (de même qu'avec les chambres d’agriculture) que les choses avanceront. L'objectif doit être d'inciter chaque acteur à bien prendre conscience de la nocivité des produits phytosanitaires, qui touche en premier les viticulteurs et les salariés. L'émulation collective a déjà commencé, il faut donc continuer dans ce sens.
Il me semble par ailleurs judicieux de promouvoir les vins naturels et les vins biologiques pour lesquelles il existe une demande croissante. Pour finir sur cette question environnementale, je trouve étrange qu’il existe aujourd’hui des tracteurs électriques mais que ceux-ci ne soient pas subventionnés, contrairement aux voitures électriques. Il faudra y remédier.

En matière de vin, avez-vous une région favorite ? Êtes-vous plutôt vin de copain pour la convivialité, vin d'artistes pour l'hédonisme, ou autre ?
Ce qui me semble le plus important, c’est de bien accorder les vins avec les mets, qui sont souvent issus de la même région. Un Gewurztraminer vieilles vignes avec un foie gras d’oie alsacien, un Pouilly fumé bien frais avec un goût de pierre à fusil pour accompagner un crottin de Chavignol bleu moelleux, un Gevrey-Chambertin avec un fromage d’Époisses, un Saint-Emilion grand cru Premier grand cru classé avec un canard sauvage à la bigarade, ou encore un Pineau des Charentes avec une mousse au chocolat noir…  Sans oublier un champagne aux fines bulles dégusté comme ça, pour le simple plaisir de contempler le bonheur de la vie.
Tous ces accords qui confinent au sublime me semblent la quintessence de l’art de vivre à la française. Soyez assuré que je donnerai à cet art de vivre – et en particulier à tous les vins de France - le plus grand rayonnement possible lorsque je recevrai des chefs d’État et de gouvernement à l’Élysée.