Accueil / Viticulture / Lutte contre le mildiou de la vigne : veillez bien au choix des phytos

Protection
Lutte contre le mildiou de la vigne : veillez bien au choix des phytos

La pression exceptionnelle du mildiou en 2021, en particulier dans les vignobles septentrionaux, a mis en difficulté certains produits, et rappelé l’importance de resserrer les cadences lorsque le parasite est virulent.
Par Marion Coisne Le 31 janvier 2022
article payant Article réservé aux abonnés
Lire plus tard
Partage tweeter facebook linkedin
 Lutte contre le mildiou de la vigne : veillez bien au choix des phytos
En 2021, le mildiou a été particulièrement virulent dans beaucoup de vignobles. - crédit photo : Christelle Stef
Q
u’a-t-on appris de la campagne exceptionnelle de 2021 ?

Qu’il faut veiller aux cadences et au choix des produits. Face à la pression hors norme, le cuivre et le biocontrôle ont montré leurs limites. « Pour le cuivre, les doses d’usage sont faibles, donc l’efficacité, la tenue au lessivage ne sont pas au rendez-vous quand la pression est forte et les pluies régulières », reconnaît Tristan des Ordons, conseiller indépendant chez Phloème en Gironde. En Champagne, le fluopicolide (associé au fosétyl dans Profiler) et la cyazofamide (associée au disodium phosphonate dans Mildicut) ont perdu de leur efficacité à cause d’une montée des résistances. Mais dans les autres régions, ces matières actives ne sont pas citées comme cause d’échec de la protection. Pour Pierre Petitot, conseiller viticole à la chambre d’agriculture de Côte-d’Or : « En 2022, si la pression est à nouveau explosive, peut-être reverra-t-on les cadences d'emploi de Profiler et Mildicut pour les resserrer. Mais pas question de faire une croix dessus : cela fait huit ans que le Profiler constitue le cœur de gamme des programmes. » En Gironde, « beaucoup de programmes ont montré leur limite eu égard à la pression, avec des dégâts significatifs dans bon nombre d’exploitations, analyse Tristan des Ordons. Certains viticulteurs vont devoir revoir leur organisation et leur matériel de pulvérisation… Après, côté choix des produits, les marges de manœuvre peuvent être limitées avec des cahiers des charges proscrivant certaines solutions », reconnaît le conseiller. Chez BASF, Béatrice Bacher, responsable marketing fongicides vigne, pointe la nécessité de resserrer les cadences en cas de forte pression, et insiste sur la qualité de pulvérisation.

 

Comment limiter les risques ?

En limitant la vigueur. « La prévention se raisonne dès le choix du matériel végétal, en optant pour des porte-greffes moins vigoureux dans la mesure du possible », rappelle Pierre Petitot. Ensuite, il faut bien raisonner la fertilisation. Pour aérer la végétation, le conseiller met en avant l’intérêt d’un palissage soigné, « de façon que les rameaux s’étalent bien dans le plan de palissage ». Il prône aussi l’effeuillage. Sur ce point, Tristan des Ordons est plus nuancé. « Sur merlot, par exemple, il faut éviter d’effeuiller précocement, c’est-à-dire avant la pleine fermeture, car les feuilles âgées, qui sont peu sensibles au mildiou vont protéger les grappes situées en dessous qui, elles, sont très sensibles aux attaques tardives de rot brun. Cette sensibilité tardive des grappes est particulièrement valable pour le merlot, un peu moins pour le cabernet franc ou le sémillon. » Veillez aussi à éliminer les pampres, qui peuvent devenir une échelle à mildiou, surtout dans « les vignes basses et les parcelles précoces, où les sols se réchauffent plus vite, car elles sont plus sensibles aux contaminations primaires », explique Tristan des Ordons. Soyez également vigilant, en cas de vignes abandonnées à proximité de vos parcelles car « ce sont des réservoirs à mildiou », observe le conseiller.

Le mildiou se développe dans les eaux qui stagnent au sol. Évitez les mouillères qui favorisent la maladie. Si les conditions sont propices au mildiou et que vous travaillez les sols, traitez avant, car l’opération est susceptible de faire remonter l’humidité et donc de favoriser les contaminations. À l’inverse, selon Tristan des Ordons, l’enherbement sous le rang limite les contaminations en cas de pluie « L’enherbement permet aussi de limiter la vigueur », ajoute Pierre Petitot.

 

Quelles sont les conditions favorables à la maturation des œufs d’hiver ?

Les hivers doux et humides. Le mildiou de la vigne se conserve principalement sous forme d’oospores (ou œufs d’hiver) présentes dans les feuilles tombées au sol. « Très résistants, les œufs arrivent à maturité dans le courant du printemps, la date étant fonction de l’importance des pluies tombées entre octobre et janvier, rappelle Béatrice Bacher. Ensuite, dès que la température devient supérieure à 11 °C et en présence d’eau libre, les oospores germent et émettent des zoospores qui vont contaminer les jeunes organes de la vigne. » Dans les vignobles septentrionaux et ceux de la façade atlantique, au moment du débourrement, les œufs ne sont pas forcément mûrs. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre des BSV, les techniciens réalisent un suivi de la maturité de ces œufs afin de déterminer à partir de quel moment les premières contaminations peuvent se produire. Dans le Midi, en revanche, la maturation des œufs d’hiver n’est pas un facteur limitant, car ceux-ci « sont toujours mûrs mi-avril », indique Rémi Vandamme, conseiller viticole à la chambre d’agriculture du Vaucluse.

Les hivers doux et humides favorisent la conservation et la maturation de ces œufs d’hiver. « Cela peut favoriser le mildiou, reconnaît Tristan des Ordons. Mais est-ce qu'ensuite les conditions climatiques du printemps lui permettront de s’exprimer ? Là est la question. » Pierre Petitot confirme : « Ce sont vraiment les conditions d’avril qui déterminent si le potentiel s’exprimera ou non. »

 

Comment appréhender le risque en début de printemps ?

Grâce aux modèles. Il en existe plusieurs : RIMpro, Promété, Potentiel Système, DeciTrait ou Movida Grape Vision. Les conseillers les jugent plutôt pertinents, mais la consultation de ces modèles ne dispense pas d’un suivi des parcelles en parallèle.

 

Quand faut-il démarrer les traitements ?

Avant ou après les contaminations primaires, selon les régions et les situations. Dans le Sud, Rémi Vandamme préconise, dans la majeure partie des cas, d’attendre l’apparition des premières taches pour intervenir. En Gironde, selon Tristan des Ordons, ça dépend. Sur des parcelles sensibles, comme dans les vignes basses où des contaminations primaires peuvent se produire directement sur les grappes, le conseiller recommande d’intervenir dès que les œufs d’hiver sont mûrs, que la vigne est réceptive et que les conditions météo sont favorables aux contaminations. Même chose si le viticulteur utilise du cuivre ou des produits peu efficaces sur mildiou installé (pénétrants ou systémiques non associés à une matière active multisite). Dans les autres situations, Tristan des Ordons recommande d’attendre que la végétation ait atteint au moins trois à quatre feuilles étalées pour enclencher les traitements, sous réserve que les œufs soient mûrs, qu’il y ait des pluies et que la température soit suffisante. En Bourgogne, en règle générale (9 années sur 10), Pierre Petitot conseille de laisser passer les contaminations primaires et d’intervenir avant la sortie théorique des premières taches. Si la pression s’annonce forte, il recommande d’intervenir juste avant les contaminations primaires. Si, à l’inverse, elle est très faible, le viticulteur peut attendre, la découverte des premières taches.

 

Par quel(s) type(s) de produit démarrer ?

Le cuivre a la cote. Rémi Vandamme propose de débuter par une association de cuivre (200 g métal/ha en moyenne) et de LBG-01F34 (phosphonates de potassium). Tristan des Ordons recommande aussi 200 à 300 g de cuivre métal pour démarrer. « Il faut ajuster la dose à la densité du feuillage. Attention à ne pas trop diluer la bouillie, et, dans l’idéal, passer avec des panneaux récupérateurs. » Pierre Petitot conseille aussi un cuivre pour le premier traitement, et pour le deuxième, si les conditions sont très poussantes, de passer sur un pénétrant comme l’Enervin (amétoctradine et métirame). Chez BASF, Béatrice Bacher propose, lorsque le risque mildiou est modéré, de démarrer par un Polyram (métirame solo) ou un Roméo (un biocontrôle à base de Cerevisane), associé ou non à un autre antimildiou.

 

Comment chercher les foyers primaires ?

« Il y a deux écoles », résume Tristan des Ordons. Soit on parcourt les parcelles les plus sensibles en quête de symptômes type « tache d’huile ». Soit on provoque des conditions favorables aux contaminations en laissant courir au sol, dans des mouillères, des rameaux avec des feuilles. Le conseiller est adepte de la première option.

 

Faut-il revoir les stratégies de protection dans le Sud ?

Non, pour Rémi Vandamme. « On commence à traiter quand on trouve les foyers primaires, avant l’arrivée de la prochaine pluie », appuie le conseiller du Vaucluse. Une préconisation qui peut évoluer : « Si un enchaînement de pluies est annoncé au moment de la sortie des foyers primaires, on peut intervenir avant leur découverte. » Ce fut le cas en 2021, où la sortie des contaminations primaires était prévue autour du 10-15 mai, avec trois jours de pluie au programme. « Dans un contexte post-gel, des viticulteurs ont traité avant cette date sur certaines parcelles sensibles », relate Rémi Vandamme.

 

Comment gérer les renouvellements ?

En fonction de la rémanence des produits, de la pousse de la vigne et de la pluviométrie. Pour Tristan des Ordons : « Aujourd’hui, hormis pour les produits conventionnels rustiques qui contiennent des molécules systémiques ou pénétrantes, associés à des produits de contacts multisites à base de folpel ou de métirame, mieux vaut raccourcir les cadences, surtout en cas de forte pression du mildiou. C’est le cas pour des produits comme Profiler (fosétyl + fluopicolide), Resplend (amétoctradine + diméthomorphe), Ampexio (mandipropamid + zoxamide). Quatorze jours dans toutes les situations, ce n’est plus possible. » En cas de risque élevé, il conseille de ne pas dépasser huit ou dix jours de rémanence pour l’ensemble des produits.

 

Quelle est la période de plus forte sensibilité ?

La floraison, et autour. « De 11-12 feuilles étalées à la veille de fermeture, il faut assurer une couverture sans faille », juge Rémi Vandamme. Pour les viticulteurs qui travaillent en conventionnel et souhaitent sécuriser la floraison, il recommande, durant cette période, des produits haut de gamme comme Profiler, Enervin, Mildicut, voire Zorvec (oxathiapiproline). Pierre Petitot propose un cœur de programme similaire avec Profiler, Mildicut et Zorvec. « L’encadrement floraison est LA période de sensibilité maximale de la vigne : une protection sans faille est gage de réussite du programme, estime Béatrice Bacher. On peut lui réserver les produits robustes tels que Futura (dithianon et phosphonates), ou l’association Enervin et phosphonates. »

 

Que faire en cas d’attaque déclarée ?

Agir vite, pour éviter de nouvelles contaminations. « Sur mildiou déclaré, l’objectif est de bien protéger la vigne avant les pluies suivantes pour éviter les repiquages », explique Rémi Vandamme, qui, dans ce cas,  privilégie un cuivre associé à de l’huile essentielle d’orange, qui a un « petit effet asséchant ». Pour Tristan des Ordons, en cas d’attaque, mieux vaut utiliser « des produits dont le mode d’action n'est pas dégradé par des phénomènes de résistance ». Il cite l’association fosétyl et cuivre, le folpel, le dithianon et le métirame. Pour lui, si l’huile essentielle d’orange limite la sporulation, « l’effet est très fugace. Et dans le cas d’une succession de pluies comme en 2021, l’efficacité antisporulante n’est pas si durable ». Béatrice Bacher recommande également « des solutions comportant des matières actives multisites non concernées par la résistance, comme Futura (phosphonate de potassium + dithianon) ou Enervin (amétoctradine + métirame) ».

  Quand stopper les traitements ?

À la fermeture de grappe ou à la véraison selon la pression. Dans le Sud, « les vignerons cessent généralement la protection fin juin, au moment de la fermeture, voire plus tôt s’il n’y a pas de pression », note Rémi Vandamme. Mais en cas d’orage annoncé en août, il prescrit de faire un cuivre pour que le feuillage reste fonctionnel le plus longtemps possible afin de favoriser la mise en réserve. En Bourgogne, « les grosses années à mildiou, on peut poursuivre la protection jusqu’à mi-véraison. L’expérience nous a montré qu’il fallait être prudent ces années-là et ne pas envisager un arrêt trop précoce qui peut se payer cher par la suite si des pluies estivales se produisent pendant la maturité. Ainsi, on s'oriente vers un arrêt temporaire, on gère en fonction de la présence de pluies ou pas, puis on pose un dernier traitement début véraison qui permet, face à l’incertitude de ce que sera le mois d’août, de protéger le feuillage pour assurer une bonne maturité et une bonne mise en réserve », indique Pierre Petitot. En Gironde, « dans des zones sensibles, par exemple en bas de coteau, dans des endroits plus humides, on peut refaire un cuivre supplémentaire plus tard, jusqu’à mi-août, en vue d’éviter l’installation de mildiou mosaïque », préconise aussi Tristan des Ordons. « Si la pression est faible, comme ce fut le cas en 2011 par exemple, on peut suspendre la protection après la fleur et, éventuellement, positionner un cuivre après la véraison. »

 

Comment limiter les résistances ?

En suivant les préconisations de la note technique nationale vigne. Celle de 2022 recommande une application par an de zoxamide et éventuellement une deuxième, sous réserve de l’associer avec un produit ayant un mode d’action multisite. Même chose pour les QiI (amisulbrom et cyazofamide) et pour les QioI (amétoctradine). Pour limiter le risque de perte d’efficacité en lien avec la résistance non spécifique, la note précise de ne pas réaliser plus de trois applications avec des produits à base de QIoI ou de QiI au total. Elle restreint à deux applications les CAA (diméthomorphe…), le cymoxanil et les anilides. Le fluopicolide est limité à une seule application et il est spécifié de ne pas l’utiliser en situation de risque épidémique élevé. L’oxathiapiproline est limitée à une application en « privilégiant si possible le principe d’application en mosaïque spatiale à l’échelle d’un vignoble pour limiter les risques de pression de sélection sur un seul stade végétatif », indique la note, qui demande aussi de ne pas utiliser cette matière active dans les parcelles où le mildiou est fortement installé. A souligner en outre que les QoI (pyraclostrobine…) ne sont plus recommandés pour lutter contre le mildiou.

 

Partage Twitter facebook linkedin
Tous les commentaires (0)

Pas encore de commentaire à cet article.
© Vitisphere 2022 - Tout droit réservé