LE FIL

Discrètement, mais déontologiquement

Jean Médeville démissionne de la présidence de l’AOC Cadillac

Mercredi 17 juin 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 26/06/2020 09:59:24

« Aux grands dieux, je n’ai jamais produit ne serait-ce qu’une microgoutte de vin frauduleux, en dehors du cahier des charges et de l’AOC » clame Jean Médeville, ce 28 mai devant le Tribunal de Justice de Bordeaux.
« Aux grands dieux, je n’ai jamais produit ne serait-ce qu’une microgoutte de vin frauduleux, en dehors du cahier des charges et de l’AOC » clame Jean Médeville, ce 28 mai devant le Tribunal de Justice de Bordeaux. - crédit photo : Château Fayau (SCEA Médeville)
En attente de son délibéré devant le tribunal judiciaire, le vigneron bordelais a quitté son mandat avant son audience pour préserver son syndicat. Le temps d’organiser une nouvelle élection, il est remplacé par Catherine de Loze.

Poursuivi pour « pratiques commerciales trompeuses, falsifications et détention prohibée de saccharose », le vigneron Jean Médeville démissionne de son poste de président du syndicat AOC Cadillac Côtes de Bordeaux, qu'il occupe depuis 2016. Le vigneron confirme à Vitisphere avoir quitté ses fonctions avant son audience devant le Tribunal Judiciaire de Bordeaux, ce 28 mai. Et avant les réquisitions particulièrement lourdes du procureur : avec 1 million d’euros d’amende pour l’entreprise SCEA Jean Médeville (6 châteaux et 160 hectares de vignes dans le bordelais) et des demandes de 6 mois de prison avec sursis et 50 000 € avec sursis contre chacun de ses dirigeants, Jean et Marc Médeville. Président du syndicat viticole de Bordeaux depuis un an, Marc Médeville reste pour sa part en fonctions.

En attente d’une nouvelle élection, reportée pour cause de crise sanitaire, l'intérim de la présidence est assuré par la vigneronne Catherine de Loze (château Peybrun). Cette dernière étant la doyenne du conseil d’administration (Catherine de Loze indique cependant n’avoir rien à dire à la presse). « Faute de nouvelle réunion physique depuis mai, l'assemblée générale [élective] doit se tenir ce 2 juillet » précise Jean Médeville. Qui explique une décision prise à l'aune de sa déontologie personnelle : « j'ai démissionné parce que je ne jugeais pas utile que les vignerons de Cadillac soient entraînés derrière moi dans ce petit train. Cela ne fait pas partie de ma défense, mais de mon rôle de président ». Plaidant son innocence sur la majorité des faits reprochés*, Jean Médeville assure déconnecter cette démission de sa stratégie de défense.

Délibéré ce 25 juin
Discrète, cette démission pourrait cependant jouer sur le délibéré de la quatrième chambre du Tribunal Judiciaire de Bordeaux, attendu ce 25 juin. Lors de l’audience de mise en état du 5 mars dernier, la présidente Caroline Baret n’avait posé qu’une question à la défense des frères Médeville, absents : « vos clients sont-ils toujours présidents d’Organismes de Défense et de Gestion ? » Lavocat n’ayant pu répondre en l’absence de ses clients, l’interrogation était restée en suspens, résonnant avec celle posée par maître Jean-Philippe Magret un an auparavant. « Vous auriez voulu que je présente la démission de Hervé Grandeau avant ? » tonnait l’avocat, défendant le président de la Fédération des Grands Vins de Bordeaux, lourdement condamné à l’époque (cliquer ici pour en savoir plus).

« Le fait que je sois président ne doit pas rentrer en ligne de compte » conclut pour sa part Jean Médeville. Egalement président des centres œnologiques Œnosens, Jean Médeville a démissionné de son poste en début d'année et a été remplacé par la vigneronne Aurélie Souchal (présidente de l'AOC Cérons).
 


* : Lors de l’audience du 28 mai, Jean Médeville déclarait « aux grands dieux, je n’ai jamais produit ne serait-ce qu’une microgoutte de vin frauduleux, en dehors du cahier des charges et de l’AOC ». Reconnaissant être « loin d’être irréprochable dans tout ce qui a été relevé par la Direccte », le prévenu pondère les accusations : « les constats papiers sont justifiés, mais nos explications techniques lèvent les reproches. Notre dossier est bourré d’erreurs, de défaillance et de manque de ressources humaines. »

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