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"Est-ce que l’on aura des vins rosés en bouteilles blanches à vendre cet été ?"
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Suspense
"Est-ce que l’on aura des vins rosés en bouteilles blanches à vendre cet été ?"

Produit à la forte saisonnalité et parlant par sa couleur au consommateur, le rosé est au centre des tensions pesant sur les matières sèches de la filière vin.
Par Alexandre Abellan Le 27 mai 2022
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Permettant de voir la couleur d'un rosé, la bouteille transaparente devient une denrée rare. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
A

près un mois de mai exceptionnellement ensoleillé, la saison des rosés est lancée ! Faisant état d’une croissance de la consommation des rosés à deux chiffres (par rapport à 2019, pris comme période de référence hors covid), Emmanuel Gabriot, le responsable du secteur vins pour Monoprix note une « très bonne tendance pour les rosés, qui sont de plus en plus consommés. Et pas seulement quand il fait beau. » Avec des achats très précoces, dès décembre et janvier, le distributeur est confiant dans sa capacité à répondre à la demande ces prochaines semaines note Michaël Megueule, responsable des achats notamment sur la Provence. Une sérénité qui n’est pas partagée par tous.

« Il y a une vraie inquiétude du marché pour s’approvisionner en rosé » pose Stéphane Friez, le responsable national de la filière vin d’Intermarché. S’appuyant sur une trentaine d’années d’expérience, l’adhérent des Mousquetaires à Grazac (Haute-Garonne) note n’avoir jamais connu de telles tensions de livraison. Causées par le manque de bouteilles transparentes, les flambées des tarifs et délais menacent les équilibres entre offre et demande. Le distributeur mesure d’autant plus la nature du casse-tête qu’il pilote également l’usine de conditionnement des vins sous Marques De Distributeurs (MDD) d’Intermarché, la Fiée des Lois (à Prahecq, Deux-Sèvres). « Les livraisons sont très aléatoires : on ne sait pas ce que l’on va recevoir et quand. Je subis les révisions abusives des tarifs, c’est un vrai souci » indique Stéphane Friez.

Déséquilibre

Dans ce contexte de forte demande et de faibles fournitures, « on n’a plus de bouteilles blanches aujourd’hui. On ne sait pas dans quoi mettre nos vins rosés pour juillet » indique Stéphane Friez, pour qui le sujet est : « est-ce que l’on aura des vins rosés en bouteilles blanches à vendre cet été ? » En termes de solutions alternatives, les premiers prix peuvent être embouteillés en PET, l’offre en BIB pourrait s’étoffer… Quant au recours à des bouteilles vertes, il reste délicat, « alors que l’on sait à quel point la couleur du rosé est attirante pour le consommateur. Dans le verre vert, elle est moins séduisante » explique le négociant Allan Sichel, le vice-président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), qui rapporte voir « des collègues obligés de conditionner des vins rosés en verre vert. À court terme on trouve des solutions. » Une solution de dernier recours que de nombreux opérateurs ne veulent pas envisager à date. « On va tout faire pour éviter de mettre des AOP et MDD en bouteilles vertes. Mais cela dépend de ce que l’on reçoit, grands comme petits faiseurs » indique Stéphane Friez, qui craint une déstructuration du marché : « on ne sait pas comment le client va réagir… »

La demande reste plus élevée que l’offre

Si les verriers sont généralement peu loquaces, Christine Bour, la directrice commerciale pour O-I sur le secteur de l’Europe de l’Ouest a répondu par écrit aux questions de Vitisphere. « Chez O-I nous mettons tout en œuvre pour que nous puissions le plus possible alimenter les marchés en produisant le plus possible » indique-t-elle, précisant que « nous nous sommes adaptés en basculant un four qui produisait des bouteilles en teintes foncées en teinte blanc. Cela représente environ une production annuelle de 220 millions de bouteilles supplémentaires dans cette teinte, mais effectivement la demande reste plus élevée que l’offre. »

Si la disponibilité des bouteilles blanches est la préoccupation numéro une des opérateurs de la filière, l’augmentation de leurs prix interrogent dans la filière vin. « Les coûts ont augmenté : notamment les matières premières (soude..), les emballages (palettes bois…), la logistique (disponibilité chauffeurs, crise logistique)… Pas seulement les coûts énergétiques, et nous subissons un contexte inflationniste inédit qui évolue de mois en mois » note Christine Bour, qui ne se projette pas sur la « spéculation » de futures augmentations.

Dans l’immédiat, « j’ai peur qu’il reste du vin sur le carreau. C’est à surveiller » glisse un vigneron du Var, qui rassure immédiatement pour les vins de Provence : « on trouve encore des bouteilles, mais c’est compliqué ».

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