LE FIL

Tensions en Val de Loire

Chaise vide de la viticulture face aux baisses de prix du négoce

Mardi 01 septembre 2020 par Alexandre Abellan

« Collectivement la viticulture et le négoce sont relativement d’accord sur les grands axes, mais commercialement et individuellement il peut y avoir des frottements, d’autant plus forts avec les incertitudes sur la lecture des marchés » estime Jean-Martin Dutour.
« Collectivement la viticulture et le négoce sont relativement d’accord sur les grands axes, mais commercialement et individuellement il peut y avoir des frottements, d’autant plus forts avec les incertitudes sur la lecture des marchés » estime Jean-Martin Dutour. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Reportée, l’assemblée générale de l’interprofession des vins ligériens n’a pu statuer faute de participation de la production, expliquant vouloir calmer le jeu à l'heure de vendanges au combien précoces et incertaines.

Même sur l’écran d’une visioconférence, une chaise vide prend tout l’espace d’une réunion. Ce jeudi 27 août, l’interprofession des vins de Loire (InterLoire) organisait son assemblée générale à distance, afin de s’adapter à la crise sanitaire du coronavirus et à un millésime particulièrement précoce. Si les représentants du négoce étaient bien présents, ceux de la viticulture ont pointé aux abonnés absents. Faute de quorum, aucune décision n’a été adoptée et la réunion a été écourtée. « Heureusement que l’on n’avait pas fait le déplacement… Les représentants des producteurs estiment que face aux incertitudes il faut se donner le temps de la réflexion. Ça nous a laissé médusés, ce n’est pas le moment d’attendre mais d’agir ! » confie un négociant particulièrement remonté et surpris : « le Val de Loire semblait épargné par les tensions, alors qu’il brûle comme ailleurs ! »

« Qui vous a dit que cela ne va pas en Val de Loire ? Il ne faut pas dramatiser » désamorce Jean-Martin Dutour, le président InterLoire. Pour le vigneron de Chinon, il n’y a pas de vrais problèmes, mais seulement un report de quinze jours (l’AG se tiendra le mardi 15 septembre). « Les viticulteurs et le négoce avaient des choses à se dire, ils se les sont dites » explique Jean-Martin Dutour, mettant ce coup de sang sur « les circonstances du covid et des vendanges précoces qui ont fait que les gens se sont peu rencontrées avant. »

Politique de prix

Alors que les vendanges débutent, les incertitudes pèsent d’autant plus fort que les premières tendances de prix marquent les esprits. Les tensions se cristalisent sur l’établissement du cours de campagne des moûts de raisin. Les premiers échos des vendangeoirs font ainsi état de baisses de l’ordre de 5 % des prix pour certains vins rosés. Ce qui hérisse d’autant plus le poil de la viticulture que des baisses de rendements significatifs sont actés en Anjou. Les cours rognés dans le Muscadet irritent également la production, qui souhaitait peser pour la stabilité des prix en ajournant la dernière AG.

En attendant, « la situation n’est pas agréable, mais c’est le rôle de l’interprofession : permettre la rencontre des deux familles. Elles ne sont pas toujours d’accord, mais elles discutent pour convaincre et décider » pose Jean-Martin Dutour, qui se dit confiant dans l’issue de la prochaine assemblée générale. Reconduits par arrêté ministériel, les accords interprofessionnels des vins de Loire devaient être modifiés avant le 31 août. D’où la tension de cette dernière ligne droite de négociations lors de l’AG annulée. Ce report concerne en effet le renouvellement des contrats interprofessionnels : « nous disons au négoce qu’il a déjà bénéficié de ces accords et qu’il doit être honnête en maintenant des prix corrects » explique Benoît Gautier, le président des fédérations départementales viticoles de l’Indre-et-Loire et de la Sarthe (FAV 37 et 72). Pour le vigneron de Vouvray, ce report permet « de ne pas être dans l’immédiateté de la pression des vendanges, d’éviter l’affolement et le conflit. » Se préparant à voter ce 15 septembre, Benoît Gautier anticipe surtout les négociations de renouvellement des contrats de l'hiver prochain, notamment sur le volet d’échelonnement des délais de paiement d’achats de vins et moûts de raisin

"Réserve interprofessionnelle pour l’AOC Touraine Blanc"

Lors de la prochaine réunion d’InterLoire, « la demande de réserve interprofessionnelle reste sur la table pour l’appellation Touraine Blanc. Ce délai de 15 jours est gérable, il faut que la décision soit applicable pour la commercialisation, le 15 décembre » souligne Sylvain Naulin, le directeur de l’interprofession. Philosophe, ce dernier estime que ce report d'AG aura permis de prendre le temps de la discussion plutôt que des décisions créant de la dissension.

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