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La vente en vrac fait perdre 1 377 €/ha aux vignerons de Bordeaux
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Sur la décennie
La vente en vrac fait perdre 1 377 €/ha aux vignerons de Bordeaux

Une étude du collectif des vignerons de Bordeaux chiffre la machine infernale de la perte de profitabilité des vracqueurs, vendant à perte depuis des années.
Par Alexandre Abellan Le 25 janvier 2023
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La vente en vrac fait perdre 1 377 €/ha aux vignerons de Bordeaux
« Sans rentabilité une filière est sans avenir » tranche le collectif des vignerons girondins, appelant à un plan social de sortie de crise. - crédit photo : Alexandre Abellan (manifestation vigneronne du 6 décembre 2022 à Bordeaux)
S

i la crise viticole bordelaise bouillonne toujours plus fort, elle ne date pas d’hier. Comme le démontre une analyse économique du collectif des vignerons bordelais. Ayant croisé les données statistiques de l’interprofession (volumes, rendements, surfaces…) et de la Chambre d’Agriculture (référentiel des coûts de production) sur les douze dernières campagnes complètes de transactions des vins en vrac (de 2010-2011 à 2021-2022) pour six groupes d’AOC (Bordeaux rouge, Bordeaux Blanc, Sainte Croix du Mont, ensemble des Côtes de Bordeaux, Graves rouge et Médoc/Haut Médoc), leurs analyses font éclater « une constante criante, pas de bénéfices pour cette filière depuis trop longtemps ». En moyenne, un vracqueur bordelais de ces AOC perdait annuellement 1 377 €/ha (de -185 €/ha en Médoc jusqu’à -3 244 €/ha dans les Côtes et -1 193 €/ha en Bordeaux rouge). Avec 34 000 hectares du vignoble girondin dédiés chaque année au vrac, en moyenne, la perte s’élève à 46,8 millions d’euros par campagne pour l’ensemble de la filière du vrac.

Pouvant peser dans les volumes commercialisés des AOC suivies (de 66 % pour les Bordeaux rouges à 21 % pour Graves et Médoc), le vrac est quasi systématiquement vendu à perte sur les douze dernières campagnes. Il tombait jusqu’à 2 769 €/ha pour la campagne 2021-2022 en Bordeaux rouge (le cours moyen étant de 1 061 € quand le rendement était de 37 hl/ha pour un coût de 7 131 €/ha). Encore plus marqué, le déficit atteignait 4 484 €/ha pour le groupe des Côtes (de Bordeaux, de Bourg, de Blaye, de Vayres…) en 2017-2018 (pour un cours 1 653 €/ha pour un rendement de 31,80 hl/ha). Les difficultés économiques du vrac girondin ne remontent pas à ces récentes années, la situation remonte au moins au début des années 2010, puis s’est aggravée et généralisée avec les successions d’aléas climatiques tendant les coûts de production (pluies lors de la floraison en 2013, gels en 2017 et 2021, mildiou en 2018, grêle et sécheresse en 2022…) et repli des marchés (déconsommation des vins rouges, taxes Trump aux USA, dégringolade de la Chine, inflation liée à l’invasion russe de l’Ukraine…).

Il faut prendre la mesure du problème

« La rémunération du vrac est en panne. Ça fait 12 ans au moins que l’on perd de l’argent (et notre étude est optimiste, les chiffres du CEGARA pour le coût de production sont plus élevés). Il n’y a pas d’avenir économique pour ces vignes, ce modèle ne fonctionne plus. Il faut prendre la mesure du problème » pose Olivier Metzinger, membre du collectif. Pointant des trésoreries à sec, après tant d’années sans revenus, et des perspectives nulles de reprise d’exploitation, faute d’attractivité pour les jeunes, le vigneron de Rions met en avant le besoin d’un arrachage aidé définitif : « une nécessité, une urgence. Nécessité sociale pour éviter des drames humains. Nécessité environnementale car les friches sont vectrices de maladies et mettent en péril les vignes qui resteront exploitées ».

 

 

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Tous les commentaires (2)
Prieur Le 28 janvier 2023 à 16:28:45
Syrahno on a largement dépassé le stade de mauvaise passe , relisez l'article qui transcrit correction la réalité du Bordelais (hors grands Crus) .
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Syrahno Le 25 janvier 2023 à 17:16:48
Chaque métier connait une mauvaise passe....Les Bordelais apprendront à se remettre en question et trouver des solutions....
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