LE FIL

La question à 1 milliard €

Emmanuel Macron a-t-il interpelé Joe Biden sur les taxes américaines accablant les vins français ?

Vendredi 29 janvier 2021 par Alexandre Abellan

'Les deux Présidents ont eu une conversation amicale et de travail approfondie au cours de laquelle ils ont constaté une grande convergence de vues sur les enjeux multilatéraux' indique un communiqué de l'Élysée.
'Les deux Présidents ont eu une conversation amicale et de travail approfondie au cours de laquelle ils ont constaté une grande convergence de vues sur les enjeux multilatéraux' indique un communiqué de l'Élysée. - crédit photo : Présidence de la République (Emmanuel Macron félicitant Joe Biden pour son élection, le 20 novembre 2020)
L’absence de réponse claire à cette question ne réjouit par le vignoble, qui compte faire avancer les sujets de moratoire et d’aides directes grâce à la mobilisation croissante du gouvernement. A commencer par le premier ministre, qui va prochainement rencontrer la filière des vins et spiritueux.

Ce dimanche 24 janvier, le président de la République, Emmanuel Macron, passait son premier appel au nouveau président des États-Unis, Joe Biden. Les communiqués de l’Élysée et de la Maison-Blanche évoquent des échanges sur l’OTAN, le changement climatique, la pandémie covid… Mais il n’est pas fait état des surtaxes de 25 % imposées sur les vins et spiritueux français en mesures de rétorsion au conflit aéronautique portant sur les subventions d’Airbus. Une absence laissant dans l’incertitude la filière des vins et spiritueux, qui attendait beaucoup de cette première prise de contact pour se sortir de ce conflit qui lui est étranger.

« Le sujet a été abordé au cours de l’échange et c’est un sujet de première importance pour le président de la République » assure la députée de la majorité, Marie-Christine Verdier-Jouclas (Tarn). La présidente du groupe parlementaire d’étude vigne et vin ajoutant que « l’Élysée travaille sur le sujet et est très mobilisée ». Mais les représentants de la filière des vins et spiritueux restent prudents, des échos indiquant que le sujet n’aura pas été évoqué dans le détail, mais à traits très grossiers. La discussion entre les présidents se serait concentrée sur le retour américain dans les discussions multilatérales, sans évoquer ce contentieux aéronautique. Une absence de demande de désescalade et de moratoire qui n’empêche pas les représentants de la filière de noter des signaux positifs venant du quai d’Orsay, de Bercy et de Matignon, à défaut de l’Élysée.

Rencontre avec Jean Castex

Évoquée ce 17 janvier par Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, la demande d’un moratoire est aussi défendue ce 20 janvier par Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie (voir encadré). Dernière mobilisation en date, Jean Castex, le premier ministre, annonce qu’il va rencontrer sur ce sujet la filière vin, comme le rapporte Christiane Lambert, la présidente de la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA), à l’issue d’un rendez-vous ce 28 janvier à Matignon.

"Enjeu économique dramatique"

Mandatée pour rapporter la détresse actuelle des viticulteurs et les craintes de parts de marché perdues pour l’avenir (« -22 % en 2020, ça ne sera pas facile à récupérer. D’autres ont pris la place, la nature a horreur du vide… »), Christiane Lambert a demandé d’emblée l’implication personnelle du premier ministre face « à un enjeu économique dramatique pour l’économie nationale (déjà -600 millions € en 2020, et si ça continue plsu de 900 millions €) ».

Ayant obtenu un accord de principe de Jean Castex pour une rencontre avec la filière, la présidente de la FNSEA lui a déjà transmis les demandes d’un moratoire pour apaiser les relations diplomatiques le temps d’une renégociation rapide, d’un aménagement de l’accès au fonds de solidarité, d’une prise en charge élargie des coûts fixes et d’une mobilisation européenne pour compenser les surtaxes.

Bémol bruxellois

Un soutien financier qui ne semble pas de mise à Bruxelles. Du moins si l’on en croit les dernières déclarations de Janusz Wojciechowski, le commissaire européen à l’Agriculture, qui « continue de plaider en faveur d'un règlement négocié sur toutes les questions liées au tarifs imposés sur des produits européens » et n’évoque pas de fonds de compensation. La Commission Européenne ayant, désormais, reçu la lettre des ministres Bruno Le Maire (Économie), Julien Denormandie (Agriculture) et Franck Riester (Commerce extérieur), un porte-parole de la Commission Européenne indique que « la demande de compensation supplémentaire pour le secteur vitivinicole à la suite du nouveau cycle de sanctions américaines sera analysée pour une réponse en temps opportun ».

L’attente vigneronne d’un apaisement et d’une résolution rapide des contentieux n’en reste que plus vive.

 

Bercy milite pour un moratoire

« Avec l'accord du Premier ministre et du Président de la République, je m'engage à me rendre, avec Franck Riester, aux États-Unis pour négocier avec les nouvelles autorités américaines la levée de ces sanctions sur les viticulteurs. Il faut que nous sortions de cette guerre commerciale entre les États-Unis et l'Europe qui ne fait qu'un seul vainqueur : la Chine » indique Bruno Le Maire, ce 20 janvier au Sénat. Interpellé par le sénateur socialiste Franck Montaugé (Gers), le ministre de l’Économie ajoute s’être « entretenu au téléphone hier avec la commissaire Margrethe Vestager pour lui rappeler que nous attendions de l'Union européenne la mise en place, dans les meilleurs délais, d'un fonds de compensation », puisque « les viticulteurs français n'ont pas à être les victimes collatérales du conflit commercial entre Airbus et Boeing. Ils sont aujourd'hui pris en otage et doivent supporter des taxes de 25 %. » En réponse, Franck Montaugé estimait que « le Président de la République doit normaliser très vite les relations commerciales entre la France et les États-Unis ».

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