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43 ans de la plantation du chêne-liège au bouchage d’une bouteille de vin
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43 ans de la plantation du chêne-liège au bouchage d’une bouteille de vin

Vitisphere a suivi Amorim, le premier producteur mondial de bouchons en liège dans ses forêts de liège et ses usines de fabrications de bouchons naturels et agglomérés
Par Marion Bazireau Le 20 juillet 2022
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43 ans de la plantation du chêne-liège au bouchage d’une bouteille de vin
Le chêne-liège écorcé est marqué d'un '2', un repère temporel jusqu'à la prochaine récolte en 2031. - crédit photo : Marion Bazireau
C

’est jour de vendange ce 11 juillet à Rio Frio, au Portugal. Dans une forêt à quelques kilomètres de Lisbonne, les « leveurs » s’activent par paires autour des chênes pour en récolter l’écorce.

Un coup d’œil au tronc leur suffit à repérer où ils réalisent une première incision à l’aide d’une simple hachette. « Ils font ensuite le tour en fendant le bois à l’horizontal, essayent de découper les planches les plus larges et les retirent avec grande délicatesse » détaille Inês Valle, en charge des relations publiques pour Amorim.

Le métier agricole le mieux payé

Chaque jour, les leveurs les plus expérimentés sont capables de tomber environ 60 kg de liège sur 70 chênes. Ils gagnent environ 145 €, ce qui en fait le métier agricole le mieux payé du monde. « C’est suffisant pour faire vivre plusieurs familles, même si la récolte ne dure que 4 mois, de mai à août, quand l’arbre est en croissance la période de croissance de l’active de l’arbre ».

Une fois écorcé, le chêne-liège est marqué d’un « 2 » à la peinture, le dernier chiffre de l’année. « Plus personne n’y touchera avant 2031 » assure Inês Valle.

Au Portugal, le premier écorçage du liège ne peut intervenir que lorsque la circonférence du tronc du chêne atteint 70 cm à 1,30m du sol, au bout de 20 à 25 ans. « L’opération a ensuite lieu tous les 9 ans. Les deux premières fois, le liège n’est pas de qualité suffisante pour donner des bouchons. Nous nous en servons pour l’isolation, l’ameublement, la fabrication de chaussures, l’aviation… Il s’écoule donc au minimum 43 ans entre la plantation d’un arbre et l’obtention d’un bouchon ».

Amorim rachète actuellement des milliers d’hectares de forêts. Une partie des jeunes plants est irrigué au goutte-à-goutte pour ramener la première levée à une dizaine d’années.

20 000 tonnes de liège chaque année

Une fois au sol, les planches de lièges sont rapatriées par remorques à l’usine de Coruche. En septembre, le site accueille 20 000 tonnes de planches. Elles sont empilées six mois à l’air libre sans contact avec le sol sur des palettes en inox pour éviter les contaminations microbiennes.

Passé ce délai, les planches sont bouillies une heure dans de grands tanks en inox. L’eau chargée en composés volatils est bien sûr changée entre chaque batch de 2 tonnes. « Le bouillage assainit, aplanit, et rend le liège plus facile à travailler. Après trempage, il sèche pendant deux jours dans une salle stérile et ventilée » explique Inês Valle.

Une fois sèches, les planches sont doublement scrutées par des caméras et des ouvriers. Elles sont envoyées dans différents bacs selon leur épaisseur, la taille et la disposition de leur lenticelles, et leurs défauts. « Par exemple, si une planche présente une tâche jaune, elle risque de renfermer du TCA (trichloroanisole), elle ne servira pas au bouchage ».

Seul 30 % du liège est finalement transformé en bouchon naturel. Les planches qualitatives mais trop fines sont utilisées pour fabriquer les rondelles des bouchons effervescents.

8 millions de rondelles sont produites chaque jour à Coruche. Des laborantins les font macérer dans de l’eau et de l’alcool et les analysent. Les bouchons naturels et agglomérés sont quant à eux usinés au siège social d’Amorim, dans la ville de Santa Maria de Lamas, à 30 minutes de Porto.

Hommes et machines

Arrivées au nord du Pays, les planches sont manuellement découpées en bande d’une largeur légèrement supérieure à celle du bouchon à fabriquer, perforées à l’aide d’une tubeuse.

Les cylindres sont sortis des planches par des machines. Une fois redécoupés à la bonne taille, ils sont pris en photo, analysés par ordinateur et regroupés selon leur apparence. Passée cette étape, une part significative des lots est analysée par chromatographie gazeuse pour vérifier l’absence de précurseurs de TCA.

Le liège broyé utilisé pour la fabrication des bouchons agglomérés bénéficie du traitement « Rosa », pour « rate of optimal steam application », un traitement à la vapeur éliminant tout défaut organoleptique.

Le premier producteur mondial de liège ne s’est pas arrêté à cette technologie et mise sans cesse sur la recherche et le développement pour garantir à ses clients vignerons des bouchons indemnes de TCA et autres molécules indésirables.

Après usinage, les différents produits de la gamme d’Amorim sont enduits de paraffine pour faciliter le bouchage et le débouchage des bouteilles de vin. Ils sont finalement envoyés dans les différentes filiales du groupe. En France, c’est à Eysines, près de Bordeaux, qu’ils sont débarqués par camions et marqués à l’encre, au feu, ou au laser, avant d’être expédiés aux vignerons. Plus de 500 000 unités en repartent chaque année.

 

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