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Nathalie Arthaud ( Lutte ouvrière )
« Cette influence occulte des lobbies du vin au détriment de la santé publique est révoltante »

Crédit photo : Nathalie Arthaud
Quel est/sont le ou les enjeux stratégiques pour la vigne et le vin français pour les cinq ans à venir ?
Je ne mets pas un trait d'égalité entre les 100 000 exploitations viticoles. Il y a d'un côté de toutes petites propriétés familiales, hors des grands crus, qui permettent à leurs propriétaires d'en vivre chichement, et de l'autre, des grands domaines qui se revendent à prix d'or et qui ne fonctionnent que grâce au travail, mal rémunéré, d'ouvriers viticoles.
Quant à la nationalité « française » du vin, elle est mise en avant pour réclamer de nouvelles subventions d'Etat, mais elle est vite oubliée par les propriétaires de grands crus lorsqu'il s'agit de conquérir des marchés. Ainsi, Pernod Ricard s'occupe peu de la couleur du drapeau lorsqu'il produit essentiellement en dehors de l'hexagone (Australie, Asie, Amériques, Espagne...). Les mouvements de fusion-acquisition, le processus de concentration engagé, la multiplication des opérations financières (multipliées par dix depuis 1998) montrent quels sont les véritables enjeux pour les capitalistes de l'agro-alimentaire. Cela se fait au détriment des petits viticulteurs qui sont voués à disparaître. Et cela se fait essentiellement par la surexploitation des ouvriers agricoles, souvent saisonniers, à qui l'on impose de plus en plus de flexibilité dans les horaires et les contrats et qui sont mal rémunérés, mal logés et souvent exposés aux pesticides.
 
Comment mener une politique de santé protégeant contre l'alcoolisme et les effets néfastes de l'alcool tout en protégeant la filière vitivinicole française ?
La lutte contre le fléau de l'alcoolisme se heurte à des intérêts privés puissants qui savent trouver des relais parmi le personnel politique, y compris au plus haut niveau.
Ainsi, le lobby viticole a remporté une victoire en 2015 grâce à la loi Macron. Celle-ci a modifié la loi Evin, qui limitait fortement la publicité pour l'alcool depuis près de 25 ans.
Avec une consommation moyenne de 11,1 litres par an, la France dépasse de 25 % celle des pays de l'OCDE et arrive en sixième position des consommateurs d'alcool. L'alcool tue environ 60 000 personnes par an et l'addiction touche de plus en plus de jeunes. Cet amendement est un vrai recul dans la lutte contre l'alcoolisme, d'autant plus qu'il valorise aussi certains alcools forts.
Mais, pour Macron, la consommation de boissons alcoolisées est une « cause nationale » !
Cette influence occulte des lobbies du vin au détriment de la santé publique est révoltante et doit être dénoncée.

Faut'il défendre la spécificité du vin dans la politique européenne ?
Si par spécificité du vin vous entendez « spécificités des intérêts des capitalistes du secteur » ma réponse est non, pas plus pour ceux-là que pour d'autres. La seule spécificité que je défends est celle des intérêts des ouvriers agricoles et des petits viticulteurs par rapport à ceux des capitalistes de la viticulture.

La gestion de la problématique environnementale passe-t-elle prioritairement par une meilleure définition des règles d'utilisation des produits phytosanitaires ou la création d'un contexte d'émulation collective au sein des groupes de viticulteurs ?
Depuis juin 2015 un décret reconnaît enfin le caractère professionnel d'un cancer – le lymphome malin non hodgkinien – chez les agriculteurs. Et le texte fait la liste des pesticides, officiellement « cancérigènes », et donc totalement interdits, pour certains depuis des années.
Le lymphome vient donc à la 59e place de la longue liste des maladies professionnelles du monde agricole, juste après la maladie de Parkinson, deux maladies reconnues comme provoquées par les pesticides.
Au regard de la loi, les pesticides « cancérigènes » sont interdits. Les «cancérigènes possibles», c'est-à-dire ceux dont l'effet néfaste a été prouvé sur les animaux mais pas sur l'homme, le sont aussi.
Par contre, les pesticides « cancérigènes probables », classés comme tels par l'OMS parce que suspectés d'être impliqués dans l'apparition de cancers, restent sur le marché. Et le glyphosate, principal composant du Roundup, classé « possible » en 1985 puis déclassé en 1991 pour rejoindre la catégorie des « probables » continue à être épandu par milliers de tonnes risquant de causer des milliers de cancers.
A l'échelle nationale, le ministre de l'Agriculture, Séphane Le Foll, a lancé le plan Ecophyto 2. L'objectif affiché est de réduire de 50 % d'ici 2025 la consommation de pesticides dans l'agriculture, et de limiter en conséquence la pollution qui résulte de leur usage. Mais ce plan risque bien d'être un rideau de fumée derrière lequel les géants de la chimie continueront à faire des milliards de profits et à empoisonner les agriculteurs, les consommateurs et la nature.
Pour réduire l'usage des pesticides, Le Foll prétend convaincre les distributeurs, en particulier les coopératives agricoles, de vendre moins de produits phytosanitaires, et les agriculteurs de moins en utiliser. C'est rendre le monde paysan responsable des pollutions, et refuser de s'en prendre aux vrais responsables : les trusts comme Bayer et Monsanto.
Dans les régions viticoles, en Gironde en particulier, la population dénonce un nombre de cancers chez les enfants anormalement élevé. La moindre précaution serait d'imposer une distance de sécurité suffisante entre les habitations, les écoles et les vignes. Mais dans le bordelais, le mètre carré de vignoble supplémentaire, dont le prix ne cesse de s'envoler, semble primer sur la santé des villageois.
La production d'aliments et la santé humaine sont choses trop sérieuses pour qu'on les laisse aux mains des capitalistes et des gouvernants à leur service.
 
En matière de vin, avez-vous une région favorite ? Êtes-vous plutôt vin de copain pour la convivialité, vin d'artistes pour l'hédonisme, ou autre ?
Désolée pour la profession, mais je suis une consommatrice plus que modérée et pas vraiment une grande connaisseuse...