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Jean-Luc Mélenchon ( La France insoumise )
« Le bio doit devenir la règle »

Crédit photo : flickr
Quel est/sont le ou les enjeux stratégiques pour la vigne et le vin français pour les cinq ans à venir ?
Comme dans le reste de l’agriculture, c’est le modèle de l’agriculture paysanne et biologique qui doit guider l’évolution du vignoble, et notamment réorienter les aides. C’est la condition pour maintenir la diversité et la qualité de nos productions tout en évitant l’abandon de pans entiers du territoire. Et c’est une nécessité pour que l’agriculture soit à la hauteur de la transition écologique vitale pour la santé des paysans, celle des consommateurs et la survie l’écosystème humain. La diversité écologique de la France est un atout pour que notre peuple soit en pointe des pratiques innovantes et alternatives pour affronter le dérèglement climatique. Cela passe par exemple par la réintroduction des arbres dans les systèmes agricoles qui est une manière pour la viticulture de renouer avec une forme durable de polyculture.
Sur le plan qualitatif il faut renforcer les cahiers des charges de nos AOP et IGP et pas les banaliser. Le bio pourrait ainsi devenir un signe de qualité au sein des cahiers des charges, même s’il ne suffit évidemment pas. Le vin français n’a rien à gagner à la concurrence sans règle que préparent les traités de libre échange, CETA et TAFTA. Je m’opposerai à cette libéralisation sauvage. Et je défendrai un protectionnisme solidaire pour le vin comme pour le reste des productions, en coopérant avec nos partenaires plutôt qu’en s’alignant sur le char commercial nord-américain au détriment de nos relations avec le reste du monde.

Comment articuler une politique de santé protégeant contre l'alcoolisme tout en préservant les intérêts économiques de la filière vin ?
Nous devons surtout veiller à ce que les choix de santé publique ne soient pas pris en otage par des lobbies, qu’ils soient d’inspiration hygiéniste et prohibitionniste ou au contraire liés à des intérêts commerciaux. Je rappelle d’ailleurs que le marketing agressif et consumériste vient plus de l'industrie des alcools forts que des producteurs de vin. Et la lutte contre les addictions doit être globale et ne pas laisser de côté les médicaments et notamment les psychotropes dont les prescriptions massives sont un désastre de santé publique nullement combattu aujourd’hui.

Faut-il défendre la spécificité du vin dans la politique européenne ?
Il faudrait même la rétablir. Car la définition française du vin, comme boisson issue exclusivement de la fermentation de raisin frais, a été fortement abîmée par l’UE. Dans le monde européen et financiarisé des « solutions alcooliques aromatisées », le vin perd toutes ses spécificités de terroir, liées non seulement aux caractéristiques physiques d’un lieu mais aussi à son histoire et aux savoir-faire de ceux qui le travaillent. Je suis ainsi totalement opposé à la libéralisation des autorisations de plantation dont la Commission européenne continue de rêver. Le vin n’est pas une marchandise comme une autre, car c’est un produit culturel autant qu’alimentaire.
Je m’oppose également au dumping social et écologique organisé par les traités européens comme l’illustre les luttes actuelles des vignerons du Languedoc contre la hausse des importations à bas prix de vins, que ceux-ci viennent d’Espagne ou du Chili. Nous appliquerons des visas sociaux et écologiques aux importations qui ne respectent pas les droits que nous reconnaissons aux travailleurs et à l’écosystème humain.

La gestion de la problématique environnementale passe-t-elle prioritairement par une meilleure définition des règles d'utilisation des produits phytosanitaires ou la création d'un contexte d'émulation collective au sein des groupes de viticulteurs ?
Forcément les deux ! Ma conviction profonde est que le bio doit devenir la règle et la chimie l’exception dans la gestion des cultures. Et nous défendons l’interdiction de tous les pesticides dangereux. Par exemple il faut en finir rapidement avec le désherbage chimique qui est non seulement toxique pour l’environnement mais aberrant pour la fertilité durable des sols. Le glyphosate devrait ainsi déjà être interdit. Beaucoup de viticulteurs conventionnels l’ont d’ailleurs déjà compris en se convertissant à l’enherbement ou aux semis dans les vignes sans que cela leur coûte forcément plus cher. Cela montre qu’il est possible de planifier plus globalement la transition écologique de l’agriculture. Car souvent le bio ne suffit pas, surtout quand il est détourné par des grands groupes aux pratiques peu écologiques. La liberté des vignerons, et donc aussi la créativité de leur travail, passe aussi par la réduction de leur dépendance face à tous les vendeurs de produits, surtout à l’heure de la monstrueuse fusion entre Bayer et Monsanto.

En matière de vin, avez-vous une région favorite ? Etes-vous plutôt vin de copain pour la convivialité, vin d'artistes pour l'hédonisme, ou autre ?
Longtemps adepte du Bordeaux par habitude, j’ai depuis quelques années un faible pour le Saint Amour. Ce cru du Beaujolais soyeux et gourmand montre que la quête de la qualité dans la distinction des terroirs est à la portée de tous nos vignobles.