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Entretien
Avant "une retraite bien occupée", Pierre Guigui fait le point sur le développement des vins bio

Ayant fondé en 1994 le concours Amphores, le journaliste s'en détache désormais, sans pour autant trop s'éloigner de la filière.
Par Alexandre Abellan Le 23 octobre 2021
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Le point avec Pierre Guigui sur l'histoire et l'avenir des vins bio en France. - crédit photo : DR
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ous lanciez il y a 27 ans un salon des vins bio, Amphores : était-ce visionnaire quand on voit l’essor actuel de la catégorie ?

Pierre Guigui : "Peu importe comment le vin est fait, le vigneron peut faire ce qu’il veut, si le vin est bon, il est bon !" Il y a une trentaine d’années, dans les années 90, cette sentence édulcorée était monnaie courante dans le milieu professionnel où les questions d’écologie, d’environnement, de dangerosité des produits chimiques de synthèse, d’additifs, d’intrants, d’œnologie corrective, d’industrialisation, etc. n’étaient pas d’actualité (et pourtant…).

Parfois, nous pouvions aussi entendre : "L’autre jour, j’ai goûté un vin bio, franchement c’était vraiment pas bon". Et, bien souvent, la personne qui avait proféré cette phrase, avait dégusté dans l’année tout au plus deux ou trois vins issus de l’agriculture biologique (le cahier des charges vinification ayant été officialisé en 2012). Se faire une opinion générale, aussi catégorique, fondée sur l’appréciation de quelques vins nous semblait peu fiable et l’idée d’organiser une dégustation plus exhaustive afin de mieux comprendre les motivations de ces vignerons bio nous est apparu primordiale.

 

Ce concours était-il aussi là pour primer les vins bio de qualité, face à une offre plus hétérogène à l’époque ?

Je n’ai jamais partagé ce point de vue. Dès 1996 certains noms, précurseurs du bio, de la biodynamie et même du nature étaient déjà connus ou en voie de l’être. En Alsace : Pierre Frick, Kreydenweiss et Weber. A Bordeaux Le Puy et Meylet. En Bourgogne : Dominique Derrain, Montchovet, Leroy, Vignes du Maine, Rateau et Giboulot. En Champagne : Fleury. En Loire : De l’Ecu, Cailloux du Paradis, La Sansonnière, Coulée de Serrant, Pierre et Catherine Breton. En Provence : Romanin, Sainte Anne et Hauvette. Dans le Rhône : Combier et La Canorgue. Tous ces vignerons étaient des précurseurs de « vins issus de l’agriculture biologique » en pratiquant déjà des vinifications plus « propres » qu’en conventionnel et, de mémoire, certains étaient même dans une démarche nature et/ou en biodynamie.

Au regard de cette liste, la proportion de domaines de talent sur les 200/250 producteurs en bio en 1996 est remarquable. Et ce sans compter d’autres noms un peu moins connus, comme la Garrelière, Gaillard pour la Loire ou encore des bordeaux déjà aux avant-gardes comme Courson, Ouzoulias, en Rhône Jean David et des Cèdres ou encore Eugène Meyer l’un des tout premiers (si ce n’est le premier) biodynamiste de France basé en Alsace.

D’autres noms dans une mouvance nature étaient dans le paysage du bio mais pas forcément certifiés en 1996 comme Marcel Lapierre, Pierre Foillard, Yvon Métras (Beaujolais), Gramenon (Rhône), Pierre Overnoy (Jura)…Et chaque année la liste s’allonge avec des noms prestigieux, de grands talents, d’illustres inconnus pourtant artisans vignerons mais peu communicants. Le vin bio a toujours été bons simplement il fallait mettre une loupe dessus.

 

Comment voyez-vous le développement commercial actuel des vins bio : un déploiement attendu de longue date ou la crainte d’une industrialisation ?

Le bio se développera quand il sera accessible au plus grand nombre. Plus la demande sera forte sur ce type de vin,et d’aliments, plus il y aura une production qui se tournera vers le bio. Cette question est cruciale, car produire en bio coute plus cher au consommateur final, mais produire en conventionnel coute plus cher à la collectivité. Les coûts de dépollutions sont stratosphériques. Coût de la dépollution des nitrates dans l’eau ? « 70 euros par kilogramme, et entre 60 000 et 200 000 euros par kilogramme pour les pesticides » selon l’étude du commissariat général au développement durable etc…

Nous abordons ici la notion de coûts indirects (parfois appelés coûts externalisés). En effet, un vin en conventionnel industriel de quelques euros revient plus cher (à la collectivité) qu’un vin en bio artisanal. Sans vouloir assommer de chiffres encore un exemple : « les dépenses additionnelles évaluées des ménages, générées par ces pollutions liées aux excédents d’azote et de pesticides d’origine agricole se situeraient au minimum dans une fourchette comprise entre 1 005 et 1 525 millions d’euros, dont 640 à 1 140 millions d’euros répercutés sur la facture d’eau, représentant entre 7 et 12 % de cette facture en moyenne nationale. » Et ceci sans parler des couts liés aux maladies etc…

Quant au bio industriel il reste pour moi moins polluant que le chimique industriel.

 

Comment voyez-vous les vins nature dans ce paysage ?

Je pense que tout le monde profite d’un flou entretenu avec des vins nature non bio, qui se disent parfois plus bio que les bio, et qui dans les faits sont « incontrôlés ». Chacun fait ce qu’il veut et peuy, mais les vins nature qui font croire qu’ils sont bio sans certification, cela reste une tromperie. Le consommateur ne s’y retrouve plus dans ce fatras de labels et d’autoproclamation. Malheureusement, à ce jour, vous trouvez des vins nature qui sont non bio avec des taux de SO2 que personne n’est allé vérifier. Les faux vins nature restent pour moi un frein au développement du bio.

 

Vous êtes également impliqués dans l’association des vignerons bretons : avec le changement climatique, l’avenir des vins français se trouve-t-il dans de nouveaux terroirs, comme la Bretagne ?

La vigne a toujours existé en Bretagne comme en Île-de-France. Et ce avant même le réchauffement climatique. Elle existe bien en Champagne, alors que le taux d’ensoleillement n’est pas le plus haut de France. Mais cette région a su inventer un vin qui correspond à son climat. En Bretagne, on peut parler d’un renouveau avec un climat qui facilitera les maturités.

 

Cette viticulture bretonne doit-elle être d’entrée bio pour s’inscrire dans l’avenir ?

Les jeunes qui s’installent en Bretagne sont pour l’ensemble très attirés par le bio. L’avenir nous dira si cela se concrétisera par des certifications mais très probablement.

 

Vous ne quittez pas totalement la filière : quels sont vos projets ?

Oui, si j’arrête la direction du concours, je ne quitte pas le monde du vin. Je dirige une collection « le savoir boire » chez Apogée. J’organise un salon professionnel "Buvons terroirs" avec une cinquantaine de vignerons bio, dont la première édition sera le 22 novembre. Et je pige un peu à la demande. Pour le reste c’est associatif, comme le salon "Buvons Pantin" en juin, les vignerons bretons, la toute nouvelle association "Movis" qui regroupe les journalistes et auteurs du vin et des spiritueux… Une retraite bien occupée.

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