LE FIL

Vendanges 2020

Les vignerons de Cognac sereins face aux rendements plus élevés que prévu

Vendredi 02 octobre 2020 par Alexandre Abellan

La hausse des rendements va de paire avec celle des cours à Cognac.
La hausse des rendements va de paire avec celle des cours à Cognac. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
La bonne surprise d’une récolte plus généreuse que prévue réjouit le vignoble charentais. Qui n’a plus que le souci de reloger ses vins, alors que les cours des eaux-de-vie restent à la hausse malgré une année chamboulée.

Plus abondante que prévue, la vendange 2020 surprend les vignerons de Cognac. « C’est étonnant, il y a pas mal de volumes ! Nous avons la chance d’avoir des contrats quinquennaux avec nos négociants, qui ont annoncé des hausses de prix avant les vendanges. Tout va bien ! » explique un bouilleur de cru de Petit Champagne. Affichant une confiance et un moral au beau fixe, cet exploitant charentais ne connaît actuellement qu’un tracas : les problèmes pratiques de volumes inattendus, pour vinifier, distiller et surtout stocker. « Le relogement s’annonce compliqué » résume-t-il.

« Les retours des dernières parcelles vendangées montrent un effet bénéfique de la pluviométrie récente. Les rendements seraient plus importants que prévus » confirme Anthony Brun, le nouveau président de l’Union Générale des Viticulteurs pour l’AOC Cognac (UGVC). Si le viticulteur en Fins Bois note que « certaines exploitations ont une capacité de cuverie limitée (tant que les fermentations alcooliques ne sont pas finies elles ne peuvent remplir à ras leurs cuves) », mais n’est pas inquiet : « des distillateurs ont lancé les chaudières pour faire de la place sur les volumes contractualisés. Nous avons réussi à rentrer toute la vendange 2018, la récolte est belle cette année, mais on ne sera pas à ce niveau. » S’il est encore trop tôt pour avancer des chiffres de récolte, le rendement moyen Cognac pourrait s’approcher des 12 hectolitres d’alcool pur par hectare. En deçà du rendement commercialisable de 12,8 hl AP/ha fixé par l’interprofession en août.

Cours en hausse de 1 %

Alors que les surstocks pèsent sur nombre de vignobles français touchés par la pandémie de coronavirus, la filière des eaux-de-vie charentaises accueille avec sérénité l’arrivée inattendue d’un volume supplémentaire estimé à 100 000 hl AP. Ayant obtenu qu’il n’y aurait pas de baisse des cours des quatre grandes maisons de Cognac (soit Hennessy, Martell, Courvoisier et Rémy Martin*) le vignoble charentais enregistre une hausse moyenne de 1 % des cours pour la récolte 2020 (les variations allant de 0 à +1,6 %). Ce geste commercial des négociants rassure le vignoble tout en montrant la confiance du négoce dans leurs capacités de rebond. Tablant initialement sur une baisse de 20 % de ses ventes en 2020, la filière charentaise aurait été trop pessimiste d’après les derniers retours du marché.

Commercialement, « les nouvelles sont plutôt bonnes des Etats-Unis et commencent à être bonnes en Asie » note Patrick Béguin, le président du syndicat régional des courtiers en vins et spiritueux de Cognac. Serein, le courtier appelle cependant au pragmatisme : « le négoce est a priori capable d’absorber ces volumes supplémentaires, mais nous sommes tous dans l’expectative du covid. Il faut être vigilant dans le contexte actuel. » Patrick Béguin souligne que si 90 à 95 % du marché du Cognac est contractualisé, il n’est pas impossible que des grandes maisons déclinent certains volumes supplémentaires et que des volumes vendus affichent des prix en baisse. Ce qui ne serait pas tragique remis dans la perspective de la récolte souligne le courtier : « il faudra voir comment le volant du marché libre se comporte. Les petites maisons seront plus présentes sur la production et les viticulteurs pourront stocker du libre. »

"Réserve climatique"

« En profitant de la clémence des aléas climatiques cette année (un peu de grêle et de la sécheresse sont à regretter) nous allons pouvoir reconstituer de la réserve climatique, qui est un matelas de sécurité » confirme Anthony Brun. Serein, le président de l’UGVC va s’attaquer cette fin d’année à un autre dossier : la ratification par le conseil spécialisé vin de FranceAgriMer du contingent de nouvelles autorisations de plantation. Cognac souhaite augmenter de 2 306 hectares son potentiel de production, une demande pour le moins décalée par rapport aux vignobles envisageant des arrachages. « Nos performances sont liées à notre mode de fonctionnement » conclut Anthony Brun.

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