LE FIL

Biocontrôles, biodynamie, travail du sol…

Bernard Pineau : "nous sommes dans une période intermédiaire où l’on se sépare de la chimie"

Mardi 02 juin 2020 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 05/06/2020 16:25:15

« Derrière l’agriculture régénératrice on peut mettre de l’agroécologie, de l’agroforesterie, de la permaculture… » note Bernard Pineau.
« Derrière l’agriculture régénératrice on peut mettre de l’agroécologie, de l’agroforesterie, de la permaculture… » note Bernard Pineau. - crédit photo : MMPJ
Les maisons Martell, Mumm et Perrier-Jouët vont lancer des parcelles pilotes en 2021 pour définir de nouvelles approches viticoles de rupture.

Dans le vignoble français, « nous sommes dans une période intermédiaire où l’on se sépare de la chimie. Le désherbage et les traitements systématiques, c’est fini, il faut observer » constate Bernard Pineau, le responsable de la viticulture durable des maisons Martell Mumm Perrier-Jouët (MMPJ, filiale de Pernod-Ricard). S’inscrivant dans les objectifs de développement durable pour 2030 du groupe Pernod Ricard, MMPJ compte implanter dès 2021* des projets pilotes d’agriculture régénératrice et de biodiversité sur ses vignobles en propre (430 hectares à Cognac et 260 ha en Champagne).

« Pour trouver notre modèle, nous cherchons le meilleur de ce qui peut exister dans la bio, la biodynamie, l’agroforesterie… On ne s’interdit rien » pose Bernard Pineau, qui souhaite réduire les intrants chimiques sans « se limiter au bio, trop dépendant du cuivre ». L’animateur en développement durable du réseau MMPJ est actuellement en pleine recherche d’experts et d’expériences, allant des essais de la cave Buzet à des vignerons biodynamie en Sancerre.

Essais

MMPJ précise cependant ne pas partir d’une feuille blanche, se passant sur ses vignobles depuis 5 ans des phytos Cancérigènes Mutagènes et Reprotoxique (CMR), depuis 2019 du glyphosate chez Martell et depuis 2020 chez Mumm et Perrier-Jouët. Ces vignobles accueillent également des essais de désherbages alternatifs (électrique, à la mousse, à la pression d’eau…), un programme de création variétale à Cognac (à partir du Vidal blanc), des inventaire de biodiversité, une utilisation croissante de biocontrôles (dont le traitement du mildiou avec la solution d’algues Immunrise), le déploiement de panneaux récupérateurs pour la pulvérisation…

« Nos vignobles sont des terrains d’essai pour nos partenaires viticulteurs. Nous sommes plus crédibles quand nous nous imposons les contraintes que nous demandons à d’autres » souligne Bernard Pineau. Menant ses travaux en partenariat avec les 2 000 partenaires viticulteurs champenois et charentais de MMPJ, le technicien compte mettre en place des pratiques déployables et adaptées à chaque exploitation. « Nous ne pouvons pas imaginer un système qui ne soit pas viable. Dans les AOC Champagne et Cognac, il faut produire un certain rendement, ce qui n’est pas facile en viticulture durable » pointe Bernard Pineau, qui reste confiant dans la capacité d’évolution des pratiques vitivinicoles. « C’est un travail de longue haleine, on ne peut pas avancer trop vite sans avoir de modèle robuste » conclut-il.

 

* : L’objectif du groupe Pernod-Ricard est d’implanter des projets pilotes d’ici 2025 sur ces huit vignobles. Soit Argentine, Australie, Californie, Champagne, Chine, Cognac, Nouvelle Zélande et Rioja.

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
VOS RÉACTIONS
VignerondeRions Le 13 juin 2020 à 07:37:58
Aujourd'hui le développement durable est l'alpha et l'oméga de l’existence, point de salut à celui qui ne s'en revendique pas. Je ne suis qu'un petit paysans qui gère l'intégralité des aspects de l'exploitation, et je ne trouve aucune réponse claire à mes questions. Certains de mes voisins ont abandonné le désherbage sous le rang avec différentes techniques, toutes très gourmande en GNR (entre + 60 et + 100 l/ha et par an), le travail du sol régulier (qui détruit le lieu de vie des insectes et lombrics divers et variés) et/ou la tonte/épamprage qui disperse des kilo de micro particules de plastique (BIO?) dans les sols, sont elles véritablement un gain par rapport à une utilisation maîtrisé de désherbant chimique (2 ou 3 l/ha/an de glyphosate sous le rang). Bref énormément de questions qui n'ont aujourd'hui aucune réponse claire, fiable, scientifiquement et exhaustivement étayé. Par contre pour le match de la communication et du marketing il n'y a pas photo. Ce n'est pas ce que je recherche, je n'ai jamais prétendu être le plus beau, le plus fort et le meilleur, ce que ces intégristes, oui ils ont été des intégristes du désherbage intégral, avant d'être des intégristes du no chimie... Leurs consommations annuelles étaient déraisonnable. Personnellement, je suis plutôt dans une démarche qui permette à l'écosystème avec lequel je travaille, d'être le plus en forme possible, tout comme moi, puisque c'est notre état de forme mutuel qui peut garantir un avenir durable. Quand je vois ce qu'on demande de faire aux salariés de certaines parcelles en BIO je ne suis pas certain que ce soit si durable pour leur intégrité physique, bref encore un dilemme. Je ne crois pas une seconde que des groupes comme ça aient une conscience écologique naissante, par contre un plan marketing et commercial bien affûté je n'en doute pas. Encore une fois, les sols, les plantes et les salariés seront les variables d'ajustement, parce qu'à cette échelle la priorité est le rendement financier qu'on le veuille ou non.
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2020 - Tout droit réservé