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1er grand cru classé A un jour, 1er grand cru classé A toujours ?
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Saint-Émilion
1er grand cru classé A un jour, 1er grand cru classé A toujours ?

Sorti du dernier classement des grands crus de Saint- Émilion, le château Angélus alimente les débats de spécialistes juridiques avec une récente publicité potentiellement "ambigüe".
Par Alexandre Abellan Le 04 novembre 2022
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1er grand cru classé A un jour, 1er grand cru classé A toujours ?
Être et avoir été sans se faire sonner les cloches (page 17 du numéro 759 de Challenges, 20-26 octobre 2022). - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
C

’est ce qui s’appelle capitaliser sur un classement. Ayant quitté avec fracas le processus de révision 2022 du classement décennal de Saint-Émilion, le château Angélus affiche franchement le statut de "Premier Grand Cru Classé A" obtenu en 2012 sur une photo publicitaire parue cet automne dans la presse (photo ci-dessus de la pleine page dans Challenges). Faute de précision sur le millésime de la bouteille photographiée, se pose la question de savoir si la propriété est dans les clous juridiques, faisant usage d’une mention traditionnelle pouvant sembler être générale quand elle se limite aux dix millésimes 2012 à 2021. De quoi faire grincer quelques dents dans le vignoble de Bordeaux, et alimenter les débats d’experts en la matière. « C’est ambigu, il aurait été certainement judicieux de mentionner un millésime 2012 à 2021 sur la publicité… Qui est assez provocatrice ! » glisse un avocat bordelais spécialisé dans le droit du vin.

Contactée, la propriété explique que sa première récolte postérieure au classement de 2012, soit le millésime 2022, ne sera mis en bouteille qu’en 2024 (mais avec une vente en primeurs dès le printemps 2023). Le château ajoute « les millésimes produits entre 2012 et 2021 seront à jamais porteurs de la mention "A". Le cas de figure est inédit, mais Angélus a occupé toutes les strates du classement de Saint-Émilion et peut légitimement utiliser des visuels de ses flacons et étiquettes reflétant ces différents stades et ces distinctions honorifiques dont la propriété a décidé désormais de s’affranchir » précise la propriété, dont le nom du site revendique le titre de "grand cru classé A" (voir ci-dessous).

Rien d’illicite

Sollicité, l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO) précise que « dès la publication de l’arrêté interministériel homologuant le classement 2022, l’apposition d’une telle mention "premier grand cru classé A" ne sera plus possible pour cet opérateur pour les 10 prochains millésimes à compter de 2022 ». Pour la juriste en propriété industrielle Céline Baillet, cabinet Inlex IP, « si effectivement les vins commercialisés sont d’un millésime qui bénéficie du classement, je n’y vois rien d’illicite ». Même analyse pour le professeur Ronan Raffray, qui dirige le master Droit de la Vigne et du Vin (université de Bordeaux) : « c'est licite sur le principe, mais la photo ne fait pas apparaître le millésime, ce qui peut créer une ambiguïté "commerciale" concomitamment à la publication du classement.  C'est un peu le problème des propriétés qui sont sorties du classement.  Le risque serait qu'elles considèrent un peu qu'elles sont classées pour l'éternité (ce qui sera certainement le cas aussi pour une partie du public informée du prestige de ces vins). »

« Les vins d'Angelus encore en circulation datent de l'époque où ils étaient classés ainsi. De la sorte, les produits visés (commercialisés) bénéficient du classement (attention, il ne faut pas oublier que le classement est un classement des vins, pas de domaines). Ce serait différent à partir du moment où le producteur mettrait sur le marché des vins ne bénéficiant pas du classement. Dans ce cas, continuer à afficher le classement dans ses opérations de publicité serait trompeur » pointe l’avocat Théodore Georgopoulos, qui préside l’Association Internationale des Juristes du Droit de la Vigne et du Vin (AIDV). Pour d’autres juristes, l’enjeu de cette publicité reste l’absence de millésime, posant potentiellement problème pour le consommateur : à l’extrême, l’obtention une fois d’une propriété comme grand cru classé permettrait d’utiliser ad vitam æternam ce qualificatif.

Tout serait donc question de tempo. C’est justement le nom de la cuvée lancée par le château Angélus en appellation Bordeaux. « Un Bordeaux élaboré comme un Grand Cru » indique, dans sa revue Reflet, la propriété très portée sur les mentions traditionnelles.

 

* : Le hasard faisant bien les choses, l’hebdomadaire appartient au groupe LVMH, dont le château Cheval Blanc a également quitté le classement de Saint-Émilion en 2022 après en avoir été premier grand cru classé A.

 

 

Le professeur Ronan Raffray trouve « marquant que les leaders de l'appellation s'affranchissent de leur responsabilité collective au regard de l'appellation Saint-Émilion grand cru, dans laquelle le classement s'insère juridiquement ». Capture d’écran de la recherche Google "château Angélus" ce début novembre 2022

 

 

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Tous les commentaires (3)
Ernest Le 08 novembre 2022 à 13:08:35
Angelus (tout comme mon fils) a candidaté au classement ( au bac). Ils ont tout les deux abandonné. Le résultat de mon fils a bien été publié : collé. L?angélus ne figure pas sur la liste des grands cru classé. Doit on en conclure que l?angélus a été collé? Ou alors le classement des vins de Saint Emilion fait exception à tout les examens de France?
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Laisney Le 05 novembre 2022 à 22:08:09
Bonjour j'ai un angélus de 1950 quel côté
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lepaleocapridé Le 05 novembre 2022 à 19:57:27
tempo.., un bordeaux élaboré comme un grand cru..cela rappelle furieusement la publicité "comparative" du chateau de Reignac, qui lui a valu quelques soucis..
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