LE FIL

Appel au gouvernement

Les vins français ne veulent pas d’un début d’aides, mais d’une fin des surtaxes américaines

Jeudi 11 février 2021 par Alexandre Abellan

Refaisant les calculs en retirant les aides d’Etat, César Giron détrône l’aéronautique de sa place de premier poste excédentaire à l’export.
Refaisant les calculs en retirant les aides d’Etat, César Giron détrône l’aéronautique de sa place de premier poste excédentaire à l’export. - crédit photo : Capture d'écran Zoom (visioconférence 11 février 2021)
Se préparant à une rencontre avec le premier ministre ce 15 février, la fédération des exportateurs de vins et spiritueux souligne toute l’injustice des taxes Trump et défend son importance économique face à un conflit aéronautique.

« Aujourd’hui, nous sommes injustement frappés par les taxes américaines sur un conflit [aéronautique] sur lequel nous n’avons rien à voir » martèle ce 11 février, en visioconférence de presse, César Giron, le président de la Fédération des Exportateurs de Vins et Spiritueux (FEVS). « Le vrai combat c’est de suspendre et mettre fin à ces taxes à l’importation de part et d’autre de l’Atlantique » souligne le négociant*, qui annonce porter ce message au premier ministre, Jean Castex, lors d’une réunion prévue avec la filière vin ce lundi 15 février à Matignon.

Evoqué par le gouvernement, un moratoire des taxes Trump « est la seule mesure qui permettra de sécuriser le développement de notre filière à moyen et long termes » souligne César Giron. Regrettant que les demandes de création d’un fonds de compensation soient restées « lettres mortes »Bruxelles et à Paris), le président de la FEVS note qu’« à part quelques sommes versées au titre du covid pour faire de la place dans les caves, nous n’avons reçu en tant qu’exportateurs aucune aide du gouvernement dans ce conflit. Alors que je rappelle qu’Airbus et l’Etat français et l’Union Européenne ont été condamnés pour des aides illégales et que c’est nous qui payons les pots cassés. »

-1 milliard € en 2021 ?

Constatant que les taxes américaines mises en place par l’administration du président Donald Trump ont entraîné une perte de 400 millions € pour les vins en 2020, la FEVS table sur une chute d’un milliard € cumulés en 2021. Une contreperformance d’autant plus forte que la consommation de vins augmente aux Etats-Unis : « le repli français est lié aux taxes Trump » indique César Giron, rapportant que ce désavantage compétitif profite notamment aux vins italiens et néozélandais. Avec la prise de fonction du président Joe Biden, la FEVS espère un changement de ton dans les négociations. Y compris de la part de la Commission Européenne (qui négocie les sujets de commerce extérieur communautaire), sous la pression de la France (et de son exécutif).

"Contributeur à l’excédent commercial français"

Pour mobiliser la classe politique française, César Giron rappelle l’importance économique de la filière des vins et spiritueux à l’export. Et ce malgré une année 2020 « hors norme », avec « l’impact mondial du covid (fermetures des bars, hôtels et restaurants, interdiction des rassemblements festifs), les taxes américaines et toutes les incertitudes sur le Brexit (l’accord étant tombé le 24 décembre) » causant une perte d’un milliard € de chiffre d’affaires à l’export pour les vins (et autant pour spiritueux). Au final, la filière des vins et spiritueux reste « le deuxième contributeur à l’excédent commercial français » pointe César Giron, avec 11 milliards € d’excédents (-13,4 % par rapport à 2019).

Arrivant derrière l’aéronautique (16,5 milliards € d’excédent, -14,7 %), les vins et spiritueux peuvent cependant prétendre à la première place si l’on retire les aides d’Etat indique la FEVS. En retirant les 7 milliards € d’aides spécifiques à l’aéronautique (et les 80 millions € de fonds publics pour le stockage et la distillation des vins), César Giron estime « que ce sont les vins et spiritueux qui sont les premiers contributeurs nets à l’excédent commercial ». Et de conclure qu’« il ne faudrait pas que l’on sacrifie la filière des vins et spiritueux français sur l’autel de l’aéronautique ». Un message rôdé pour la rencontre avec Jean Castex.

 

 

* : César Giron dirige les champagnes Mumm Perrier-Jouët et les cognacs Martell, au sein du groupe Pernod Ricard.

 

 

« Avec le Brexit, les trois quarts des marchés des vins et spiritueux français se trouvent en dehors de l’Europe. Avec des tensions commerciales dans un environnement où différents gouvernements voudraient établir des tarifs comme moyens de diplomatie commerciale, la filière des vins et spiritueux se retrouve particulièrement fragilisé » prévient César Giron.

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