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Pénuries et flambées des prix pour le matériel de cave
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A l'heure des vendanges
Pénuries et flambées des prix pour le matériel de cave

Des pressoirs commandés au printemps ne sont toujours pas arrivés. Les délais de livraison des composants électroniques, électriques, et le coût des matières premières prennent les fabricants à la gorge, qui doivent en plus faire face au mécontentement des vignerons.
Par Marion Bazireau Le 22 août 2022
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Pénuries et flambées des prix pour le matériel de cave
Cuverie, matériel de réception de la vendange, filtres... Tout le monde est concerné. - crédit photo : Della Toffola
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a situation dure depuis des mois et ne fait que s’aggraver. Aux tensions entre la Chine et Taïwan est venue s’ajouter la guerre en Ukraine. « Nos délais d’approvisionnement en composants électroniques et électriques sont passés de 3 à 6 mois, contre 3 semaines à 1 mois d’ordinaire » s’insurge Yacine Amami, responsable de la recherche et du développement chez Della Toffola.

Des vignerons qui n’étaient pas au planning de l’entreprise et qui ont commandé un pressoir en avril n’ont pas pu le recevoir pour les vendanges. « Pourtant, nous avons fait le maximum, quitte à arrêter de vendre des pompes pour réserver les variateurs de fréquence aux pressoirs. La grogne monte chez nos cients ».

En plus des variateurs, Kévin Sanguy, directeur du département équipements de cave chez Pera-Pellenc note de grosses tensions sur les motoréducteurs et sur les écrans. « Il faut compter 8 mois pour en recevoir. Si bien que cette semaine nous préparons notre plan de production jusqu'à fin 2023. Nous misons sur l'anticipation, en espérant que les commandes suivent ».

Yacine Amami alerte sur le risque de grosses pertes de marchés. « En plus de délais à rallonge, nous sommes pris en à la gorge par la flambée du coût des matières premières. Le prix de l'acier a bondi à 6,4 € le kilogramme, quand il était à 3 € il y a 6 mois, et 1,5 € il y a un an ». Selon Kévin Sanguy, il a aujourd'hui tendance à se stabiliser. « Il était temps, car nous avions du mal à continuer à les absorber ».

Projets annulés

Rognant déjà sur ses bénéfices, Della Toffola a dû réduire la validité de ses devis à 30 jours. « J’ai l’exemple d’une cave à laquelle nous avions proposé un beau projet à 230 000€ en juillet 2021. Quand sa banque lui a accordé son prêt, le même projet revenait à 345 000€. Nous avons dû enlever un tiers des machines. D’autres clients à qui nous avons annoncé des délais trop longs ou des tarifs trop élevés ont reporté ou annulé leur achat ». C’est le cas de vignerons qui auraient souhaité gagner du temps et réaliser des économies d’eau en passant d’un filtre kieselguhr à un tangentiel automatique décident.

« Les investissements qui ne portent pas sur du matériel indispensable au bon déroulé des vinifications sont reportés et même souvent annulés. Soit les caves utilisent leur vieux matériel, soit elles font appel à des prestataires de services ».

Pera-Pellenc a fait le maximum pour inciter ses clients à commander tôt en les avertissant en amont des hausses de prix à venir. « Nous avons malgré tout eu des reports, mais je suis confiant pour 2023, d'autant qu'après le gel, FranceAgriMer a permis aux vignerons de repousser leurs investissements, à condition qu'ils restent ne changent pas de projets. Quelqu'un qui voulait s'équiper d'un nouveau filtre devra toujours acheter un filtre ».

Chinois au Vinitech ou au Sitevi

Au sujet de FranceAgriMer, Yacine Amami aimerait des aides françaises ou européennes pour soutenir les équipementiers, et leur permettre de continuer à innover et de rester compétitifs. « Sans cela, nous pourrions perdre notre leadership mondial au profit des Chinois qui vendent du matériel moins cher grâce aux subventions de l’Etat. Je fais le pari que nous en verrons de plus en plus dans des salons comme le Vinitech ou le Sitevi et j’ai peur, que, comme cela s’est passé pour les télévisions ou les téléphones, nous soyons remplacés. Nous avons beau baisser nos marges, nous n’arrivons plus à vendre ». Pour l’heure, Della Toffola n’a aucune visibilité sur son cahier de commandes 2023. 

Ces témoignages ne surprennent pas Valérie Lescaut, animatrice du groupe produit marché « machines à vendanger et matériels de vinification », chez Axema, le syndicat des acteurs de la filière de l’agroéquipement, auquel, en plus de Della Toffola ou Pera-Pellenc, participent Grégoire, Cnh Braud, Bucher-Vaslin, Bobard, ou le groupe Chalvignac.

« Nous nous étions tous retrouvés fin avril. Les industriels avaient déjà fait part de grosses tensions sur les approvisionnements d’inox, d’acier, de nickel, de plastique, ou de verre… Les stocks étaient au plus bas et les prix de ces métaux et autres matières premières flambaient. Je me souviens que le cas du nickel avait particulièrement fait parler, la Russie en étant le 3ème producteur mondial ».

Plusieurs produits retirés de la vente

Comme Della Toffola, plusieurs industriels avaient indiqué retirer de la vente plusieurs produits pour assurer leurs commandes en cours. « Nous constations notamment une forte tension sur les approvisionnements de composants de puissance (mosfet). Les fabricants de composants électroniques, essentiellement asiatiques, mettaient les clients sous allocation. Pour un circuit imprimé assemblé, ils annonçaient minimum 50 semaines ».

Valérie Lescaut ajoute que les délais de livraison sont supérieurs à 20 semaines pour un simple bloc hydraulique de plus de 40 semaines pour les moteurs.

Chaos dans le secteur du transport

Sans compter l’envolée au niveau mondial des coûts de logistique et transport. Les conteneurs maritimes sont aujourd’hui loués aux alentours de 10.000 USD contre 2.000 USD avant la pandémie. Dans les airs, l’arrêt des offres des compagnies russes ont allongé les temps de vols vers l’Asie et les consommations de kérosène. Le transport ferroviaire sur le trajet de la route de la soie est stoppé et le transport routier subit la forte hausse des carburants.

 

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