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Le premier verre d’alcool n’est plus dangereux pour la santé (et pour le Lancet)
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Le premier verre d’alcool n’est plus dangereux pour la santé (et pour le Lancet)

De nouvelles analyses de métadonnées permettent à la revue médicale de nuancer ses précédentes alertes, reconnaissant les effets protecteurs d’une consommation modérée de boissons alcoolisées, dont le vin.
Par Alexandre Abellan Le 15 octobre 2022
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Le premier verre d’alcool n’est plus dangereux pour la santé (et pour le Lancet)
« On arrête la soupe de l'étude de 2018 qui mélangeait tout : homme, femmes, pays, régions... Cette étude est plus précise » résume Fabrizio Bucella. - crédit photo : Félix Francotte (autorisation : éd. Flammarion)
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n peut voir le verre à moitié vide, ou à moitié plein dans le résumé de cette dernière étude de la revue médicale de référence qu’est the Lancet : « les risques pour la santé associés à une consommation modérée d'alcool continuent de faire débat. De petites quantités d'alcool pourraient réduire le risque de certains problèmes de santé mais augmenter le risque d'autres, ce qui suggère que le risque global dépend, en partie, des taux de maladies de fond, qui varient selon la région, l'âge, le sexe et l'année. » Mais pour ceux se souvenant du tollé causé par le Lancet en 2018, il y a une grande évolution : il y a encore quatre ans, le verre devait être totalement vide. Pas une goutte de vin, bière ou cognac : les risques pour la santé étant présents dès la première gorgée pour l’étude d’alors. Ce qui n'avait pas manqué d'alimenter de vifs débats entre scientifiques. Et même d'inspirer une approche de politique européenne résolument hygiéniste, pour ne pas dire prohibitionniste.

Loin du buzz de l’étude de 2018, la publication cet été du millésime 2022 par la même équipe de chercheurs sur la même base de données actualisée (le "Global Burden of Disease", ou charge globale des maladies*) marque une nuance certaine : la consommation modérée de boissons alcoolisées peut avoir des effets bénéfiques sur la santé (via le suivi de 22 maladies et de la consommation d’alcool dans 204 pays). « Une consommation modérée de vin aurait un effet protecteur vis-à-vis de certaines maladies » commente pour Vitisphere, le professeur Fabrizio Bucella (Université Libre de Bruxelles), ajoutant, pince sans-rire : « ils découvrent la courbe en J des risques relatifs ».

NDE & TMREL

Ayant critiqué la précédente publication du Lancet dans ses ouvrages**, le physicien note l’intérêt d’un nouveau calcul dans l’étude 2022 : l’équivalence pour les non-buveurs (NDE, la quantité d'alcool quotidienne qui donne le même niveau de risque qu'un abstinent). Cela permet plus de subtilité d’analyse que le seul niveau théorique de risque minimum d’exposition (TMREL, la quantité d'alcool quotidienne qui donne le risque minimum d'attraper une maladie).

Désormais plus complexe, l’étude conclut dans la nuance. Ce qui n’empêche pas certains partis-pris hygiénistes, comme le posent des auteurs de l’étude du Lancet sur le site de l’Institut pour la Mesure et l'Evaluation de la Santé (IHME) : « la consommation d'alcool comporte des risques importants pour la santé et aucun avantage pour les jeunes ; certaines personnes âgées peuvent bénéficier de la consommation d'une petite quantité d'alcool ».

Paradoxe de probabilité

Une simplification des résultats que ne valide pas Fabrizio Bucella, qui note un paradoxe de probabilité dans les conclusions 2022 : « les maladies avec le courbe en J sont l’ictus, les maladies cardiovasculaires et même le diabète type 2. Ce sont des maladies qui ne touchent pas les jeunes en fait. Il y a un effet protecteur là où les populations sont touchées. Quand il n’y a pas de maladie, il n’y a pas d’effet protecteur… » De même pour les données géographiques : « en vérité, si on prend une région du globe où les maladies type ictus, cardiovasculaires et diabète type 2 prédominent : que se passe-t-il ? La courbe en J prédomine. » L'étude 2022 gardant des lacunes, il reste difficile d'en tirer des conclusions définitives : « cette étude apporte une nouvelle pièce à un dossier qui n'est pas près de se refermer. Déjà Pline l'Ancien ne savait dire si le vin était plus généralement utile ou nuisible » indique le professeur belge.

Notant depuis 2018 qu’« un risque accru, même avec un verre de vin quotidien, ne doit pas être une recommandation à l'abstinence », Fabrizio Bucella indique que désormais « c'est l'inverse. Le risque diminue (hommes et femmes de plus de 40 ans). » Et d’ajouter que dans les Lois de Platon, l’ivresse était recommandée après 40 ans… On ne peut que voir la coupe pleine.

 

* : Avec un panel de 204 pays suivis de 1990 à 2020 pour l'édition 2022, et 198 pays de 1990 à 2016 pour la version 2018.

** : « En 2018, j'avais fort insisté dans ma critique sur la précédente étude du Lancet à propos du risque concernant les abstinents. Il était presque aussi élevé que celui des consommateurs d'un petit verre quotidien (0,914 % versus 0,918 %). Le risque des abstinents n'était pas mis en avant (on faisait comme s'ils n'attrapaient jamais les maladies) » rappelle Fabrizio Bucella, qui en traite dans Pourquoi boit-on du vin ? (aux éditions Dunod) et ses Tribulations œnologiques (éditions Flammarion).

 

 

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Tous les commentaires (7)
DARIUS Le 02 novembre 2022 à 14:33:51
Trois études: le french paradox aux USA dans les années 80, l'université de Nancy en 1999 et celle de Copenhague en 2000 avaient démontré les effets bénéfiques du vin sur la santé. Puis est venu une période ou les médecins qui soutenaient cette vérité étaient sanctionnés et ou certains soignants ont faussé des études pour arriver à la conclusion inverse et ainsi progresser dans la hiérarchie médicale. C'est ainsi qu'une publicité du ministère de la santé au début des années 2000 et qui s'appuyait sur de telles études a été retirée après que l'on eut démontré leur fausseté. Comme disait Churchill "je ne crois que les statistiques que j'ai trafiqué moi-même".
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J.Henry DAVENCE Le 18 octobre 2022 à 10:10:53
Pour rappel à tous c 52ml ou 182ml "prise" me semble, à ce stade des ces chercheurs : par définition chaque être vivant (humain ou pas ) est différent de ses contemporains. Donc l'une des conséquences de ces différences est que nous sommes inégaux devant la consommation d'alcool. La phrase "l'abus d'alcool est dangereux pour la santé" me semble à ce titre être explicite et suffisante. Il me semble évident que Mimi Mathy et Sébastien Chabal ne peuvent ou ne doivent pas avoir les mêmes repaires de consommation. Etant averti des risques par une prévention efficace (école et médecin traitant), effectivement, chacun devrait être libre de choisir sa quantité de consommation sans être en permanence montré du doigt ou accusé de tous les maux, n'en déplaise à gm.
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gm Le 17 octobre 2022 à 13:59:05
Le "buveur libre penseur de boire" comme vous dites, pour être libre penseur, doit d'abord être informé des dangers pour sa santé par des études sanitaires sérieuses (comme ici semble-t-il, puisqu'ils ont pris la peine de ré-analyser plus finement la situation selon les populations) et non pas par une tirade de manipulation psychologique pour faire croire que boire de l'alcool serait un acte d'affirmation de sa liberté contre un prétendu totalitarisme... Danger pour la santé dès le premier verre pour certains profils et plutôt vers 2 verres par jour pour d'autres profils, si je comprends bien entre les lignes de l'article. Le résumé du Lancet indique plus précisément que, pour les 40-64 ans, la quantité sûre se situe entre 52 mL et 182 mL (un demi-verre à un verre et demi par jour), donc en gros un verre par jour... Ce n'est que pour les plus de 64 ans que le niveau de consommation sûr semble être à 2 verres par jour (risque au-delà de 319mL/351mL).
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pg Le 16 octobre 2022 à 19:22:07
Il y a 3 types de chercheurs. Ceux qui cherchent pour trouver. Ceux qui cherchent sans jamais rien trouver . Et , ceux qui cherchent pour trouver ce que tout le monde a déjà trouvé. On raille les savants du moyen-âge qui s'interrogeaient sur le sexe des anges. Il est à parier que l'on en fera autant de nos scientifiques qui passent leur temps à tenter de démontrer que boire un petit verre de vin n' est pas bon pour la santé. Cette catégorie de chercheurs doit faire partie des abstinents qui n'ont jamais eu le plaisir de déguster un bon vin en bonne compagnie. Chez moi on appelle ces gens des "pisse froids". Quand bien même il serait démontré scientifiquement que le premier verre de vin est néfaste à la santé, le bénéfice qu'en tire le dégustateur est largement positif psychologiquement. Je bois mon petit verre à tous les repas et cela me procure beaucoup de plaisir . Mon seul problème est lorsque je participe à un événement festif et que le vin y est bon. Devoir s' arrêter pour ne pas chavirer... J' y arrive . Mais , maudit soit l' alcool qui oblige à s' interrompre dans le plaisir. L' alcool, élément indispensable à l' équilibre subtile des vins. Sans alcool , pas de vin. En fait , la consommation de vin révèle la capacité de chacun à se prendre en charge. Suis-je capable de m' arrêter de boire ? Etant libre et pensant, chacun doit assumer ses choix. Doit-on accepter d' avoir une autorité supérieure décidant à notre place de ce qui est bien et ce qui est mal ? Quid de l' alcoolique ? Libre ou pas libre ? Pensant ou pas pensant ? Lorsqu'il boit , l' alcoolique n' est ni libre ni pensant. Doit-on pour autant empêcher le buveur libre penseur de boire? Sanctionner le crime avant qu'il soit commis et tendre vers une société totalitaire ? Ou bien sanctionner la faute après qu'elle soit commise en acceptant l' imperfection d'une société libre ou l' individu est considéré responsable de ses actes. J' ai choisi mon camp. Celui des buveurs de vin, libres, pensants et désireux que les prohibitionnistes s' intéressent aux alcooliques , pas à l' alcool. Entres extrémistes ...
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Beauverd Le 16 octobre 2022 à 15:37:32
Sauf pour 8 % de la population prédisposée au développement de la maladie alcoolique, maladie primaire due à un déficit de régulation des Neurotransmetteurs-Récepteurs situés dans le système lymbique cérébral
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Des vérités, pas des estimations Le 16 octobre 2022 à 11:37:57
Je n'ai toujours pas compris comment on était passé de 2 verres de repas ( il y a 10/15 ans) à 2 verres maxi par jour , et avec 2 jours sans !! soit une baisse "recommandée" de plus de 60 % de la consommation SANS aucune étude médicale argumentée sur les cotés positifs et négatifs d'une consommation régulière mais modérée de vin notamment. Votre article ouvre enfin une porte à quelques vérités rétablies et un peu moins d'approximations, enfin , je l'espère...
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bourvil Le 15 octobre 2022 à 14:06:31
Trop tard, le mal est fait.........., cette mascarade(car s'en est une) a été instaurée par Mitterand au travers de la loi Evin,et tous ses revirements en permanence ne sont en réalité que des caches misères derrières lesquels se retranchent la médecine d'une part et le politique de l'autre(aveu d'impuissance) et toutes ses subordinations n'y changeront quoique se soit, triste réalité
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